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logo avril 2008 de Pyepimanla le Magazine Antillais



Haïti : après les intempéries, famine et malnutrition

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Plus de deux mois après, Haïti fait encore face aux conséquences des dernières intempéries. Quelque 27 enfants décédés et une soixantaine d'autres hospitalisés suite à de la malnutrition aigüe. Et après Baie d'Orange, d'autres régions sont menacées. L'heure est donc aux secours d'urgence, mais également à des mesures pour limiter les effets de ce nouveau mal.

«Après les quatre ouragans et cyclones tropicales, la population a tout perdu : plantations et cheptel. Depuis, la famine s'abat sur la région, emportant des enfants et même des adultes», a signalé le responsable du Conseil d'Administration de la Section communale (CASEC) de Baie d'Orange, Lissage Généus. Environ 27 enfants sont morts de la malnutrition aigüe.

A Baie d'orange, on diagnostique plusieurs cas de malnutrition chronique et de malnutrition aigüe. Et ces cas de malnutrition sont aggravés par des problèmes de santé, notamment des infections respiratoires aigües, de gale et de malaria. Une situation que déplore Mme Myrta Kawlard, directrice du PAM en Haïti. « C'est regrettable qu'on aboutisse à une telle situation en dépit des efforts déployés pour aider », dit-elle.

Pour survivre, en effet, les paysans cultivaient traditionnellement du maïs, du haricot et des tubercules. Leurs plantations ont été confrontées à trois mois de sécheresse avant d'être anéanties par les intempéries ayant frappé le pays en aout et septembre.

Autres conséquences occasionnées par les ouragans, les routes ont été coupées, isolant, pendant deux mois, la région du reste du pays. Aussi, « même disposant de l'argent, les habitants ne pouvaient rien se procurer », soutient M. Genéus.

Si la situation ne s'est pas révélée aussi grave dans d'autres régions du pays, les risques existent. Comme le souligne l'ingénieur Wilson Durand, Coordonnateur de la filière de promotion du monde rural au Ministère de l'Agriculture, «de nombreuses régions du pays doivent avoir des difficultés d'approvisionnement ».

Et l'ingénieur Durand de faire savoir que «les départements du Nord-Ouest, du Nord-Est et du Plateau central ont toujours connu une situation de malnutrition endémique. Cependant, après les intempéries ayant emporté les stocks de réserves des paysans, les risques de difficultés se sont accrues ».

D'ailleurs, hormis Baie d'Orange, d'autres Sections communales de Belle-Anse sont menacées. Le Délégué du Sud-Est, Zidor Fednel, cite entre autres « Mapou, Marbriol, Pichon et Corail-Lamothe». De même, Côte-de-Fer, une autre commune du département du Sud-Est, connaît «un taux assez élevé de malnutris», renseigne-t-il.

Pour Maximilien Coscy, chef de Mission de MSF Belgique, « le département des Nippes pourrait être aussi affecté parce qu'il fait partie des régions les premières et les plus touchées par les intempéries ». Après avoir accueilli, exceptionnellement, 11 enfants malnutris de Baie d'Orange dans le Centre hospitalier de MSF à Martissant, où l'on pratique d'autres types d'intervention, des riverains y ont aussi amené leurs enfants malnutris pour être soignés.

Des acteurs locaux et internationaux à pied d'œuvre

Pour faire face à cette situation, les secours s'organisent sur le terrain. L'une des premières institutions à intervenir a été Oxfam- GB. «Sans elle, nous aurions compté beaucoup plus de cadavres », a fait remarquer le responsable du CASEC.

Après, d'autres institutions sont intervenues. Parmi ces derniers figurent notamment la Délégation du Sud-Est, le Ministère de l'Intérieur et des Collectivités territoriales, le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), la Direction de la protection civile (DPC) et la Croix-Rouge haïtienne, du coté des pouvoirs publics.

Des partenaires de la communauté internationale s'activent également sur le terrain. Aussi, grâce aux interventions des organisations internationales, «quelque soixante enfants atteints de malnutrition aiguës ont été transférés dans des centres de santé », a informé Lucie Exumé, de l'OPS/OMS. Ceux dont les cas ont été jugés critiques ont été évacués à bord d'un hélicoptère du PAM.

Certains sont soignés dans des hôpitaux tenus par Médecins sans Frontières (MSF) et Médecins du Monde-Canada. Ces derniers ont fait venir de l'Ontario (Canada), un pédiatre. D'autres ont été acheminés à l'hôpital Saint-Michel de Jacmel. De nombreux enfants atteints de malnutrition aigüe reçoivent sur place des soins ambulatoires comprenant entre autres médicaments et nourriture.

Le programme alimentaire mondial (PAM) fournit du riz, du haricot et des biscuits énergétiques aux parents et aux enfants dont les conditions médicales se sont avérées sérieuses. Cependant, « atteindre Baie d'Orange est un vrai défi. Nous pouvons arriver assez loin mais avec de faible quantité de produits, deux à trois tonnes environ », a signalé Myrta Kawlard.

Pour acheminer de la nourriture aux personnes nécessiteuses, le PAM utilise des camions fournis par la Norvège. Des camions de faibles capacités mais qui sont capables d'atteindre des endroits peu accessibles.

Le PAM a entreposé à Seguin, près de Baie d'Orange, une soixantaine de tonnes de produits alimentaires. Ceci permettra d'alimenter, pendant un mois, des femmes enceintes et anémiées, femmes allaitantes anémiées ainsi que les enfants de moins de cinq ans anémiés fréquentant le centre de santé de la zone.

De même, dans le cadre de la cantine scolaire, l'école nationale de Séguin disposera de rations alimentaires pendant deux mois. En ce qui a trait aux personnes touchées par les dernières intempéries, celles qui sont identifiées et enregistrées par la Protection civile au niveau local disposeront d'un stock s'étendant sur une période de 15 jours.

Quant à « Save the Children » et UNICEF, elles distribuent aux enfants malnutris des kits d' « aliments spéciaux pour la prise en charge de malnutrition sévère ».

A l'aide d'un hangar fourni par l'UNICEF, l'OPS/OMS va mettre sur pied un point fixe de santé dont elles supporteront, avec Médecins du Monde-canada, les charges financières. Cette structure doit permettre d'assurer le suivi des enfants qui reçoivent des soins ambulatoires et ceux qui sont revenus après leur période d'hospitalisation.

De concert avec le Ministère de la Santé publique, l'OPS/OMS a dépêché deux nutritionnistes venus renforcer son personnel sur le terrain. Elle va également fournir un appui technique et logistique dans le cadre de l'opération d'« évaluation rapide au niveau nutritionnel » qui sera entreprise dans le département.

Empêcher une généralisation de la situation

Les interventions effectuées actuellement sont de nature à faire face à l'urgence. Certaines d'entre elles visent à « appuyer la population pour qu'elle puisse attendre la prochaine récolte ».

Cependant, le principal défi consiste à permettre aux paysans de produire à nouveau. Aussi, le Ministère de l'Agriculture a entrepris un vaste programme de distribution de semences et d'outils. Il vend également des engrais à des prix préférentiels.

La priorité serait portée sur l'Artibonite, la plus grande zone de production de riz dans le pays ainsi que sur les départements du Sud et du Sud-Est, fortement touchés par les intempéries. Le budget disponible serait de l'ordre de 17 milliards de gourdes.

Parallèlement à ces distributions dans l'ensemble du pays, le Ministère va renforcer les capacités du Bureau agricole communal (BAC) de Jacmel, si l'on en croit le Délégué Zidor Fednel. Quant à la FAO, outre l'appui fourni au gouvernement dans le cadre de la relance de l'agriculture, elle distribue, dans le Sud-Est, des semences de cultures maraichères.

La situation qui sévit à Baie d'Orange n'est pas un épiphénomène. A travers le pays, règne une situation de précarité. Et de par sa gravité, elle interpelle les pouvoirs publics mais également les acteurs de la communauté internationale.