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Haïti-Colloque
: Christianisme et vodou, le
difficile dialogue

photo d' Ernesto riveiro
De
vives discussions ont été soulevées au 2e jour du colloque organisé
pour les 25
ans de l’Université de Port-au-Prince sous le thème «Foi chrétienne et
vodou».
Le dialogue s’avère difficile entre ces deux grands courants religieux
en
Haïti.
«Ce
n’est pas un colloque pour la conversion ni pour un pugilat, mais
plutôt pour
un début de dialogue», a rappelé le recteur de l’Université de
Port-au-Prince,
Gérard Dorcély, qui s’est vu obligé d’intervenir dans une situation qui
commençait à se chauffer au Montana, au deuxième jour colloque ayant
pour thème
«Foi chrétienne et vodou» organisé pour les 25 ans de l’UP.
«On
est juste là pour essayer de trouver un terrain d’entente, pour ouvrir
la voie
à d’autres dialogues», a-t-il ajouté pour calmer le jeu dans un début
de
dispute entre plusieurs représentants des divers secteurs religieux
présents au
colloque, les vodouisants, les catholiques et les protestants.
Cette
matinée avait pourtant bien commencé. Un rapporteur avait d’abord fait
la
journée d’hier qui a vu le lancement de ce colloque de trois jours, les
20, 21
et 22 novembre. Une activité qui a pour but d’instaurer un dialogue
entre
chrétiens (catholiques et protestants) et vodouisants afin «d’aider à
recoudre
le tissu social déchiré et contribuer par l’exemple à la paix et
l’harmonie
citoyenne», selon les propos d’ouverture du recteur Dorcély.
Charles
Poisset Romain, pasteur et sociologue, le premier intervenant, fait une
approche comparative du catholicisme, du protestantisme et du vodou
dans une
perspective de développement.
Selon
l’étude de M. Romain, les réalisations du catholicisme et du
protestantisme
sont plus observables que celles du vodou particulièrement dans les
domaines de
la santé et de l’éducation, le vodou ayant longtemps été une religion
de la
clandestinité.
Pour
leur apport au développement, le Dr Romain a indiqué que christianisme
et vodou
établissement d’abord une code de conduite et une morale que leurs
adeptes sont
tenus de respecter.
Le
protestantisme contribue à l’alphabétisation en demandant de lire la
Bible et
en la traduisant dans la langue du peuple. Pasteurs et prêtres
participent à
l’éducation non formelle des masses dans leurs messages délivrés du
haut de la
chaire. Hougans, pasteurs et curés remplissent diverses fonctions dans
une
société laissée à elle-même (professeur, conseiller, médecin,
psychologue). Les
plus grandes réalisations du secteur protestant sont dans le domaine
éducatif
où il éduque 47% de la population contre 26% pour le secteur
catholique.
Les
réalisations du christianisme sont encore à relever dans les domaines
sanitaire
(implantations d’hôpitaux) et agricole (multiplication de pépinière,
formation
de caisses populaires). Dans les campagnes, les hougans tiennent aussi
lieu de
médecins, a-t-il souligné.
Mais
comme obstacle au développement, Charles Poisset Romain a soulevé
divers torts
causés par les religions comme la mentalité magico-religieuse. Celle-ci
conduit
à la passivité, au défaitisme et à l’angélisme, facteurs de
sous-développement.
Sylvain
Exantus, dans son exposé sur le Protestantisme et l’Etat a rappelé les
accomplissements du secteur évangélique dans le social. Il a appelé une
fois de
plus le gouvernement à émarger ce secteur du budget pour un meilleur
fonctionnement.
Réagissant
à ces interventions, Max Beauvoir a fustigé le comportement des adeptes
du
christianisme. Ces derniers, selon M. Beauvoir, construisent des écoles
et des
hôpitaux d’où seraient exclus les vodouisants. De plus, ajoute-t-il,
«ils se
sont accaparés de l’aide internationale après les derniers cyclones».
Dans
sa diatribe, Max Beauvoir critique aussi les chrétiens qui se
considèrent comme
«un peuple élu qui doit bénéficier de tout».
La
troisième intervention est celui de l’anthropologue Jean Yves Blot qui
a
surtout rappelé les crimes commis «au nom du christianisme» et présenté
le
vodou comme la véritable culture haïtienne.
Déjà
des murmures s’élevaient dans la salle et l’on sentait que la
contestation
voire l’affrontement n’était pas loin.
Une
participante a demandé à M. Beauvoir de se prononcer sur le phénomène
de la
zombification, une pratique ayant cours en Haïti et imputée aux adeptes
du
vodou. Cette jeune femme a avancé le fait que le vodou perpétue
l’esclavage
colonial à travers le phénomène de la zombification d’êtres humains qui
se font
déposséder de leur volonté et qu’on fait travailler dans les
plantations sous
les coups de fouets et autres tortures tout aussi dégradantes.
Une
représentante du secteur vodou était particulièrement excitée et sur la
défensive, comme le semblaient être la plupart des adeptes de cette
religion
présente au colloque qui réagissaient vivement aux questions posées.
Celle-ci
qualifiait les tenants du christianisme (catholiques et protestants) de
«complices de l’esclavage des Noirs à St-Domingue» ou d’acculturés, de
singes,
les adeptes du vodou se considérant comme les «Haïtiens authentiques»
étant les
seuls dépositaires de la culture haïtienne qui se réduit au vodou,
selon Jean
Yves Blot.
Le
pasteur Frantz Exantus lui se bornait à dire que la religion
protestante
professait le vrai Dieu et que les protestants étaient «des agents de
paix qui
ne planifient pas de faire le mal».
La
situation a envenimé lorsqu’un participant a demandé comment le vodou
comptait
se racheter envers ses jeunes universitaires qui se rendent en province
et qui
se font zombifier par haine ou jalousie.
Les
adeptes du secteur vodou se sont offusqués que leur religion soit
réduite au
phénomène de la zombification et ont demandé d’avoir des preuves de ces
accusations…
Ces
propos ont suscité tant de débats que Max Beauvoir a menacé de laisser
la salle
de conférence, avant que des membres de l’organisation ne le ramènent à
sa
table.
Quelques
minutes plus tard, au Lunch, le pasteur Exantus a consenti, sur la
demande du
recteur de l’UP, à serrer la main à Max Beauvoir. Les deux hommes ont
même posé
pour une photo. Une autre représentante du secteur vodou a été invitée
à faire
de même,
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