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logo avril 2008 de Pyepimanla le Magazine Antillais



Haïti-Colloque : Christianisme et vodou, le difficile dialogue

lasirenne de ernesto riveiro

photo d' Ernesto riveiro

De vives discussions ont été soulevées au 2e jour du colloque organisé pour les 25 ans de l’Université de Port-au-Prince sous le thème «Foi chrétienne et vodou». Le dialogue s’avère difficile entre ces deux grands courants religieux en Haïti.

«Ce n’est pas un colloque pour la conversion ni pour un pugilat, mais plutôt pour un début de dialogue», a rappelé le recteur de l’Université de Port-au-Prince, Gérard Dorcély, qui s’est vu obligé d’intervenir dans une situation qui commençait à se chauffer au Montana, au deuxième jour colloque ayant pour thème «Foi chrétienne et vodou» organisé pour les 25 ans de l’UP.

«On est juste là pour essayer de trouver un terrain d’entente, pour ouvrir la voie à d’autres dialogues», a-t-il ajouté pour calmer le jeu dans un début de dispute entre plusieurs représentants des divers secteurs religieux présents au colloque, les vodouisants, les catholiques et les protestants.

Cette matinée avait pourtant bien commencé. Un rapporteur avait d’abord fait la journée d’hier qui a vu le lancement de ce colloque de trois jours, les 20, 21 et 22 novembre. Une activité qui a pour but d’instaurer un dialogue entre chrétiens (catholiques et protestants) et vodouisants afin «d’aider à recoudre le tissu social déchiré et contribuer par l’exemple à la paix et l’harmonie citoyenne», selon les propos d’ouverture du recteur Dorcély.

Charles Poisset Romain, pasteur et sociologue, le premier intervenant, fait une approche comparative du catholicisme, du protestantisme et du vodou dans une perspective de développement.

Selon l’étude de M. Romain, les réalisations du catholicisme et du protestantisme sont plus observables que celles du vodou particulièrement dans les domaines de la santé et de l’éducation, le vodou ayant longtemps été une religion de la clandestinité.

Pour leur apport au développement, le Dr Romain a indiqué que christianisme et vodou établissement d’abord une code de conduite et une morale que leurs adeptes sont tenus de respecter.

Le protestantisme contribue à l’alphabétisation en demandant de lire la Bible et en la traduisant dans la langue du peuple. Pasteurs et prêtres participent à l’éducation non formelle des masses dans leurs messages délivrés du haut de la chaire. Hougans, pasteurs et curés remplissent diverses fonctions dans une société laissée à elle-même (professeur, conseiller, médecin, psychologue). Les plus grandes réalisations du secteur protestant sont dans le domaine éducatif où il éduque 47% de la population contre 26% pour le secteur catholique.

Les réalisations du christianisme sont encore à relever dans les domaines sanitaire (implantations d’hôpitaux) et agricole (multiplication de pépinière, formation de caisses populaires). Dans les campagnes, les hougans tiennent aussi lieu de médecins, a-t-il souligné.

Mais comme obstacle au développement, Charles Poisset Romain a soulevé divers torts causés par les religions comme la mentalité magico-religieuse. Celle-ci conduit à la passivité, au défaitisme et à l’angélisme, facteurs de sous-développement.

Sylvain Exantus, dans son exposé sur le Protestantisme et l’Etat a rappelé les accomplissements du secteur évangélique dans le social. Il a appelé une fois de plus le gouvernement à émarger ce secteur du budget pour un meilleur fonctionnement.

Réagissant à ces interventions, Max Beauvoir a fustigé le comportement des adeptes du christianisme. Ces derniers, selon M. Beauvoir, construisent des écoles et des hôpitaux d’où seraient exclus les vodouisants. De plus, ajoute-t-il, «ils se sont accaparés de l’aide internationale après les derniers cyclones».

Dans sa diatribe, Max Beauvoir critique aussi les chrétiens qui se considèrent comme «un peuple élu qui doit bénéficier de tout».

La troisième intervention est celui de l’anthropologue Jean Yves Blot qui a surtout rappelé les crimes commis «au nom du christianisme» et présenté le vodou comme la véritable culture haïtienne.

Déjà des murmures s’élevaient dans la salle et l’on sentait que la contestation voire l’affrontement n’était pas loin.

Une participante a demandé à M. Beauvoir de se prononcer sur le phénomène de la zombification, une pratique ayant cours en Haïti et imputée aux adeptes du vodou. Cette jeune femme a avancé le fait que le vodou perpétue l’esclavage colonial à travers le phénomène de la zombification d’êtres humains qui se font déposséder de leur volonté et qu’on fait travailler dans les plantations sous les coups de fouets et autres tortures tout aussi dégradantes.

Une représentante du secteur vodou était particulièrement excitée et sur la défensive, comme le semblaient être la plupart des adeptes de cette religion présente au colloque qui réagissaient vivement aux questions posées.

Celle-ci qualifiait les tenants du christianisme (catholiques et protestants) de «complices de l’esclavage des Noirs à St-Domingue» ou d’acculturés, de singes, les adeptes du vodou se considérant comme les «Haïtiens authentiques» étant les seuls dépositaires de la culture haïtienne qui se réduit au vodou, selon Jean Yves Blot.

Le pasteur Frantz Exantus lui se bornait à dire que la religion protestante professait le vrai Dieu et que les protestants étaient «des agents de paix qui ne planifient pas de faire le mal».

La situation a envenimé lorsqu’un participant a demandé comment le vodou comptait se racheter envers ses jeunes universitaires qui se rendent en province et qui se font zombifier par haine ou jalousie.

Les adeptes du secteur vodou se sont offusqués que leur religion soit réduite au phénomène de la zombification et ont demandé d’avoir des preuves de ces accusations…

Ces propos ont suscité tant de débats que Max Beauvoir a menacé de laisser la salle de conférence, avant que des membres de l’organisation ne le ramènent à sa table.

Quelques minutes plus tard, au Lunch, le pasteur Exantus a consenti, sur la demande du recteur de l’UP, à serrer la main à Max Beauvoir. Les deux hommes ont même posé pour une photo. Une autre représentante du secteur vodou a été invitée à faire de même,

 
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