Afro-caribéens
: histoire "noire"
Suite à
l’élection de Monsieur Barack Obama comme
président des Etats-Unis, Raphaël Confiant attirait l’attention des
afro-caribéens et de la diaspora noire sur les désillusions à venir
d’un
optimisme béat ou pour reprendre ses termes, d’un
« noirisme » infantile,
face à un tel événement.
Charles
Quist, médecin
originaire du Congo, vivant en Martinique depuis 35 ans, lui répondait.
Cette réponse
m’a laissé perplexe, car elle me
semblait osciller entre deux affirmations contradictoires :
Monsieur Obama
est noir / Monsieur Obama n’est pas noir.
Pour ma part,
je le dis tout net, OUI, Monsieur
Barack Obama est noir, oui les étatsuniens ont élu un président et il
est noir.
Nous le
savons bien, dans la société étatsunienne,
il suffit d'une goutte (comment calculent-ils le dosage ?, on s'enfiche
un
peu!), une goutte de sang noir, pour être noir.
En outre le
président élu en a la couleur, et de
plus c'est un basketteur, on tomberait presque dans le cliché.
Pour en être
sûr, citons le président élu lui-même
car "son discours sur le racisme de Philadelphie est tout à fait
explicite
sur ce point":
L’erreur
profonde du Révérend Wright
n’est pas d’avoir parlé du racisme dans notre société. C’est d’en avoir
parlé
comme si rien n'avait changé, comme si nous n'avions pas accompli de
progrès,
comme si ce pays —un pays ou un noir peut être candidat au poste
suprême et
construire une coalition de blancs et de noirs, d'hispaniques et
d'asiatiques,
de riches et de pauvres, de jeunes et de vieux—était encore prisonnier
de son passé
tragique
Vous avez
bien lu, "un pays ou un
noir
peut être candidat au poste suprême". Il me
semble que le président élu était candidat à ce moment-là.
OUI, les
étatsuniens n'ont pas élu Monsieur Barack
Obama parce qu'il est noir, mais comme toujours lorsqu'on élit
quelqu'un c'est
parce que l'on pense qu'il est bon pour le job. Oui mais, il est noir.
Alors comment
en sont-ils arrivés là, et nous
encore à nous disputer ?
J'ai tendance
à penser que nous, les af ro-caribéens
et tous les afro-français, nous avons un problème avec... notre couleur
!
Nous
emboîtons le pas et fusionnons avec tous ces
jolis penseurs qui passent à la télé pour dire qu'il est métis, et ce
faisant
nous croyons nous libérer des chaînes dans nos têtes, nous croyons
ainsi ne pas
nous laisser enfermer dans une couleur.
En fait nous
faisons tout le contraire, nous nous y
laissons emprisonner. Car enfin, dire, affirmer, démontrer que Monsieur
Obama,
président élu des Etats-Unis d'Amérique n'est pas noir mais métis, cela
veut
dire quoi, cela sous-entend quoi ?
Il est métis,
cela voudrait donc dire que s'il
était noir, il n'aurait jamais pu être élu, parce, comme le disait il y
a peu
un certain Patrick Ollier "les noirs ne sont pas à la hauteur" ?
Il est métis,
cela voudrait dire que c'est sa part
blanche qui l'a rendu intelligent ?
Allons mes
amis, nous sommes noirs y compris
"Chabin", nègre à peau blanche.
Je conçois
que le terme n’est pas juste, moi je
nous vois plutôt chocolat, du chocolat blanc, albinos, au chocolat noir
en passant
par le chocolat au lait. Mais bon, on dit bien "portable" pour les
téléphones, alors que le terme "cellulaire" serait plus juste et
éviterait la confusion avec "portable", en parlant d’ordinateur.
C’est le
terme communément admis, gardons-le, je
crois que Césaire, que cite Charles Quist, avait dit ou écrit qu’il
ramassait
ce terme de nègre qu’on lui avait jeté et le brandissait comme un
drapeau.
Mais revenons
aux afro-américains, comment ont-ils
pu faire ce chemin en un peu plus de 40 ans ? C'est
ainsi que la
question est généralement posée depuis l'élection de Monsieur Barack
Obama.
Et nous, de
nous demander pourquoi en 150 ans, nous
n'avons fait à peine le quart du chemin ?
En tout cas
pas le même : 2 secrétaires d'état, un
président, sans compter les autre élus, maires et autres élus.
En posant
ainsi le problème, nous nous trompons en
suivant le discours ambiant asséné à qui mieux-mieux.
Eh bien non !
Le chemin parcouru par les
afro-américains ne commence ni en 1961 avec l'Affirmation Act de
Kennedy, ni en
1964 avec le Civil Rights Act qui interdit toute
discrimination reposant
sur la race, la religion, le sexe, la couleur et même l'origine
nationale.
Non, leur
chemin n'a pas commencé là, mais pour
faire simple, en 1865 avec la fin de la guerre de sécession.
Bien sûr, je
n'oublie pas qu'avant cela, il y
toutes les luttes des esclaves, les rebellions, etc... mais ça, si je
peux le
dire ainsi, nous, les afro-caribéens français, l'avons fait aussi.
La
différence, ce que nous n’avons pas fait, c’est
l’unité.
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Dès la fin de
cette guerre civile qui impose au Sud
la libération des esclaves, ceux-ci s'organisent, très certainement de
façon
spontanée au début, enfermés dans leurs ghettos.
Je laisse le
soin aux historiens et spécialistes de
nous éclairer sur ce point.
Toujours
est-il que ces esclaves libérés deviennent
des afro-américains:. afro-américains, affirmant ainsi leur racine
africaine !
A partir de
là, il s'agit de s'organiser en tant
que communauté afro-américaine, il s'agit de se grouper pour porter les
problèmes spécifiques au plus haut niveau.
J'insiste
afro-américains !
"Black is
beautiful" (Noir c'est
beau),
"I'm black and I'm proud"
(Je suis noir et j'en suis fier) !
Mais aussi
américains (dans le cas présent
étatsuniens) et ils réclament leur part du gâteau :
Black muslims,
Black panthers
Martin Luther King,
événements de Watts,
etc...
Et nous,
afro-caribéens et afro-français nous nous
disputons sur les variétés de notre teint, allant même à dire "ni noir,
ni
blanc". ! C'est une erreur profonde !
Quand
l’historien Claude Ribbe lutte à juste titre
pour que la statue du Général Dumas retrouve sa place dans Paris, quand
il
dénonce "le crime de Napoléon", quand il souhaite que Césaire
entre au Panthéon français, bien
que né
dans Paris, il vit une communauté d’histoire, une filiation avec ces
grands
hommes noirs qui ont fait l’honneur de la France.
Il pense à
coup sûr, aux quelques 350 000
coloniaux morts pour la France en 14-18 et 39-45.
Au cas où on
me répondrait que ce sont simplement
de grands français, je demanderai pourquoi tenir tant à ceux-là, il y a
déjà
tant de grands français statufiés,
« panthéonisés » ?
Alors,
acceptons-nous, unissons-nous sur ce que
nous sommes, organisons notre communauté et tant pis si ceux
qui, déjà
organisés comme cela, majoritaire ou minoritaires (en nombre), nous
traitent de
communautaristes ! De toute façon, c'est toujours le chien du voisin
qui a la
gale.
Je sais bien
qu'entre les afro-caribéens de Cuba à
Trinidad, les "négropolitains" et les caribéens français de
Guadeloupe, Martinique, il y a des différences d'histoires, de
parcours, mais
nous sommes tous confrontés aux même problème de l’inexistence, de la
non-reconnaissance de nos talents, de nos mérites : j’ai cité
plus haut
deux des combats de Claude Ribbe. Nous sommes confrontés aux mêmes
discriminations… "négatives", aux même violences, le cas actuel
d’Eunice Barber nous le rappelle cruellement.
Nous avons le
même but : exister ! Etre reconnus
dans la réalité française visible. Dans les médias, dans les arts, dans
les
émissions de variétés, dans la vie sociale, politique et au cinéma.
Rentrer le
soir à la maison et nous voir en allumant la télé, en regardant le JT
ou la
fiction française du jour.
Notre erreur
est de ne pas accepter notre couleur,
de vouloir l'escamoter comme si dans ce pays tout avait changé. C'est
de faire
comme si le président de la République lui-même, n'était pas allé sur
le
continent africain pour dire à ses habitants qu'il n'y avait pas place
dans
leurs têtes pour l'idée de progrès ; je n'ose même pas rappeler sa
sortie sur
l'entrée dans l'Histoire.
De faire
comme si on n'avait pas mis une blonde au
JT à la place de Roselmack, une blonde !, tout un symbole !
Je sais bien
qu'entre les années soixante, où j'entendais
dans les rues du Havre ou de Paris des "rentre chez toi" ou
"bougnoule", ou que ma copine de l'époque se faisait traiter de
salope parce qu'elle embrassait un noir (en plus elle m'embrassait même
pas,
nous étions bras dessus bras dessous) et les années 2000, il y a eu une
évolution des personnes.
Mais, je sais
aussi qu'à la tête, j'ai parlé du
président, que dans les partis politiques, voir les conditions dans
lesquelles
Madame Pau-Langevin a été intronisée par le PS, que les agressions
contre les
noirs ne font pas la une des JT, à peine les faits divers dans les
quotidiens... régionaux peut-être ; je sais que les choses ont empirées
au
moins depuis que Gaston Monnerville était président du Sénat.
Il nous faut
nous rejoindre sur ce qui nous unit,
ne pas nous séparer sur ce qui nous diffère !
Ne faisons
pas le jeu de ceux qui précisément
brandissent l'idéal républicain pour ne pas nous reconnaître et donc
nous...
accepter en nous faisant réactualiser le discours sur les « po
chapé »
Jean Élisabeth LARGITTE
le 02/12/2008
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