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Lettre de
démission
du Haut Conseil à l’Intégration.

Photo F. Palli
Monsieur
le Président du Haut Conseil
à l’Intégration,
J’ai
le regret de vous présenter ma démission du Haut Conseil à
l’Intégration.
Cette
institution qui regroupe des membres d’horizons idéologiques divers et
qui est
libre en principe dans ses prises de position, ne remplit plus à mon
avis la
haute fonction qui lui était assignée de réfléchir profondément sur les
problèmes relatifs à l’intégration et de faire des propositions au
gouvernement. Elle passe maintenant pour une simple caisse
d’enregistrement de
la politique gouvernementale et intervient très peu dans le débat
public bien
que de nombreux problèmes relevant de l’intégration ne cessent
d’insister dans
l’actualité.
Nous
nous sommes efforcés, durant ces dernières années, de faire progresser
la
réflexion sur toutes ces questions et nous pensons que les travaux du
HCI ont
fait quelque peu avancer les choses, notamment dans la prise de
conscience que
la république française devrait s’ouvrir à la diversité afin de mieux
assumer
l’identité citoyenne collective. Avec l’apport de tous ses membres, le
résultat
des travaux du HCI ne
peut être jugé
comme étant négatif.
Or,
aujourd’hui, je constate que si la nomination de ministres ou de
préfets issus
comme on dit de l’immigration peut manifester un signe d’ouverture à la
diversité composant la France, en revanche, la politique
gouvernementale
actuelle s’est durcie malheureusement concernant l’immigration rendant
ainsi
plus difficile la politique d’intégration. En outre, le Ministre de
« l’intégration, de l’immigration
et de l’identité nationale », malgré
ses dénégations, semble
renouer avec une conception nationaliste et conservatrice de l’identité
nationale
qui heurte mes convictions profondes quant à la question de
l’intégration.
J’ai mal accepté la
création d’un
ministère qui prétendrait gérer « l’identité
nationale ». Cela
rappelle à maints égards certains aspects de la politique poursuivie
par le
Gouvernement de Vichy. De
surcroit, ce ministre s’est même senti autorisé de convoquer à Vichy
les
ministres de divers gouvernements de la communauté européenne sur
toutes ces
questions épineuses. Même si une ville et ses habitants ne peuvent être
retenus
pour responsables du passé, cette décision politique est très
symbolique. Elle
signifie une fermeture quant à la prise en compte de toutes les
mémoires
constituant une reconnaissance de la diversité pour mieux affirmer une
identité
collective plus solide et plus apaisée et en tant qu’Antillais ces
questions
sont pour moi essenteielles. L’enrichissement d’une mémoire publique
commune ne
peut qu’amener plus d’unité avec la reconnaissance des injustices
passées,
évitant ainsi le piège du communautarisme et renforçant
l’identité républicaine.
Enfin,
même si le HCI est indépendant en principe du gouvernement en place,
son
silence concernant les dérives graves sur la politique actuelle en
matière
d’immigration et d’intégration est à mes yeux inacceptable.
Pour
toutes ces raisons donc je ne peux continuer
honnêtement d’être membre du Haut Conseil à
l’intégration.
Jacky
Dahomay
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