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logo avril 2008 de Pyepimanla le Magazine Antillais



INAUGURATION DE LA RUE DEBIDINE SAHAÏ A BAIE-MAHAULT

Si rares sont les dénominations de lieux aux Antilles Françaises aux noms de personnes d’origine indienne!

Le 11 novembre 2008, la Municipalité de Baie-Mahault honorait un ancêtre Indien devenu guadeloupéen, en nommant une rue Débidine Sahaï au quartier de la Jaille, lieu dit “Fond Sarrail”.

Le Général Sarrail, qui a de nombreuses rues en France, né à Carcassonne en 1856 et mort à Paris en 1929, militaire français de la 1ère Guerre mondiale, n’a rien à voir avec l’histoire de la Guadeloupe et du peuplement de ses habitations cannières.

Anomalie ou ineptie administrative qu’a tenu à rattraper le maire de Baie-Mahault Ary Chalus, interpellé par les descendants de Sri Débidine Sahaï, arrivé de l’Inde dans les années 1880 sur un “coolie ship”, et qui vécut et travailla sur l’habitation de La Jaille.

L’inauguration de la rue Débidine Sahaï avait lieu dans le cadre du recensement des personnes-ressource de la commune et de la fête du quartier dit Fond Sarrail. La Jaille était en fait au 19è siècle la bourgade de Baie-Mahault. C’est là que le jeune homme venu de Calcutta vers 1880 habita, acquit des terres par son dur labeur, et contribua au développement de sa commune d’adoption. 

L’état-civil de Baie-Mahault nous apprend qu’en l’an 1890, le matin du samedi 25 avril, le mariage du sieur Débidine Sahaï, 39 ans, cultivateur, domicilié en cette commune de la Baie-Mahault, immigré n° 25.615, d’une part, et de la demoiselle Marie Tayé, 18 ans, célibataire, cultivatrice, née et domiciliée en cette même commune de la Baie-Mahault, fille du sieur Nagaman, n° 17.723 bis.

De cette union entre un des derniers migrants Indiens, originaire du Bihar au Nord de l’Inde, parlant le Bhodjpuri et convoyé depuis Calcutta avec une jeune tamoule née en Guadeloupe, dont le père portant le nom de Nagaman venait de l’Inde du Sud, probablement parti de Pondichéry, devaient naître 15 enfants. Les deux premiers, Rodolphe Gabriel et Albert Aristide Sahaï étaient déjà en fait nés, à La Jaille Baie-Mahault, quand fut célébré le mariage.

Notons que l’apprentissage du Créole parlé, avant le Français, permit aux Indiens venus des régions éloignées du Nord et du Sud de l’Inde de communiquer et vivre aux colonies où on leur avait fait croire qu’ils allaient faire sécher de la poudre d’or. Le colombo, devenu plat “national” des îles est aussi une production îlienne à partir d’ingrédients indiens apportés, cari du Sud influencé par le Nord. Notons aussi le passage immédiat des prénoms indiens comme Débidine à des prénoms chrétiens et français comme Marie ou Gabriel... L’histoire de la francisation et de la catholicisation imposée aux migrants n’est pas sans douleurs ni sans larmes…

Le travail ardu sera la réponse des immigrants indiens face à deux difficultés de fond : rejet par les anciens esclaves qui voyaient en ces Indiens des individus acceptant de faire un travail dont ils ne voulaient plus, et disparition de la plus grande partie de leurs langues, de leurs coutumes et religions due à une acculturation forcenée.

Après quelques années à La Jaille Baie-Mahault, dans cet espace dont la population gardera son nom en souvenir de sa présence et de son travail, prononcé à la créole “Fon Saray”, et qui devait être repris par les toponymistes des temps modernes en “Fond Sarrail”, Débidine partira pour “la Capesterre” où il travaillera de nombreuses années à l’habitation Longueteau.

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Stéphane Vieillot-Sahaï, descendant ravi d'avoir dévoilé une des plaques, fait un clin d'œil ensoleillé à l'ancêtre. Photo Jude Sahaï.
Après cette période où ils eurent onze enfants, les premiers Sahaï de la Guadeloupe s’installèrent à Viard Petit-Bourg, puis dans la jolie commune “de la Goyave” où Débidine acheta grâce à son travail une terre “allant de la montagne à la mer”. Là naîtront ses deux derniers enfants. Il reste de cette propriété, la section Sarcelle, une partie où habitent plusieurs Sahaï, près de la tombe de Débidine, décédé le 31 mai 1920 à 69 ans à l’ombre des avocatiers, arbres à pain, ylang-ylang et autres arbres qu’il y planta. Et ce n’est qu’en 1923, trois ans plus tard, que les Indiens jusque-là simples numéros “apatrides”, acquerront nationalité française et droit de vote, grâce au combat d’Henry Sidambarom

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La descendance de Débidine Sahaï, ces jeunes représentent la 5 eme génération


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Aujourd'hui, après avoir travaillé dans les habitations puis les usines à sucre (Darbousier, Blanchet, Beauport...), les nombreux descendants de Débidine Sahaï sont actifs dans de nombreux domaines au service de tous – agriculture, santé, administration, éducation, commerce, musique, radiophonie, cinéma... tant en Guadeloupe même qu'en France, Europe, Nouvelle-Zélande...

En même temps que la rue Débidine Sahaï, la municipalité de Baie-Mahault inaugurait en ce même 11 novembre 2008 à Fon Saray une stèle en mémoire des femmes victimes de la violence, suite à des actes meurtriers et barbares commis quelques jours auparavant.

S’associant à cette émotion, les Sahaï ont souhaité que l’enseignement de la non-violence et du travail persévérant, nobles héritages de l’Inde, fasse partie de la solution.

Dans cette optique, un Mémorial Multiculturel Débidine Sahaï est d’ores et déjà en projet.

Jean S. Sahaï