Lakou
Zamia
Cour Zamia,
première ruelle, deuxième ruelle, troisième
ruelle….
Vue d’en haut : comme c’est beau dit le
touriste ! Ces maisonnettes alanguies sous le soleil avec pour
horizon la
mer en face. Le paradis sur terre.
Je suis né
dans la deuxième ruelle, mes parents n’avaient
pas de maison. Je suis né chez ma grand-mère. Émigrée du Gosier,
venue en ville, elle travaillait dur pour gagner sa vie.
Passer la nuit à se
lever toutes les deux heures pour
alimenter en bois le feu qui faisaient cuire ses coquillages. Son tray
de
bougos sur la tête, tous les matins, aller sur le marché les vendre et
élever
ses enfants, leur donner à manger y compris ses petits enfants.
Après, j’ai
habité à Massabielle, pas loin de l’église, le
quartier où a été construite la première tour de la Guadeloupe.
La première
messe du matin, tous les dimanches, et pas
question de manquer.
Tous les
jours, aller chercher l’eau pour boire, pour la
cuisine, remplir les barils. La misère moins triste au soleil a chanté
Aznavour. Pas faux, pas vrai ? Vrai, si on ne sait pas que
l’on est dans
la misère.
Papa nous
avait fait gravir le morne, nous sortir de ce
quartier de misère ; mais à chaque vacance scolaire, vite
retourner dans
la "cour " et livrer bataille : ce n’était pas les
gendarmes et les voleurs, mais les cow-boys et les indiens.
Ce n’était
pas, mais était-ce si différent ?
Les copains
voulaient tous être cow-boy et moi indien. Était-ce parce que chez les
indiens, le chez était toujours
Grand, ou parce que je croyais que l’on pouvait leur coller la pâtée à
ces
cow-boys. Au cinéma, à coup de ruses et de trahisons, ils gagnaient
tout le
temps.
Il fallait
donc livrer bataille et se rallier derrière le
cri du Grand Chef. "Okha hey !", c’était le cri. J’imaginais
déjà la bataille, les contournements, les prises à revers et enfin, le
face-à-face.
Le
face-à-face, il n’a pas eu lieu, papa en a décidé
autrement : j’ai été puni pour ne pas avoir ciré ses
chaussures, et puis
aller jouer là avec tous ces vieux-nègres, à parler créole c’était pas
bien.
Pas de
bataille donc.
Aujourd’hui,
les maisonnettes s’écroulent une à une,
abandonnées ou squattées, hasch, crack, des jeunes au regard vide,
ailleurs ; ce n’est plus le rhum qui tue. Mais aussi des gens
qui
résistent dans un quartier voué à la démolition.
Pas de
bataille, mais les cow-boys sont toujours là.
Jean Largitte
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