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logo avril 2008 de Pyepimanla le Magazine Antillais



Afro-caribéens : histoire "noire"

Suite à l’élection de Monsieur Barack Obama comme président des Etats-Unis, Raphaël Confiant attirait l’attention des afro-caribéens et de la diaspora noire sur les désillusions à venir d’un optimisme béat ou pour reprendre ses termes, d’un « noirisme » infantile, face à un tel événement.

Charles Quist, médecin originaire du Congo, vivant en Martinique depuis 35 ans, lui répondait.

Cette réponse m’a laissé perplexe, car elle me semblait osciller entre deux affirmations contradictoires : Monsieur Obama est noir / Monsieur Obama n’est pas noir.

Pour ma part, je le dis tout net, OUI, Monsieur Barack Obama est noir, oui les étatsuniens ont élu un président et il est noir.

Nous le savons bien, dans la société étatsunienne, il suffit d'une goutte (comment calculent-ils le dosage ?, on s'enfiche un peu!), une goutte de sang noir, pour être noir.

En outre le président élu en a la couleur, et de plus c'est un basketteur, on tomberait presque dans le cliché.

Pour en être sûr, citons le président élu lui-même car "son discours sur le racisme de Philadelphie est tout à fait explicite sur ce point":

obama caricature

L’erreur profonde du Révérend Wright n’est pas d’avoir parlé du racisme dans notre société. C’est d’en avoir parlé comme si rien n'avait changé, comme si nous n'avions pas accompli de progrès, comme si ce pays —un pays ou un noir peut être candidat au poste suprême et construire une coalition de blancs et de noirs, d'hispaniques et d'asiatiques, de riches et de pauvres, de jeunes et de vieux—était encore prisonnier de son passé tragique

Vous avez bien lu, "un pays ou un noir peut être candidat au poste suprême". Il me semble que le président élu était candidat à ce moment-là.

OUI, les étatsuniens n'ont pas élu Monsieur Barack Obama parce qu'il est noir, mais comme toujours lorsqu'on élit quelqu'un c'est parce que l'on pense qu'il est bon pour le job. Oui mais, il est noir.

Alors comment en sont-ils arrivés là, et nous encore à nous disputer ?

J'ai tendance à penser que nous, les af ro-caribéens et tous les afro-français, nous avons un problème avec... notre couleur !

Nous emboîtons le pas et fusionnons avec tous ces jolis penseurs qui passent à la télé pour dire qu'il est métis, et ce faisant nous croyons nous libérer des chaînes dans nos têtes, nous croyons ainsi ne pas nous laisser enfermer dans une couleur.

En fait nous faisons tout le contraire, nous nous y laissons emprisonner. Car enfin, dire, affirmer, démontrer que Monsieur Obama, président élu des Etats-Unis d'Amérique n'est pas noir mais métis, cela veut dire quoi, cela sous-entend quoi ?

Il est métis, cela voudrait donc dire que s'il était noir, il n'aurait jamais pu être élu, parce, comme le disait il y a peu un certain Patrick Ollier "les noirs ne sont pas à la hauteur" ?

Il est métis, cela voudrait dire que c'est sa part blanche qui l'a rendu intelligent ?

Allons mes amis, nous sommes noirs y compris "Chabin", nègre à peau blanche.

Je conçois que le terme n’est pas juste, moi je nous vois plutôt chocolat, du chocolat blanc, albinos, au chocolat noir en passant par le chocolat au lait. Mais bon, on dit bien "portable" pour les téléphones, alors que le terme "cellulaire" serait plus juste et éviterait la confusion avec "portable", en parlant d’ordinateur.

C’est le terme communément admis, gardons-le, je crois que Césaire, que cite Charles Quist, avait dit ou écrit qu’il ramassait ce terme de nègre qu’on lui avait jeté et le brandissait comme un drapeau.

Mais revenons aux afro-américains, comment ont-ils pu faire ce chemin en un peu plus de 40 ans ?  C'est ainsi que la question est généralement posée depuis l'élection de Monsieur Barack Obama.

Et nous, de nous demander pourquoi en 150 ans, nous n'avons fait à peine le quart du chemin ?

En tout cas pas le même : 2 secrétaires d'état, un président, sans compter les autre élus, maires et autres élus.

En posant ainsi le problème, nous nous trompons en suivant le discours ambiant asséné à qui mieux-mieux.

Eh bien non ! Le chemin parcouru par les afro-américains ne commence ni en 1961 avec l'Affirmation Act de Kennedy, ni en 1964 avec le Civil Rights Act qui interdit toute discrimination reposant sur la race, la religion, le sexe, la couleur et même l'origine nationale.

Non, leur chemin n'a pas commencé là, mais pour faire simple, en 1865 avec la fin de la guerre de sécession.

Bien sûr, je n'oublie pas qu'avant cela, il y toutes les luttes des esclaves, les rebellions, etc... mais ça, si je peux le dire ainsi, nous, les afro-caribéens français, l'avons fait aussi.

La différence, ce que nous n’avons pas fait, c’est l’unité.

Dès la fin de cette guerre civile qui impose au Sud la libération des esclaves, ceux-ci s'organisent, très certainement de façon spontanée au début, enfermés dans leurs ghettos.

Je laisse le soin aux historiens et spécialistes de nous éclairer sur ce point.

Toujours est-il que ces esclaves libérés deviennent des afro-américains:. afro-américains, affirmant ainsi leur racine africaine !

A partir de là, il s'agit de s'organiser en tant que communauté afro-américaine, il s'agit de se grouper pour porter les problèmes spécifiques au plus haut niveau.

J'insiste afro-américains !

"Black is beautiful" (Noir c'est beau),
"I'm black and I'm  proud" (Je suis noir et j'en suis fier) !

Mais aussi américains (dans le cas présent étatsuniens) et ils réclament leur part du gâteau :

Black muslims,
Black panthers
Martin Luther King,
événements de Watts,
etc...

Et nous, afro-caribéens et afro-français nous nous disputons sur les variétés de notre teint, allant même à dire "ni noir, ni blanc". ! C'est une erreur profonde !

Quand l’historien Claude Ribbe lutte à juste titre pour que la statue du Général Dumas retrouve sa place dans Paris, quand il dénonce  "le crime de Napoléon", quand il souhaite que Césaire entre au Panthéon français,  bien que né dans Paris, il vit une communauté d’histoire, une filiation avec ces grands hommes noirs qui ont fait l’honneur de la France.

Il pense à coup sûr, aux quelques 350 000 coloniaux morts pour la France en 14-18 et 39-45.

Au cas où on me répondrait que ce sont simplement de grands français, je demanderai pourquoi tenir tant à ceux-là, il y a déjà tant de grands français statufiés, « panthéonisés » ?

Alors, acceptons-nous, unissons-nous sur ce que nous sommes, organisons notre communauté et tant pis si ceux qui, déjà organisés comme cela, majoritaire ou minoritaires (en nombre), nous traitent de communautaristes ! De toute façon, c'est toujours le chien du voisin qui a la gale.

Je sais bien qu'entre les afro-caribéens de Cuba à Trinidad, les "négropolitains" et les caribéens français de Guadeloupe, Martinique, il y a des différences d'histoires, de parcours, mais nous sommes tous confrontés aux même problème de l’inexistence, de la non-reconnaissance de nos talents, de nos mérites : j’ai cité plus haut deux des combats de Claude Ribbe. Nous sommes confrontés aux mêmes discriminations… "négatives", aux même violences, le cas actuel d’Eunice Barber nous le rappelle cruellement.

Nous avons le même but : exister ! Etre reconnus dans la réalité française visible. Dans les médias, dans les arts, dans les émissions de variétés, dans la vie sociale, politique et au cinéma. Rentrer le soir à la maison et nous voir en allumant la télé, en regardant le JT ou la fiction française du jour.

Notre erreur est de ne pas accepter notre couleur, de vouloir l'escamoter comme si dans ce pays tout avait changé. C'est de faire comme si le président de la République lui-même, n'était pas allé sur le continent africain pour dire à ses habitants qu'il n'y avait pas place dans leurs têtes pour l'idée de progrès ; je n'ose même pas rappeler sa sortie sur l'entrée dans l'Histoire.

De faire comme si on n'avait pas mis une blonde au JT à la place de Roselmack, une blonde !, tout un symbole !

obama

Je sais bien qu'entre les années soixante, où j'entendais dans les rues du Havre ou de Paris des "rentre chez toi" ou "bougnoule", ou que ma copine de l'époque se faisait traiter de salope parce qu'elle embrassait un noir (en plus elle m'embrassait même pas, nous étions bras dessus bras dessous) et les années 2000, il y a eu une évolution des personnes.

Mais, je sais aussi qu'à la tête, j'ai parlé du président, que dans les partis politiques, voir les conditions dans lesquelles Madame Pau-Langevin a été intronisée par le PS, que les agressions contre les noirs ne font pas la une des JT, à peine les faits divers dans les quotidiens... régionaux peut-être ; je sais que les choses ont empirées au moins depuis que Gaston Monnerville était président du Sénat.

Il nous faut nous rejoindre sur ce qui nous unit, ne pas nous séparer sur ce qui nous diffère !

Ne faisons pas le jeu de ceux qui précisément brandissent l'idéal républicain pour ne pas nous reconnaître et donc nous... accepter en nous faisant réactualiser le discours sur les « po chapé »

Jean Élisabeth LARGITTE

le 02/12/2008