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logo avril 2008 de Pyepimanla le Magazine Antillais



Force à la loi ou Trouillé le sanglant  

Le dernier fait d'armes répressif  de celui que la population martiniquaise surnomma :Trouillé le sanglant,  eut lieu en mars 1951 dans la commune de Ducos.

En 1951, quatre ans sont passés depuis l’arrivée de Pierre Trouillé à bord de l’hydravion qui avait  amerri dans la baie des Flamands, un  Latécoère qui assurait la première liaison aérienne entre la France et la Martinique.

Etait également descendu de cet hydravion celui qui l’a nommé à son poste, le socialiste Jules Moch alors ministre des travaux publiques.

Les deux hommes furent accueillis en premier lieu par le maire de  Fort de France, Aimé Césaire et ensuite par un peuple en ferveur s’étant pressé à la Savane, en grand nombre pour écouter le discours qu’Aimé Césaire prononça en guise de bienvenue, scellant ainsi une nouvelle ère, celle de la départementalisation. 

Pierre Trouillé âgé de 40 ans avait débuté sa carrière préfectorale en 1934, se distinguant  durant la seconde guerre mondiale.

En 1944, alors préfet à Tulle en Corrèze, il s'était  opposé au  « fusillement » de blessés allemands par les maquisards, puis ensuite négocié avec la division SS afin d'épargner de la potence des centaines d'habitants de la ville.

Ainsi, il arriva  en Martinique auréolé d'actes de résistance lui ayant valu d'être décoré de la croix de guerre à la libération. Une venue sur laquelle de nombreuses aspirations sociales s’étaient cristallisées, à savoir l’amélioration des payes de misère des salariés, l’application  à la Martinique coloniale des lois républicaines en matière du droit du travail et de protection sociale, l’amélioration de l’habitat et des conditions de vie dans les quartiers populaires, l’installation d’infrastructures sanitaires, la réfection des hôpitaux particulièrement insalubres et la construction d’écoles décentes.

Après les évènements du Carbet en 1948, où au soir du 4 mars, trois ouvriers agricoles grévistes qui revenaient de leur lieu de travail, l’habitation Lajus, furent grièvement blessés tandis que trois autres périrent sous les balles des gendarmes qui avaient été mandés par le distillateur J. Bailly et dépêchés par le préfet satisfaisant ainsi les injonctions répressives patronales békés ( Cf : Mars 1948, retour sur la répression sanglante du Carbet), plus personnes ne voyait en Pierre Trouillé un héros, ni un démocrate, mais une incarnation de la puissance coloniale, un bras armé à la solde des békés.

Malgré la répression sanglante du Carbet, les aspirations progressistes de la population martiniquaise, n'avaient en rien été affaiblies, s'étaient même trouvées renforcées.

Par ailleurs,  durant son administration au lieu d'œuvrer à l'amélioration du quotidien de la population martiniquaise, il utilisa les fonds destinés aux services sociaux ( crèches, écoles, hôpitaux...) pour financer les travaux du port de Fort de France et de l'aérodrome du Lamentin. Ce qui fut un parti pris de gestion destiné à favoriser les exportations de produits agricoles des békés. 

Il a en outre apporté son concours préfectoral aux békés dans le conflit qui les opposaient aux syndicats soucieux de l’instauration de la sécurité sociale en Martinique.

En effet, les békés qui ne souhaitaient pas cotiser au nouveau régime de la sécurité sociale décidé par décret le 17 octobre 1947,  avaient réagi de deux façons, tout d'abord en introduisant une main d'œuvre concurrente venant des îles voisines avec la complicité préfectorale, ensuite en déposant une requête au près du conseil d'Etat pour surseoir à cette application, par le biais des agents d’assurances, c'est-à-dire des békés qui géraient les allocations familiales de l'île.

Ce fut un échec,  la manœuvre fut contrée par la CGT qui  sous la houlette de Victor Lamon se rendit  à Paris défendre les intérêts des salariés martiniquais.

A coté de cela les travailleurs martiniquais ont très vite compris que pour obtenir la moindre chose, à savoir entre autre l'application à la Martinique des lois en vigueur en France, ils devraient se battre.

Aussi les revendications populaires s'en sont trouvés avivées et le préfet Trouillé a eut à faire face à plusieurs grèves, dont celle de septembre 1948 à la plantation Leyritz point de départ de l'affaire des seize de Basse -Pointe qui a renforcé si besoin était la combativité des travailleurs.

En 1950, les fonctionnaires eux aussi se sont mis en grève pour obtenir les mêmes avantages de la sécurité sociale que leurs homologues de l'hexagone.

Après 33 jours de grève ils ont obtenus satisfaction, ce fut un cas de figure délicat pour le préfet qui ne pouvait faire usage de mitraillette sur des représentants de l'Etat.

L'année suivante en 1951 les foyers de grève ont essaimés un peu partout dans le pays : au François, au Lamentin, à Rivière-salée, à Fort de France, à Basse pointe et à Ducos. 

Ce sont les ouvriers des usines du François qui ont ouvert le front dès le mois de janvier, conduits par le syndicaliste Platon ils ont décrochés une hausse de salaire.

Les dockers, le même mois ont eut moins de chance car leur grève a été cassé par l'embauche de chômeurs travaillant sous l'encadrement des CRS, récemment arrivés en Martinique envoyés par le ministre de l'intérieur, le même socialiste Jules Moch, celui qui a nommé Trouillé en 1947 et  dont la méthode pour briser les grèves est l'utilisation massive de CRS.

ouvriers martinique 1940

Etant ainsi couvert par les plus hautes instances de l'Etat, on comprend alors que la protestation d'Aimé Césaire, le 17 juin 1948, dans une lettre adressé au président de la République pour que cesse les agissements de Trouillé, soit restée lettre morte [1].

Au mois de mars 1951 les grèves agricoles se sont multipliées dans différentes communes de la Martinique, notamment au Lamentin où les ouvriers réclamèrent 1300 anciens francs pour la coupe de la canne. Dans le sud à l'habitation Trenelle à Rivière-Salée un gréviste est assommé par les gendarmes, à Basse Pointe  les crs occupent tout simplement la commune.

Mais le fait marquant à lieu le 7 mars 1951 dans la localité de Ducos,à l'habitation de La Chassin aux environs de 15 heure une centaine de gendarmes et crs emmenés par le béké Geoges Hayot dans sa Jeep, attaquent les grévistes comme au Carbet en 1948.

Le bilan est de deux blessés par balles, Raymond Georges, 31 ans et Emilie Amant, 34 ans.

A l'issue de ces grèves des ouvriers sont emprisonnés et le 12 mars à lieu un procès expéditif où 23 grévistes sont accusés pour "entrave à la liberté de travail", 8 écopent de prison ferme et 8 autres de prison avec sursis.

Protégeant ainsi les intérêts békés par tous les moyens, quitte à user de violence, le préfet Pierre Trouillé a été à milles  lieues de l'image du fonctionnaire héroïque de la seconde guerre mondiale à Tulle.

antillaises des années 40

Son préfectorat martiniquais aura été particulièrement sanglant à l'encontre de la population martiniquaise, le préfet qui avait tenu tête aux maquisards et aux officiers nazis pourtant auteurs des crimes d'Oradour-sur-Glane, s'est plié sans réserve aux desideratas békés, soutenu dans sa tache par son ministre socialiste  Jules Moch, qui chargé de juger son fonctionnaire  suite à la lettre de Césaire conclura en disant de lui: " Excellent Préfet !".

Ainsi sa gestion administrative calamiteuse en Martinique au lieu de lui valoir un désaveux, ou un blâme, lui a valu récompenses et promotions, en effet Pierre Trouillé terminera sa carrière, couvert par les honneurs de la République, promu préfet Igame [2] à Tours en 1960, puis comme inspecteur général au ministère de l'intérieur.

Toutefois, à son départ au mois d'août 1951 après son ultime effet de zèle répressif à La Chassin, il était manifeste que la départementalisation espérée dans les faits était dénué de sens, car ne signifiant aucun changements effectif pour la population martiniquaise en manque de tout.

Le premier préfet de l’histoire martiniquaise agissant à la manière d’un gouverneur tout était fait  pour maintenir le pays dans son carcan colonial, quitte pour ce faire à faire couler le sang. 
 
 

  Emmanuelle  Deschè-Brambam

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[1]  extrait de la lettre d'Aimé Césaire adressé au président de la république, le 17 juin 1948:

"Jamais on eu dans notre île une telle impression d'incapacité administrative et jamais, de fait, administration ne fut à la fois plus insolente et visiblement inapte à résoudre les grands problèmes économiques et humains que conforte notre pays. Le bilan d'un an administration préfectorale s'établit comme suit: ravitaillement désorganisé, grands travaux arrêtés, la construction tant souhaité et tant de fois promise d'écoles et d'hôpitaux, ajournée sine die malgré les crédits votés.

Quand à l'arbitraire il ne connait plus de bornes. Affichant le plus grand mépris pour les corps élus du Département, M Trouillé gère seul, administre seul, gouverne seul en tyran brouillon et borné appuyé sur la seule police à qui il donne des ordres de répression féroce .Chose inouïe, jusqu'a ce jour ni les municipalité, ni le Département n'ont de budget" 

[2] igame :

Abréviation de « Inspecteur général de l'Administration en mission extraordinaire », préfet administrant une région économique, supervisant l'action des préfets de département  

Sources:

- "La France et l'outre-mer antillais quatre siècles histoire économique et sociale", de Felix Hillaire Fortuné (l’harmattan, 2001)

-" Histoire de la Martinique», tome 3, d'Armand Nicolas (L’harmattan)  

-" 1946: la Réunion, département, regards sur la Réunion contemporaine", recueil       d'Edmond Maestri, enseignant d'histoire contemporaine (Université de la Réunion) 

Sitographie

-http://www.institut-formation.travail.gouv.fr/Pages/FicParu%5C2000_06%5CMartinique1.pdf

-http://cborzeix.club.fr/Hommage/Tulle.htm 

_http://pagesperso-orange.fr/monuments/Rue-T.html
Le retour de la "Panthère noire"

marby

Marny est de retour en Martinique ! Le plus ancien prisonnier français finira ses jours dans son île natale. Fin mai, Pierre-Just Marny est rentré sous haute protection policière et a été aussitôt admis au centre pénitentiaire de Ducos. Les détenus l'ont accueilli triomphalement, scandant bruyamment son nom. Il est désormais un parmi d'autres, libéré de la mesure d'hospitalisation d'office. D'un coup, la mémoire collective s'est réveillée, car l'homme a marqué l'histoire du crime. Certains en parlent aujourd'hui encore avec horreur.

A sa descente d'avion, il est apparu, chemise blanche et costume noir, un embonpoint certain, marchant lentement, car presque aveugle. Il est loin, le jeune rebelle des années 1960, ennemi public n°1 dans une Martinique marquée par la fin de l'économie de plantation et l'exode rural, secouée par des conflits dégénérant en violence et alimentant des revendications nationalistes.

Marny, lui, n'avait pas ces préoccupations. D'un milieu modeste du quartier de Balata à Fort-de-France, l'enfant se montre instable, quitte l'école en CM2 et tourne mal. C'est un vakabon, un voyou en créole. A la fin de son adolescence, avec son physique d'athlète, il est "major", caïd, de sa bande. Sa spécialité, nouvelle pour l'époque : le vol de voitures.

Ce comportement le conduit en 1963 au tribunal, où il est défendu par Me Emmanuel Ursulet et Me Léon-Laurent Valère, âgé aujourd'hui de 74 ans et qui était un ami de son père, ouvrier charpentier. Il endosse tout ce qu'on lui reproche et ne livre le nom d'aucun de ses complices. Ce n'est pas que par grandeur d'âme : en échange, il serait grassement dédommagé à sa sortie de prison. Il écope d'une peine de quatre ans, dont deux ferme.

A peine libéré, il part récupérer son bien mais ses acolytes ont oublié leur promesse. Marny est furieux. Muni d'un fusil de sa fabrication, il entend se venger et, le 2 septembre 1965, tire sur tout ce qui bouge. Dans le quartier de Redoute, à Fort-de-France, il tue trois fois, dont un chauffeur de taxi qu'il braquait et un bébé de deux ans, dont la mère est l'épouse d'un complice présumé. Il laisse quatre blessés derrière lui.

Il vit sa première cavale, quatre jours durant. La Martinique a peur. Le mythe de la "Panthère noire" - un surnom, une griffe, qu'il revendiquait - prend forme. Les forces de l'ordre le pourchassent et il est arrêté. Le revoilà en prison, au coeur de Fort-de-France. Un mois plus tard, il s'évade en sautant d'un mur pour agripper une poutre, se glisser sous le toit et disparaître sur le trottoir.

Dans la population, la légende et la peur se renforcent. On croit le voir partout, on se barricade le soir chez soi et on ne parle que de lui. Marny est finalement arrêté dans un autre quartier de la ville, Sainte-Thérèse. Il aurait été dénoncé par l'épicière. Quand les gendarmes arrivent, son comportement n'est pas menaçant, mais il reçoit trois balles dans l'abdomen et les poumons.

La population ne l'admet pas. Non seulement l'épicerie de celle qui l'aurait livré est saccagée et brûlée mais des émeutes éclatent. Elles durent trois jours, faisant un mort et 40 blessés. Elles ne s'achèvent qu'avec la venue en renfort d'un escadron de Guadeloupe.

Comme l'explique aujourd'hui son ancien avocat, "il y a dans ce pays une protestation latente face à l'oppression, et il y a des moments où ça part. Cette fois, l'étincelle s'appelait Marny. Les émeutiers n'agissaient pas pour le bandit assassin mais contre la violence injuste du puissant".

Il n'empêche : pendant neuf jours, le fuyard est passé entre les mailles du filet. A-t-il bénéficié de la bienveillance de certains ? Le "vakabon" a-t-il été perçu comme un nouveau "nègre marron", ces esclaves qui s'échappaient des plantations, souvent au péril de leur vie, pour rejoindre les hauteurs boisées ? Me Valère estime que cette vision romantique a été construite postérieurement : "A l'époque, les Martiniquais étaient terrorisés." Me Mark Bruno est moins catégorique, lui qui est le dernier défenseur de Marny. Agé de 38 ans, il est né quand son futur client avait déjà purgé cinq ans de prison : "La seule certitude qu'on ait, c'est que les autorités ont mis du temps pour le trouver et que des soulèvements ont éclaté quand elles y sont parvenues."

En 1965, le cas Marny a de quoi perturber un pouvoir qui, face à toute contestation, ne raisonne outre-mer que par la force. Le général de Gaulle envoie deux émissaires discrets chargés de comprendre. "Cette affaire est-elle politique, est-ce un mouvement anti-Français ?", demandent-ils à Me Valère. Sa réponse est négative mais il explique que, quand on tire sur un homme désarmé, on déclenche la colère de la population et on réveille les souvenirs des humiliations passées.

Au moment du procès, le choix s'impose de l'organiser loin de l'île. En 1969, Marny comparaît aux assises à Paris, ce qu'il ne supporte pas. Il veut être jugé dans son pays, et c'est la Martinique. Ses avocats, Mes Mario Stasi et Gérard Drubigny, sauvent sa tête, et il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Pendant quatre décennies, Marny va aller de prisons en hôpitaux psychiatriques. Détenu particulièrement signalé (DPS), il ne connaît que les quartiers de haute sécurité (QHS) puis les unités pour malades difficiles (UMD). Toujours révolté, il crève un jour l'oeil d'un gardien. Impossible de le maîtriser sans l'usage de gaz lacrymogènes.

Inlassablement, il réclame son transfert en Martinique. Me Valère, qui n'a cessé de correspondre avec lui, parfois plusieurs fois par mois, a encore reçu une demande de sa part début 2008. Sur l'enveloppe, d'une écriture assez régulière, le vieux détenu termine l'adresse par ces mots : "Martinique, Antilles, îles du Soleil Levant."

Souffrant de problèmes mentaux depuis toujours, Marny a gardé un caractère excessif, parfois accompagné de délires. Hostile à tout ce qui n'est pas martiniquais, il a refusé d'être soigné pour ses yeux par un médecin métropolitain. Il lui est arrivé de tenir d'âpres propos anti-Blancs. Arrivé sans savoir ni lire ni écrire, il a longtemps lu Le Monde de la première à la dernière page.

Quarante-trois ans de privation de liberté, de régimes sévères et force calmants et neuroleptiques ne l'ont pas brisé. "Il n'a jamais plié", souligne Me Bruno. Il ne dissimule pas que l'homme s'attirait une certaine sympathie. "Sans moyens intellectuels, il avait une stature", note Me Valère. Aujourd'hui, Marny a obtenu gain de cause en revenant chez lui et rien n'interdit qu'une remise en liberté soit étudiée. Il n'a rien perdu de ses traits évoquant les Indiens Caraïbes - une ressemblance qui le rend assez fier. Pourtant, le parquet ne semble pas s'être montré favorable à ce retour et, à la prison, on reconnaît que "c'est un souci".

Horrifiant et fascinant, Marny a réoccupé la "une" des médias. Sur un site Internet local, Bondamanjak, les internautes se sont affrontés. Pour l'un, "il s'est quand même révolté pour réclamer ce qui lui semblait être le plus cher : son respect" ; pour l'autre, il ne demeure qu'"un vulgaire assassin doublé d'un lâche" ; un troisième tranche : "Il n'a été un militant d'aucune autre cause que la sienne, sur des bases d'ailleurs purement malhonnêtes."

Léon-Laurent Valère a naturellement rendu visite à son ancien client. Il ne veut rien en livrer mais confie : "Mon grand attachement est la rançon de celui qu'il me porte. Finalement, son destin m'afflige. Dans le bien, sa puissance aurait été extraordinaire."

Patrice Louis

LE MONDE | 06.06.08 |


HISTOIRE CRÉOLE VÉCUE

La « haute taille » ou : Cavaliers prend vol

En jou, moins té invité la campagne Rivière-Pilote, dans en noce. Ni long-temps du ça, comme musique, té ni en tambou basque, en violon campagne, en chacha, en sillac. Cé maître tambourineua qui té chef orchestre. Cé li seul qui té ni droit coumandé dans salle-la. Moin
oublié dit case là té en paille, épi i pas té ni plancher, i té en terre.

Quand lan-maillé entré, maître tam-bourineu à commencé fait tambou ï rentré,en disant « A mon commandement ! Lahaute taille ! Cavaliers à vos dames ! »

Dansé commencé ; chef orchestreprend commandement ï : «  En avant dé,allé li rond ; comme vous êtes, violon ronflé, encore une fois ; chassez ; croisez, balancez ! mes « complements « , les dames, ainsi que les cavaliers. Ma danme en robe rouge là qui laghé en « vent »en fond salle- là, dérô ! souplé !

Mon n’homme coumandé tellement, i chauffé cé danseû a tellement, le ti feu aidant, i crié : « Cavaliers prend vol »

En jeune muscadin pami yo, qui té plus légè, sauté en lè con si i té ka prend vol ; tête li passé en faitaille caye-là, qui vent dire en toitu paille-là, épi i rété pris ,
deux pieds ï ka batte. Si yo pas té allétiré i vite, i té ka tranglé.

Le Clairon, N° 143, le 8 février 1940



Edouard épi Pauline prend ménage en lundi bon matin Edouard cé en nègre la campagne qui ka bégaillé en 
pile, qui pas jan-min goûté mangé la ville.Pauline cé en ancienne bonne 
case béké.

Toute la sumin-ne, Edouard ba Pauline vende légumes au bourg pour rapporter salaison monté la case. En jou, pou Pauline fait doudou-ï en surprise, i acheté en côtelette bœuf épi en paquet cresson.

Dimanche en midi, Edoaurd sôti  fait ti pâti cate-li, i ka rentré, faim con en lion. 
En entrant, i crié : « Pauline chè,

fait vite ba dou -dou – ou man – manmangé, moin ka mô faim. »

Pauline en riant ka pôté en bifteack saignant, garni épi cresson.

Edouard lévé fâché, i coumencé begaillé« hé, hé, hé,… qui… co-co-cochonnerie ça ou ka fou… fou… fouté moin a ; en vian-ne qui qui, pas cuite. Sang… sang, ka… ka coulé a-dans, épi zèbe à l’entou-ï, à couè dit moins cé en chou chouval

Pauline désolée, ka fait toute possible li, pou fait Edouard compren-ne ça bon, cé ça béké ka mangé. Mussieu pas lé ten-ne raison. Pauline fini pas dit-i :

« Pice ou pa lé mangé ta-là, ni pois épi lan morue, ou ké mangé-ï, quitté vian-ne là ba moin. »

Quand nhomme rouè Pauline ka mange si bon coeur, i dit « ça meillè bon

pou tout – bon. » L’envie prend – ï goûté.Quand i prend goût la sauce-là, i pousé zassiète pois a assou côté, i tombé dans bifteack là. Dans en mo-ment i metté Pauline en faillite.

Dépi jou a i ka répété. « Pau… Pau- line, toute… toute, la…, la semaine, ba… ba moins lan mori, tête cochon, ça… ça, ou lé, mé les dimanches souplé, bif - bif-tec moin épi cousson, chop… chopine di-vin moin pou… pou moin tout seul.

Pau… Pauline, sa… scré bon ti fam-me qui connaite fait bon mangé. Jan… jan- min moin pas ka laissé en… en ti fem-me  con… conça. A… avant… lan - né fini, fô, fo moin ma…maillé épi Pauline. »

F.

 Le Clairon, n° 148, mardi 13 février 1940