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logo avril 2008 de Pyepimanla le Magazine Antillais



Au secours !

La  Martinique  est devenue une terre de violence et d’arbitraire absolue

jeune

Depuis quelques temps nous entendons les cris de désespoir de jeunes martiniquais constamment agressés par des policiers lesquels s’empressent de monter au créneau à leur tour pour démentir et se poser en … victime

En tant d’avocat j’assiste à une montée en puissance de ces agressions inadmissibles  et de ces comportements que l’on peut qualifier d’arbitraire. 

 Ainsi des jeunes qui ont été déjà condamnés sont systématiquement pris à partie par des policiers  et racontent comment ils  sont sans cesse contrôlés, harcelés, pour ne pas dire persécutés par  ces derniers  qui quand ils ne trouvent rien font de la provocation…. « Je vous ai à l’œil untel… tôt ou tard je vous aurai »

D’autres jeunes au moindre petit écart sont agressés, molestés, jetés par terre, menottés puis placés en garde à vue pour ….. Rébellion.

Je viens pour ma part de vivre l’un des drames les plus surréalistes de ma carrière d’avocat.

Deux  martiniquais un frère et une sœur ainsi que leur maman âgée d’une soixantaine d’années  se sont retrouvés au cœur d’une violence policière inouïe qui leur vaut d’être poursuivis devant le tribunal correctionnel pour violence sur personne dépositaire de l’autorité.

Cette mère et cette sœur n’ont pu s’empêcher d’intervenir pour tenter d’arrêter l’agression parfaitement inadmissible dont était victime leur fils et  frère simplement parce qu’il avait refusé d’accepter une contravention au demeurant fort contestable infligés par trois policiers ou plutôt » ces dépositaires de l’autorité publique ».

Les faits se déroulant à proximité d’un marché, les personnes présentes s’insurgent contre l’agressivité des policiers et cela crée un début d’émeute.  Au  vu de l’état des deux femmes qui sont couvertes de bleus, les pompiers sont appelés et elles sont conduites à l’hôpital de la Meynard par les pompiers après que leur fils et frère ait été molesté, menotté  et jeté dans un fourgon de police pour être placé en garde à vue.

Alors qu’elle attendait aux urgences de la Meynard pour être examinée la sœur  sera de manière fort violente agressée par les forces dites de l’ordre

En effet,  ces  policiers au prétexte de l’auditionner sont allés la chercher dans l’enceinte des urgences de l’hôpital,  pour l’inviter à se présenter au poste de police. Devant le  refus de la jeune femme quitter les lieux avant d’avoir été examinée par un médecin,  ils s’emparent d’elle, la jette par terre, lui passe les menottes puis la balance comme  un sac de patate dans le fourgon de police qui la conduit  dans les locaux  de la police où on elle est placée  en garde à vue pour… rébellion 

Ce frère et cette sœur vont faire l’objet de  pas moins de 48 heures de garde à vue ! Il est clair qu’on veut leur faire payer le début d’émeute qui s’est produit lors de l’arrestation musclée  du frère. Et puis surtout on veut les  casser les contraindre  par une longue garde à vue à faire reconnaître  à tout prix que ce seraient eux qui auraient agressés les policiers et non pas l’inverse.

Quand je verrai ces deux personnes et tout particulièrement la jeune femme dans locaux du commissariat,  je suis sidérée, elle a des bleus sur les deux bras et des marques des menottes au niveau des poignets. Elle est en état de choc et peux à peine s’exprimer tant elle semble souffrir moralement.  Dois-je appeler le procureur de la république qui a autorité sur tout ce petit monde violent ?

Impensable !   ce n’est pas une bonne idée, car pour le Procureur de la République française, les « gardés à vue » ont toujours tort. Déposer une plainte ?  On sait le sort qui leur est réservé quand des policiers sont en cause.

Mais il y a tout de même cette jeune femme qui   traumatisée par l’agression dont son frère à été victime  et par  les conditions de son arrestation, pleure et pousse même des cris de douleur.

Je prends alors conscience de l’effroyable impuissance dans laquelle je me trouve face à l’injustice et l’arbitraire des corps constitués tout puissants.

Car trop souvent face à une telle situation l’on baisse les bras. Personne n’ose en tout cas dénoncer haut et fort ces exactions de peur de se faire montrer du doigt  d’être tourné en dérision en ridicule. Ne  sommes nous pas dans un Etat de droit ?

Je décide après avoir vu mes clients le 27 novembre 2008 de dénoncer ces faits dans la presse, et tant pis pour ceux qui s’estimeront heurtés par la vérité.

Mais le pire était  à venir !

Le lendemain j’apprend de la bouche d’un substitut du procureur fraîchement arrivé dans mon pays qu’à l’issue de la garde à vue  la mère et la fille  sont convoquées devant le tribunal correctionnel pour répondre des violences contre les agents de police, et ce à bref délai (des le lundi 1er décembre ) sinon… on les fait passer devant le juge des libertés avec risque d’incarcération . Par contre  ce magistrat m’apprend que  l’homme lui  ira de toute façon  dormir en prison !

De fait, comme promis par ce substitut du procureur qui m’a l’air d’être aussi « visionnaire » que ces prédécesseurs dans la colonie,  cet homme sera  placé en détention par le » juge des libertés ».

Et voila comment en Martinique on place en détention au centre pénitentiaire, un homme dont le seul délit probable serait un  outrage consistant en le refus d’  une contravention

 C’est cela la réalité de ce dossier… de ce pays !!!

Je suis quant à moi au-delà de la colère, de l’impuissance et ressens avec une acuité particulière le mépris dans lequel nous tiennent ces institutions exogènes de mon pays.

Le placement en détention d’un homme dans de telles circonstances démontre que nous sommes bel et bien entrés dans une ère d’arbitraire pur  et dur

Car cette histoire,  pour surréaliste qu’elle paraît,  tend à se banaliser, puisqu’elle se reproduit quasi quotidiennement surtout depuis que SARKOZY a instauré un système de récompenses  de primes pour les policiers en fonction du nombre d’infractions relevées.

Au secours ! Il y a danger pour tous les martiniquais dans la colonie. Nous voilà tout potentiellement des futurs rebelles à l’ordre sarkosiste des délinquants en puissance!!

Devrons nous désormais dire à nos enfants de ne surtout pas regarder un policier de travers sinon « il te tabassera en toute impunité puis te  traînera devant le juge  qui te sanctionnera car….. La force reste  à la Loi. »

Je parie qu’il y en a qui le dirons !

Je suis tout aussi  sure que les chiens vont continuer à se taire dans la colonie Martinique,  qu’importe si le « collier dont ils sont attachés » se resserrent de jour en jour » il suffit que l’illusion de bien être pour certain  et de pouvoir pour d’autres perdurent et…. tout va bien.

Triste Martinique quel destin prépares  tu à tes enfants ?

Foyal Matinik le 28 novembre 2008

C. DUHAMEL