Haïti, le retour du cochon
Dans les Caraïbes, de 1978 à 1982, tous les cochons
domestiques de l'île d'Hispaniola, qui comprend Haïti et la République
dominicaine, ont été abattus, afin d'éviter que la peste porcine africaine ne
se répande dans les autres pays d'Amérique. Cet abattage, fortement recommandé
par le Département de l'agriculture des Etats-Unis (USDA), a permis d'éviter
l'infestation mais il a également mené à l'extinction de l'élevage traditionnel
des porcs, unique dans cette île.
Cela fut un désastre pour les petits fermiers: non
seulement ils perdirent leurs porcs bien adaptés aux conditions locales, mais
encore les nouveaux troupeaux introduits sur les conseils de l'USDA
s'acclimatèrent mal. Un groupe de chercheurs français réussit cependant à
sauver la situation: en croisant des animaux de trois continents, ils sont
parvenus à produire un nouveau cochon fermier, qui se développe bien en Haïti
et sera bientôt introduit en République dominicaine.
Une maladie incurable
La peste porcine africaine est une maladie virale
incurable, très contagieuse et endémique en Afrique; elle est rare en Europe
mais inconnue sur le continent américain. C'est donc par accident qu'elle a
éclaté en 1978 à Hispaniola, où des cochons de la République dominicaine mangèrent
par hasard des déchets de porc provenant de repas servis à bord d'un avion qui
venait d'Europe. L'épidémie se répandit rapidement dans toute l'île et les
producteurs de porcs des E.U., du Mexique et du Canada craignirent qu'elle
n'atteigne le continent: les dégâts auraient alors pu atteindre des coûts de
560 millions de dollars dans les seuls Etats-Unis. Cela aurait pris des
décennies pour éradiquer la maladie et les fermiers exportateurs de porcs
auraient perdu dans les 300 millions de dollars par an. C'est donc pour éviter
ce désastre que l'USDA décida l'abattage du cheptel, en accord avec les deux
gouvernements concernés.
Des scientifiques
ont créé une race particulièrement résistante de cochonnets
Guadeloupe-Gascon-Meishan
En Europe, on contrôle les explosions de la peste
porcine en isolant et en supprimant les bêtes malades, mais l'USDA a estimé
qu'il était nécessaire de supprimer tous les porcs de l'île pour être sûrs que
le virus était éradiqué. L'impact de cette décision fut énorme car à Hispaniola
comme dans divers autres pays en voie de développement, les porcs sont une
sorte de réserve pour les fermiers. De plus, à Haïti, le sacrifice d'un porc
noir est essentiel dans les cérémonies Vaudou. Aussi les gens ont-ils tenté de
cacher leurs porcs.
L'impact alla même plus loin que la perte d'argent
ou de protéines. Les fermiers ne savaient plus que faire des mangues qui
servaient à nourrir les porcs; à la recherche d'argent, ils vendirent leurs
manguiers pour en faire du charbon de bois, participant ainsi au phénomène de
déforestation de l'île déjà bien avancé. De plus, ils remplacèrent leurs
cochons par des chèvres qui, en mangeant les arbustes, accélérèrent encore le
processus.
C'est pourquoi l'USDA, en collaboration avec
l'Institut interaméricain de coopération pour l'agriculture (IICA), un
département de l'Organisation des Etats américains, s'engagea à restituer ses
porcs à Hispaniola; on promit même de meilleures bêtes encore et ce fut là le
problème.
Accueil d'un nouveau
porc dans un village haïtien
Les porcs locaux descendaient des cochons européens
apportés par les pirates qui pillaient les navires de transport coloniaux au
XVIIe siècle; les animaux qui échappèrent au tourne-broche étaient petits et
costauds, capables de se contenter d'une nourriture fibreuse et pauvre et de se
passer de graisse en cas de famine. Or l'USDA décida de les remplacer par les
produits gras de l'élevage moderne - Hampshires, Yorkshires et Durocs, très
répandus en Europe et en Amérique du Nord. Ces bêtes engraissent avec une belle
efficacité, à condition de disposer d'une nourriture à basse teneur en fibres
et haute teneur en calories, de procéder à des lavages réguliers, de disposer
d'eau propre, de locaux sains et de médicaments. Tout ceci est bien au-dessus
des possibilités des petits fermiers d'Hispaniola.
Les nouvelles bêtes se développèrent différemment
dans les deux pays: la République dominicaine est plus riche, et plus de la
moitié des fermiers purent offrir les conditions nécessaires au bon
développement des porcs. Au moment où les maladies des porcs décimaient les
élevages, les fermiers dominicains purent ainsi offrir des bêtes saines.
A Haïti au contraire, la plupart des petits
fermiers étaient trop pauvres pour donner à leurs porcs une nourriture spéciale
et des médicaments; il était déjà surprenant que quelques Grimmel, comme les
Haïtiens appellent les porcs blancs américains, survivent; plus de la moitié
des 400 000 bêtes introduites par l'IICA entre 1980 et 1986 moururent. Les
survivants sont maintenant la propriété des quelques rares Haïtiens, maîtres
d'école ou commerçants, qui peuvent se permettre de les entretenir.
Le tour de taille
d'un animal permet d'avoir une estimation de son poids
Aider les plus pauvres
Ainsi, les Dominicains les plus pauvres et la
plupart des Haïtiens se retrouvaient-ils toujours sans porcs; c'est alors qu'en
1983, un groupe français d'experts en reproduction du bétail qui travaillaient
en Haïti décida de recréer le porc traditionnel local. Ils proposèrent au
gouvernement de croiser trois espèces: pour une moitié, les nouveaux troupeaux
descendraient du porc de la Guadeloupe, cousin de l'ancien porc haïtien;
l'autre moitié serait composée d'un mélange de deux espèces: l'ancien cochon
français de Gascogne et le Meishan chinois. Les experts misaient beaucoup sur
ce dernier, particulièrement prolifique; il est apte à la reproduction dès
trois mois, contre les sept mois habituels, et les femelles mettent bas 18
porcelets à la fois, contre une moyenne de 14 chez les meilleures espèces, et
même deux ou trois pour les porcs haïtiens traditionnels. Les truies ont
davantage de tétons pour nourrir leurs petits et l'espèce se développe même
dans les plus dures conditions.
Au départ, le gouvernement haïtien et l'USDA se
montrèrent réticents car ils craignaient que ces bêtes ne soient porteuses de
maladies européennes ou même de la peste porcine africaine; c'est pourquoi des
spécialistes de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) ont
prélevé par césarienne des petits qu'ils ont ensuite élevés en milieu stérile.
Un établissement aseptisé a été construit à Tomassin, près de Port au Prince;
en 1986 on y a apporté des porcelets non contaminés de Guadeloupe pour les
croiser avec des descendants de Gascon-Meishan: dès 1987, il était possible de
distribuer aux Haïtiens des cochonnets Guadeloupe-Gascon-Meishan.
Les fermiers haïtiens étaient aux anges: non
seulement les petits ressemblaient aux porcs qu'ils possédaient avant
l'abattage forcé, mais encore les adultes, même mal nourris, mettaient bas bien
plus de porcelets à la fois (en moyenne 5,6). Et mieux encore, ils étaient
noirs: on pouvait de nouveau sacrifier des porcs lors des cérémonies Vaudou!
Les descendants de ces porcs de facture française
sont aujourd'hui au nombre de 250 000 sur un total de 650 000 et leur nombre ne
rend même pas assez compte de leur succès réel: en effet, l'IICA a introduit ou
élevé trois fois plus de Grimmels que les experts français n'ont produit de
bêtes au cours de leur programme et pourtant il n'y a toujours à Haïti que 1,6
Grimmel pour chaque cochon français. Les chercheurs français se proposent
d'introduire bientôt leurs bêtes en République dominicaine, où ils les
croiseront avec le Cimarron, seule espèce qui subsiste à l'état sauvage dans
les forêts. Ils apporteront une amélioration supplémentaire à la variante génétique
des porcs d'Hispaniola, qui apparaît déjà comme bien supérieure à ce qu'elle
était avant l'épidémie.
Debora. MacKenzie
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Le
cochon américain Les
États-Unis ont fait abattre les cochons
haïtiens comme une mesure de sécurité après une épidémie. Ces trois porcs sur une « décharge dans la ville Les
Cayes » sont d'introduction américaine, à l'origine ils sont de couleur
rose aux USA / Canada, mais ont changé de couleur devenant noir, brun ou rose mouchetée en
Haïti
Pour
sauver le cochon noir d’Haïti

Au
début des années 80, le gouvernement américain déclara une guerre de quatre ans
contre le cochon noir d’Haiti. On voulait ainsi stopper de façon radicale
l’épidémie de fièvre porcine africaine qui risquait d’atteindre les élevages
des Etats Unis. Plus d’un million de bêtes furent ainsi abattues et, en 1983,
on considérait comme éteinte la très utile race locale. Pour le paysan haitien
démuni, le cochon noir est un inestimable trésor car la bête se nourrit des
restes de l’agriculture de subsistance donc ne nécessite aucune dépense et les
cochonnets sont vendus procurant un argent frais dont a désespérément besoin la
famille. De plus, pour les célébrations vaudou, le cochon noir est essentiel:
son sacrifice scelle les contrats. La fièvre porcine africaine est une maladie
virale contagieuse - incurable - endémique en Europe du Sud et en Afrique, mais
inconnue sur le continent américain jusqu’en 1978, année où elle arriva en
République dominicaine. Les spécialistes ne préconisent nullement l’abattage
systématique. Ils conseillent d’isoler les troupeaux atteints et, à la limite,
d’abattre uniquement ces bêtes. Mais les Américains sont arrivés à persuader
les éleveurs dominicains d’abattre tous leurs cochons et de les remplacer par
les races qu’ils élèvent. Cette politique a réussi et les Dominicains exportent
maintenant du porc vers les Etats Unis. La situation était toute autre en Haiti
où l’on ne compte que des paysans très pauvres possédant bien peu de têtes. De
plus, l’abattage a été conduit de façon très brutale par les autorités,
désireuses d’empocher la prime offerte par les Américains pour chaque cochon
éliminé et sans verser son dû au propriétaire. Les cochons américains exigent
une nourriture de qualité pour être économiquement rentables. Ils sont blancs
et ne peuvent, en conséquence servir pour le vaudou; ils souffrent du soleil et
sont trop gras au goût des consommateurs haïtiens. Ce transfert de technologie
fut un parfait échec. Il profita seulement aux gros éleveurs désireux
d’exporter. La situation vient de connaître un redressement spectaculaire car
les chercheurs français sont arrivés à reproduire, par croisements de races
chinoise, française et caraïbe, un porc convenant parfaitement au paysan pauvre
d’Haiti. Mohamed
Larbi BOUGUERRA source
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