Haïti : après
les intempéries,
famine et malnutrition
Plus
de deux mois après, Haïti fait encore face aux conséquences des
dernières
intempéries. Quelque 27 enfants décédés et une soixantaine d'autres
hospitalisés suite à de la malnutrition aigüe. Et après Baie d'Orange,
d'autres
régions sont menacées. L'heure est donc aux secours d'urgence, mais
également à
des mesures pour limiter les effets de ce nouveau mal.
«Après
les quatre ouragans et cyclones tropicales, la population a tout perdu
:
plantations et cheptel. Depuis, la famine s'abat sur la région,
emportant des
enfants et même des adultes», a signalé le responsable du Conseil
d'Administration
de la Section communale (CASEC) de Baie d'Orange, Lissage Généus.
Environ 27
enfants sont morts de la malnutrition aigüe.
A
Baie d'orange, on diagnostique plusieurs cas de malnutrition chronique
et de
malnutrition aigüe. Et ces cas de malnutrition sont aggravés par des
problèmes
de santé, notamment des infections respiratoires aigües, de gale et de
malaria.
Une situation que déplore Mme Myrta Kawlard, directrice du PAM en
Haïti. «
C'est regrettable qu'on aboutisse à une telle situation en dépit des
efforts
déployés pour aider », dit-elle.
Pour
survivre, en effet, les paysans cultivaient traditionnellement du maïs,
du
haricot et des tubercules. Leurs plantations ont été confrontées à
trois mois
de sécheresse avant d'être anéanties par les intempéries ayant frappé
le pays
en aout et septembre.
Autres
conséquences occasionnées par les ouragans, les routes ont été coupées,
isolant, pendant deux mois, la région du reste du pays. Aussi, « même
disposant
de l'argent, les habitants ne pouvaient rien se procurer », soutient M.
Genéus.
Si
la situation ne s'est pas révélée aussi grave dans d'autres régions du
pays,
les risques existent. Comme le souligne l'ingénieur Wilson Durand,
Coordonnateur de la filière de promotion du monde rural au Ministère de
l'Agriculture, «de nombreuses régions du pays doivent avoir des
difficultés
d'approvisionnement ».
Et
l'ingénieur Durand de faire savoir que «les départements du Nord-Ouest,
du
Nord-Est et du Plateau central ont toujours connu une situation de
malnutrition
endémique. Cependant, après les intempéries ayant emporté les stocks de
réserves des paysans, les risques de difficultés se sont accrues ».
D'ailleurs,
hormis Baie d'Orange, d'autres Sections communales de Belle-Anse sont
menacées.
Le Délégué du Sud-Est, Zidor Fednel, cite entre autres « Mapou,
Marbriol,
Pichon et Corail-Lamothe». De même, Côte-de-Fer, une autre commune du
département du Sud-Est, connaît «un taux assez élevé de malnutris»,
renseigne-t-il.
Pour
Maximilien Coscy, chef de Mission de MSF Belgique, « le département des
Nippes
pourrait être aussi affecté parce qu'il fait partie des régions les
premières
et les plus touchées par les intempéries ». Après avoir accueilli,
exceptionnellement, 11 enfants malnutris de Baie d'Orange dans le
Centre
hospitalier de MSF à Martissant, où l'on pratique d'autres types
d'intervention, des riverains y ont aussi amené leurs enfants malnutris
pour
être soignés.
Des
acteurs locaux et internationaux à pied d'œuvre
Pour
faire face à cette situation, les secours s'organisent sur le terrain.
L'une
des premières institutions à intervenir a été Oxfam- GB. «Sans elle,
nous
aurions compté beaucoup plus de cadavres », a fait remarquer le
responsable du
CASEC.
Après,
d'autres institutions sont intervenues. Parmi ces derniers figurent
notamment
la Délégation du Sud-Est, le Ministère de l'Intérieur et des
Collectivités
territoriales, le Ministère de la Santé Publique et de la Population
(MSPP), la
Direction de la protection civile (DPC) et la Croix-Rouge haïtienne, du
coté
des pouvoirs publics.
Des
partenaires de la communauté internationale s'activent également sur le
terrain. Aussi, grâce aux interventions des organisations
internationales,
«quelque soixante enfants atteints de malnutrition aiguës ont été
transférés
dans des centres de santé », a informé Lucie Exumé, de l'OPS/OMS. Ceux
dont les
cas ont été jugés critiques ont été évacués à bord d'un hélicoptère du
PAM.
Certains
sont soignés dans des hôpitaux tenus par Médecins sans Frontières (MSF)
et
Médecins du Monde-Canada. Ces derniers ont fait venir de l'Ontario
(Canada), un
pédiatre. D'autres ont été acheminés à l'hôpital Saint-Michel de
Jacmel. De
nombreux enfants atteints de malnutrition aigüe reçoivent sur place des
soins
ambulatoires comprenant entre autres médicaments et nourriture.
Le
programme alimentaire mondial (PAM) fournit du riz, du haricot et des
biscuits
énergétiques aux parents et aux enfants dont les conditions médicales
se sont
avérées sérieuses. Cependant, « atteindre Baie d'Orange est un vrai
défi. Nous
pouvons arriver assez loin mais avec de faible quantité de produits,
deux à
trois tonnes environ », a signalé Myrta Kawlard.
Pour
acheminer de la nourriture aux personnes nécessiteuses, le PAM utilise
des
camions fournis par la Norvège. Des camions de faibles capacités mais
qui sont
capables d'atteindre des endroits peu accessibles.
Le
PAM a entreposé à Seguin, près de Baie d'Orange, une soixantaine de
tonnes de
produits alimentaires. Ceci permettra d'alimenter, pendant un mois, des
femmes
enceintes et anémiées, femmes allaitantes anémiées ainsi que les
enfants de
moins de cinq ans anémiés fréquentant le centre de santé de la zone.
De
même, dans le cadre de la cantine scolaire, l'école nationale de Séguin
disposera de rations alimentaires pendant deux mois. En ce qui a trait
aux
personnes touchées par les dernières intempéries, celles qui sont
identifiées
et enregistrées par la Protection civile au niveau local disposeront
d'un stock
s'étendant sur une période de 15 jours.
Quant
à « Save the Children » et UNICEF, elles distribuent aux enfants
malnutris des
kits d' « aliments spéciaux pour la prise en charge de malnutrition
sévère ».
A
l'aide d'un hangar fourni par l'UNICEF, l'OPS/OMS va mettre sur pied un
point
fixe de santé dont elles supporteront, avec Médecins du Monde-canada,
les
charges financières. Cette structure doit permettre d'assurer le suivi
des
enfants qui reçoivent des soins ambulatoires et ceux qui sont revenus
après
leur période d'hospitalisation.
De
concert avec le Ministère de la Santé publique, l'OPS/OMS a dépêché
deux
nutritionnistes venus renforcer son personnel sur le terrain. Elle va
également
fournir un appui technique et logistique dans le cadre de l'opération
d'«
évaluation rapide au niveau nutritionnel » qui sera entreprise dans le
département.
Empêcher
une généralisation de la situation
Les
interventions effectuées actuellement sont de nature à faire face à
l'urgence.
Certaines d'entre elles visent à « appuyer la population pour qu'elle
puisse
attendre la prochaine récolte ».
Cependant,
le principal défi consiste à permettre aux paysans de produire à
nouveau.
Aussi, le Ministère de l'Agriculture a entrepris un vaste programme de
distribution de semences et d'outils. Il vend également des engrais à
des prix
préférentiels.
La
priorité serait portée sur l'Artibonite, la plus grande zone de
production de
riz dans le pays ainsi que sur les départements du Sud et du Sud-Est,
fortement
touchés par les intempéries. Le budget disponible serait de l'ordre de
17
milliards de gourdes.
Parallèlement
à ces distributions dans l'ensemble du pays, le Ministère va renforcer
les
capacités du Bureau agricole communal (BAC) de Jacmel, si l'on en croit
le
Délégué Zidor Fednel. Quant à la FAO, outre l'appui fourni au
gouvernement dans
le cadre de la relance de l'agriculture, elle distribue, dans le
Sud-Est, des
semences de cultures maraichères.
La situation
qui sévit à Baie d'Orange n'est pas un
épiphénomène. A travers le pays, règne une situation de précarité. Et
de par sa
gravité, elle interpelle les pouvoirs publics mais également les
acteurs de la
communauté internationale.
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