Les combats de coqs
On
ne
sait pas réellement qui les a
introduits en Martinique et en Guadeloupe, on suppute, on les attribues
tantôt
aux Espagnols, parfois aux Anglais, des fois aux Français, ce dont nous
sommes
certains c’est une pratique occidentale et nous dénombrons une
trentaine de
pays dans le monde où les combats de coqs perdurent
légalement.
En
France, une interdiction
d’organisée des combats de coqs est en vigueur sur presque l’ensemble
du
territoire national, sauf dans le Nord de la France (Nord et
Pas-de-Calais) qui bénéficient d’une dérogation depuis 1964 et entre
juillet et
décembre les combats se déroulent dans des gallodromes, se
situant bien
souvent dans l’arrière salle d’un café ou d’un restaurant.
Les
estimations font état de 5
000 coqueleurs en activité dans cette partie de la
France
(notamment à Douai, Lille et Béthune).
Aux
Antilles, les combats de
coqs sont de tradition et bénéficient d’une dérogation tout comme pour
le nord
de la France.
La
saison des combats de coqs en
Martinique s’étale d’avril à décembre et les combats ont lieu dans des
« Pitts».
Mais
ce ne sont pas tous
les cops qui sont prédisposés à se battre dans les pitts. En effet,
c’est une
race particulière, améliorée au fil du temps qui se livre
combat, on les
nomme koks (coqs) djem, koks espagnols, koks gwo siwo,
etc…
Les
petits éleveurs ont en
moyenne une cinquantaine de coqs, dont 5 ou 6
auront les qualités
combatives qui les permettront de se battre.
Comme
les humains les coqs ont
leur caractère, vous en trouverez qui refusent de se battent, il
passent
leur temps à courir, d’autres qui se battent mais dès qu’ils on reçu un
coup
s’enfuient, d’autres qui se battent mais s’épuisent rapidement,
d’autres qui ne
se battent qu’en sautant, il y en a qui privilégie le bec au
détriment
des ergots, et visent systématiquement les yeux de l’adversaire,
d’autres qui
se ramassent sur eux-même (comme les sumotoris) se protégeant autant
qu’ils le
peuvent, acceptant les coups de l’adversaire puis ils explosent d’un
seul coup
et blessent ou tuent leur adversaire, j’en ai vu qui couraient,
s’arrêtaient
frappaient l’adversaire, courait à nouveau, s’arrêtait et frappaient,
ils
gagnaient ainsi leur combat à l’endurance. ils y en a d’une rare
intelligence,
qui élaborent des stratégies de combat
Mais
avant d’arriver dans le
pitt le coq, comme un sportif de haut niveau, subit une préparation et
des
entraînements quotidiens.
Vers
10 ou 12 mois il est
écrêté, les oreillons et les barbillons sont coupés. Mon père assommait
les coqs
avec des anti-douleurs avant d’opérer, puis découpait la crête qu’il
engloutissait dans le "fal" du coq, les blessures étaient recouvertes
par la cendre
de charbon de bois, généralement il n’y avait pas d’infection, si cela
devait
se produire le coq était soigné à base de pénicilline, d’arnica, de
teinture
d’iode etc…
En
Martinique les coqs gardaient leurs ergots, mais lors
des combats on surajoutait de longs ergots, collé avec une
espèce de
cire chauffée qui les soudaient à ceux du coq et
leur donnaient une
longueur assez impressionnante.
Depuis
je ne sais plus, si les ergots métalliques ont pris
le pas sur les ergots naturels, mon père avait les deux types mais il
utilisait que les ergots naturels.
Le
matin le coq subissait son entraînement, endurance,
course, simulacre de combat, ensuite il était lavé, mis au soleil pour
sécher
ensuite on lui badigonnait tout le corps avec une orange amère qui a la
particularité épaissir, de durcifier la peau du coq, et le
résultat est
assez étonnant et d’une rare efficacité.
La
volaille bénéficie d’une alimentation spéciale, du maïs,
jamais de farine animale (purina) mélangée avec de la viande hachée,
des
huiles, parfois il était nourri avec du poisson crû pêché le jour ou de
sardines pêchées pendant la nuit, chaque coq était nourri
individuellement, tout ceci était relativement fastidieux,
coûteux et
pour l’enfant que j’étais contraignant.
Les
coqueleurs se payaient des aides,
comme mon oncle qui avait « salarié » à
temps complet 2 ou 3
personnes pour s’occuper de ses coqs de combat, mais mon père n’avait
pas ses
moyens financiers pour s’offrir des aides ou du personnel, alors
il me
transmettait la science.
C’est
une science, car en fonction des lunaisons tel type
de coq est en forme, les autres en méformes, la couleur du
coq
est aussi à prendre en compte, de nombreux paramètres sont à
étudier pour
présenter un coq à un combat.
Des
gens vous dirons que ce ne sont que des superstitions,
mais je vous assure que les sommes qui sont jouées sont
tellement importantes
qu’il n’y a pas de place pour la superstition.
Je
me souviens en 1990 ou 91 j’avais été au
pitt du Morne Rouge avec mon oncle, et j’ai voulu miser sur
un coq paille, il
avait belle figure, un voisin m’avait dit en créole qui en
français
donnait ceci : han han ne mise pas sur ce coq ce n’est pas son
jour, les
coq paille ce n’est pas leur lune. »
Je
l’ai remercié du conseil, me disant à moi-même qu’est-ce
que ce vieux Nègre vient me sortir avec son histoire de lunaison, il ne
voit pas que
l’autre coq est tout rachitique, rabougri…
Au
final, j’ai perdu quelques pascals, mais ce monsieur a
eu un mot gentil pour moi : « c’est un bon coq, mais
qu’est-ce a pris
à untel de le faire combattre aujourd’hui, dans deux mois quand la lune
sera
montante, tu peux miser. »
Evariste
Zephyrin
photo Hubert Joséphine
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