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logo avril 2008 de Pyepimanla le Magazine Antillais



Pointe-à-Pitre se tient le premier Congrès des écrivains caribéens.

Derek Walcott

«Cric-crac, cric-crac.» Dans la salle de réunion du lycée hôtelier du Gosier, à la sortie de Pointe-à-Pitre, quelques dizaines d’écrivains caribéens sont réunis, et l’auteur guadeloupéen Hector Poullet fait, en créole, une intervention assez drôle pendant laquelle il échange avec la salle les interjections traditionnelles des conteurs de la région.

Visibilité. Depuis mardi se tient à Pointe-à-Pitre le premier Congrès international des écrivains de la Caraïbe, qui réunit une soixantaine d’écrivains venus des Antilles françaises, de Porto Rico, Haïti, Cuba, la Jamaïque, Saint-Martin, Sainte-Lucie, Grenade, Guyane, Bélize, Surinam… Ils sont francophones, anglophones, hispanophones et même néerlandophones. Sans compter qu’ils ont tous en commun le créole.

Le but de ce congrès (initié par Victorin Lurel, président de la région Guadeloupe et coorganisé par les écrivains Roger Toumson et Ernest Pépin) est d’essayer de répondre à la question«y a-t-il une littérature caraïbe ?», mais aussi de donner une place et une visibilité à cette littérature. Pour en débattre, il y a des gens comme les Français Simone Schwartz-Bart, Daniel Maximin ou Raphaël Confiant, les Haïtiens Gary Victor, Louis-Philippe Dalembert ou Lyonel Trouillot, mais aussi le Trinidadien Earl Lovelace et la Jamaïcaine Olive Senior. Le prix Nobel Derek Walcott, de Sainte-Lucie, est attendu.

Au fur et à mesure des interventions, on retient des déclarations pessimistes et désabusées, notamment de la part de certains intervenants guadeloupéens et martiniquais, sur la disparition du créole, ou sur l’indifférence de la métropole. On entend aussi des interventions très rafraîchissantes, notamment chez les anglophones et les néerlandophones. Lucia Nankoë, critique littéraire du Surinam, a lu avec enthousiasme un texte de l’écrivain Edgar Cairo qui, en introduisant du créole dans le néerlandais, crée une langue incroyablement vivante. Lasana Sekou a parlé avec beaucoup d’humour et de pertinence de l’hyperpolyglottisme de Saint-Martin, où on peut utiliser cinq langues (français, anglais, néerlandais, créole et espagnol) en moins de cinq minutes. L’écrivaine grenadine Merle Collins a expliqué que les lycéens de la Grenade connaissaient tous les classiques britanniques, mais rien de la littérature des voisins caribéens.

Propositions. Il y a aussi des propositions concrètes. D’abord celles des organisateurs, expliquées par Roger Toumson : créer une revue, un prix littéraire et une association des écrivains de la Caraïbe. Et celles avancées par les participants, comme Karla Suarez, de Cuba, qui a lancé l’idée d’une bibliothèque itinérante et d’un fonds commun de traduction pour améliorer la connaissance collective de ces littératures. Et puis, a-t-elle dit, «il faut arrêter de nous lamenter, c’est à nous de trouver les mécanismes pour que ça marche».

On a aussi vu apparaître de nouveaux regards sur la culture caribéenne, comme celui d’Alfred Alexandre, un écrivain martiniquais de 38 ans. S’interrogeant sur le malaise de la société martiniquaise en particulier, il explique que les écrivains dont la pensée a éclos dans les années 60 à 80 avaient, en plus d’un ennemi de classe et de race, «un appareil d’Etat dont la politique arbitraire»renforçait la cohésion du groupe. Aujourd’hui, dit-il, est apparu un pouvoir local «prompt à reproduire [ces] mécanismes».

Mais le discours politique a tendance à produire une mystification «à laquelle une certaine littérature participe, en entretenant le mythe du rebelle éternel… Et la littérature devient servile… Elle qui, avec tant de panache, a dénoncé la violence coloniale, elle prend le risque du déshonneur en restant muette devant la domination chaque jour plus jouissive… des potentats locaux

NATALIE LEVISALLES

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