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logo avril 2008 de Pyepimanla le Magazine Antillais



Lakou Zamia

Cour Zamia, première ruelle, deuxième ruelle, troisième ruelle….
Vue d’en haut : comme c’est beau dit le touriste ! Ces maisonnettes alanguies sous le soleil avec pour horizon la mer en face. Le paradis sur terre.

colonial

Je suis né dans la deuxième ruelle, mes parents n’avaient pas de maison. Je suis né chez ma grand-mère. Émigrée du Gosier, venue en ville, elle travaillait dur pour gagner sa vie. Passer la nuit à se lever toutes les deux heures pour alimenter en bois le feu qui faisaient cuire ses coquillages. Son tray de bougos sur la tête, tous les matins, aller sur le marché les vendre et élever ses enfants, leur donner à manger y compris ses petits enfants.

Après, j’ai habité à Massabielle, pas loin de l’église, le quartier où a été construite la première tour de la Guadeloupe.

masabielle

La première messe du matin, tous les dimanches, et pas question de manquer.

Tous les jours, aller chercher l’eau pour boire, pour la cuisine, remplir les barils. La misère moins triste au soleil a chanté Aznavour. Pas faux, pas vrai ? Vrai, si on ne sait pas que l’on est dans la misère.

Papa nous avait fait gravir le morne, nous sortir de ce quartier de misère ; mais à chaque vacance scolaire, vite retourner dans la "cour " et livrer bataille : ce n’était pas les gendarmes et les voleurs, mais les cow-boys et les indiens.

Ce n’était pas, mais était-ce si différent ?

la cour zamia

Les copains voulaient tous être cow-boy et moi indien. Était-ce parce que chez les indiens, le chez était toujours Grand, ou parce que je croyais que l’on pouvait leur coller la pâtée à ces cow-boys. Au cinéma, à coup de ruses et de trahisons, ils gagnaient tout le temps.

Il fallait donc livrer bataille et se rallier derrière le cri du Grand Chef. "Okha hey !", c’était le cri. J’imaginais déjà la bataille, les contournements, les prises à revers et enfin, le face-à-face.

Le face-à-face, il n’a pas eu lieu, papa en a décidé autrement : j’ai été puni pour ne pas avoir ciré ses chaussures, et puis aller jouer là avec tous ces vieux-nègres, à parler créole c’était pas bien.

Pas de bataille donc.

Aujourd’hui, les maisonnettes s’écroulent une à une, abandonnées ou squattées, hasch, crack, des jeunes au regard vide, ailleurs ; ce n’est plus le rhum qui tue. Mais aussi des gens qui résistent dans un quartier voué à la démolition.

Pas de bataille, mais les cow-boys sont toujours là.

Jean Largitte