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logo avril 2008 de Pyepimanla le Magazine Antillais



Les combats de coqs

coq paille

On ne sait pas réellement qui les a introduits en Martinique et en Guadeloupe, on suppute, on les attribues tantôt aux Espagnols, parfois aux Anglais, des fois aux Français, ce dont nous sommes certains c’est une pratique occidentale et nous dénombrons une trentaine de pays dans le monde où les combats de coqs  perdurent légalement.

En France, une interdiction d’organisée des combats de coqs est en vigueur sur presque l’ensemble du territoire national, sauf dans le Nord de la France  (Nord et Pas-de-Calais) qui bénéficient d’une dérogation depuis 1964 et entre juillet et décembre  les combats se déroulent dans des gallodromes, se situant bien souvent dans l’arrière salle d’un café ou d’un restaurant.

Les estimations font état de 5 000 coqueleurs  en activité  dans cette partie de la France (notamment  à Douai, Lille et Béthune).

Aux Antilles, les combats de coqs sont de tradition et bénéficient d’une dérogation tout comme pour le nord de la France.

La saison des combats de coqs en Martinique s’étale d’avril à décembre et les combats ont lieu dans des « Pitts».

preparation avant le combat de coqs 

Mais  ce ne sont pas tous les cops qui sont prédisposés à se battre dans les pitts. En effet, c’est une race particulière, améliorée au fil du temps qui se livre  combat, on les nomme koks (coqs) djem, koks espagnols, koks gwo siwo, etc…   

Les petits éleveurs ont en moyenne une cinquantaine de coqs, dont 5 ou 6   auront les qualités combatives qui les permettront de se battre.

Comme les humains les coqs ont leur caractère, vous en trouverez qui refusent de se battent, il passent leur temps à courir, d’autres qui se battent mais dès qu’ils on reçu un coup s’enfuient, d’autres qui se battent mais s’épuisent rapidement, d’autres qui ne se battent qu’en sautant,  il y en a qui privilégie le bec au détriment des ergots, et visent systématiquement les yeux de l’adversaire, d’autres qui se ramassent sur eux-même (comme les sumotoris) se protégeant autant qu’ils le peuvent, acceptant les coups de l’adversaire puis ils explosent d’un seul coup et blessent ou tuent leur adversaire, j’en ai vu qui couraient, s’arrêtaient frappaient l’adversaire, courait à nouveau, s’arrêtait et frappaient, ils gagnaient ainsi leur combat à l’endurance. ils y en a d’une rare intelligence, qui élaborent des stratégies de combat

Mais avant d’arriver dans le pitt le coq, comme un sportif de haut niveau, subit une préparation et des entraînements quotidiens.

combat de coqs 

Vers 10 ou 12 mois il est écrêté, les oreillons et les barbillons sont coupés. Mon père assommait les coqs avec des anti-douleurs avant d’opérer, puis découpait la crête qu’il engloutissait dans le "fal" du coq, les blessures étaient recouvertes par la cendre de charbon de bois, généralement il n’y avait pas d’infection, si cela devait se produire le coq était soigné à base de pénicilline, d’arnica, de teinture d’iode etc…

En Martinique les coqs gardaient leurs ergots, mais lors des combats  on surajoutait de longs ergots, collé avec une espèce de cire  chauffée qui  les soudaient à ceux du coq et leur donnaient une longueur assez impressionnante.

Depuis je ne sais plus, si les ergots métalliques ont pris le pas sur les ergots naturels, mon père avait les deux types mais il utilisait que les ergots naturels.

Le matin le coq subissait son entraînement, endurance, course, simulacre de combat, ensuite il était lavé, mis au soleil pour sécher ensuite on lui badigonnait tout le corps avec une orange amère qui a la particularité épaissir, de durcifier  la peau du coq, et le résultat est assez étonnant et d’une rare efficacité. 

coq gros sirop

La volaille bénéficie d’une alimentation spéciale, du maïs, jamais de farine animale (purina) mélangée avec de la viande hachée, des huiles, parfois il était nourri avec du poisson crû pêché le jour ou de sardines pêchées pendant la nuit, chaque coq était nourri individuellement,  tout ceci était relativement fastidieux, coûteux et pour l’enfant que j’étais contraignant. 

Les coqueleurs se payaient des aides, comme mon oncle qui avait « salarié »  à temps complet 2 ou 3 personnes pour s’occuper de ses coqs de combat, mais mon père n’avait pas ses moyens financiers pour s’offrir des aides ou du personnel, alors il  me transmettait la science. 

C’est une science, car en fonction des lunaisons tel type de coq est en forme, les autres en méformes,  la couleur du coq est aussi à prendre en compte, de nombreux paramètres sont  à étudier pour présenter un coq à un combat.

Des gens vous dirons que ce ne sont que des superstitions, mais je vous assure  que les sommes qui sont jouées sont tellement importantes qu’il n’y a pas de place pour la superstition.

caloges pour des coqs

Je me souviens en 1990 ou 91 j’avais été au pitt  du Morne Rouge avec mon oncle, et j’ai voulu miser sur un coq paille, il avait belle figure, un voisin m’avait dit en créole  qui en français donnait ceci : han han ne mise pas sur ce coq ce n’est pas son jour, les coq paille  ce n’est pas leur lune. »

Je l’ai remercié du conseil, me disant à moi-même qu’est-ce que ce vieux Nègre vient me sortir avec son histoire de lunaison, il ne voit pas que l’autre coq est tout rachitique, rabougri…

Au final, j’ai perdu quelques pascals, mais ce monsieur a eu un mot gentil pour moi : « c’est un bon coq, mais qu’est-ce a pris à untel de le faire combattre aujourd’hui, dans deux mois quand la lune sera montante, tu peux miser. »

Evariste Zephyrin
photo Hubert Joséphine