Actualités        
Archives
Forum
Liens
Annuaire
Boutique
Contact
logo avril 2008 de Pyepimanla le Magazine Antillais



Haïti, le retour du cochon

Dans les Caraïbes, de 1978 à 1982, tous les cochons domestiques de l'île d'Hispaniola, qui comprend Haïti et la République dominicaine, ont été abattus, afin d'éviter que la peste porcine africaine ne se répande dans les autres pays d'Amérique. Cet abattage, fortement recommandé par le Département de l'agriculture des Etats-Unis (USDA), a permis d'éviter l'infestation mais il a également mené à l'extinction de l'élevage traditionnel des porcs, unique dans cette île.

Cela fut un désastre pour les petits fermiers: non seulement ils perdirent leurs porcs bien adaptés aux conditions locales, mais encore les nouveaux troupeaux introduits sur les conseils de l'USDA s'acclimatèrent mal. Un groupe de chercheurs français réussit cependant à sauver la situation: en croisant des animaux de trois continents, ils sont parvenus à produire un nouveau cochon fermier, qui se développe bien en Haïti et sera bientôt introduit en République dominicaine.

Une maladie incurable

La peste porcine africaine est une maladie virale incurable, très contagieuse et endémique en Afrique; elle est rare en Europe mais inconnue sur le continent américain. C'est donc par accident qu'elle a éclaté en 1978 à Hispaniola, où des cochons de la République dominicaine mangèrent par hasard des déchets de porc provenant de repas servis à bord d'un avion qui venait d'Europe. L'épidémie se répandit rapidement dans toute l'île et les producteurs de porcs des E.U., du Mexique et du Canada craignirent qu'elle n'atteigne le continent: les dégâts auraient alors pu atteindre des coûts de 560 millions de dollars dans les seuls Etats-Unis. Cela aurait pris des décennies pour éradiquer la maladie et les fermiers exportateurs de porcs auraient perdu dans les 300 millions de dollars par an. C'est donc pour éviter ce désastre que l'USDA décida l'abattage du cheptel, en accord avec les deux gouvernements concernés.

Des scientifiques ont créé une race particulièrement résistante de cochonnets Guadeloupe-Gascon-Meishan

En Europe, on contrôle les explosions de la peste porcine en isolant et en supprimant les bêtes malades, mais l'USDA a estimé qu'il était nécessaire de supprimer tous les porcs de l'île pour être sûrs que le virus était éradiqué. L'impact de cette décision fut énorme car à Hispaniola comme dans divers autres pays en voie de développement, les porcs sont une sorte de réserve pour les fermiers. De plus, à Haïti, le sacrifice d'un porc noir est essentiel dans les cérémonies Vaudou. Aussi les gens ont-ils tenté de cacher leurs porcs.

L'impact alla même plus loin que la perte d'argent ou de protéines. Les fermiers ne savaient plus que faire des mangues qui servaient à nourrir les porcs; à la recherche d'argent, ils vendirent leurs manguiers pour en faire du charbon de bois, participant ainsi au phénomène de déforestation de l'île déjà bien avancé. De plus, ils remplacèrent leurs cochons par des chèvres qui, en mangeant les arbustes, accélérèrent encore le processus.

C'est pourquoi l'USDA, en collaboration avec l'Institut interaméricain de coopération pour l'agriculture (IICA), un département de l'Organisation des Etats américains, s'engagea à restituer ses porcs à Hispaniola; on promit même de meilleures bêtes encore et ce fut là le problème.

Accueil d'un nouveau porc dans un village haïtien

Les porcs locaux descendaient des cochons européens apportés par les pirates qui pillaient les navires de transport coloniaux au XVIIe siècle; les animaux qui échappèrent au tourne-broche étaient petits et costauds, capables de se contenter d'une nourriture fibreuse et pauvre et de se passer de graisse en cas de famine. Or l'USDA décida de les remplacer par les produits gras de l'élevage moderne - Hampshires, Yorkshires et Durocs, très répandus en Europe et en Amérique du Nord. Ces bêtes engraissent avec une belle efficacité, à condition de disposer d'une nourriture à basse teneur en fibres et haute teneur en calories, de procéder à des lavages réguliers, de disposer d'eau propre, de locaux sains et de médicaments. Tout ceci est bien au-dessus des possibilités des petits fermiers d'Hispaniola.

Les nouvelles bêtes se développèrent différemment dans les deux pays: la République dominicaine est plus riche, et plus de la moitié des fermiers purent offrir les conditions nécessaires au bon développement des porcs. Au moment où les maladies des porcs décimaient les élevages, les fermiers dominicains purent ainsi offrir des bêtes saines.

A Haïti au contraire, la plupart des petits fermiers étaient trop pauvres pour donner à leurs porcs une nourriture spéciale et des médicaments; il était déjà surprenant que quelques Grimmel, comme les Haïtiens appellent les porcs blancs américains, survivent; plus de la moitié des 400 000 bêtes introduites par l'IICA entre 1980 et 1986 moururent. Les survivants sont maintenant la propriété des quelques rares Haïtiens, maîtres d'école ou commerçants, qui peuvent se permettre de les entretenir.

Le tour de taille d'un animal permet d'avoir une estimation de son poids

Aider les plus pauvres

Ainsi, les Dominicains les plus pauvres et la plupart des Haïtiens se retrouvaient-ils toujours sans porcs; c'est alors qu'en 1983, un groupe français d'experts en reproduction du bétail qui travaillaient en Haïti décida de recréer le porc traditionnel local. Ils proposèrent au gouvernement de croiser trois espèces: pour une moitié, les nouveaux troupeaux descendraient du porc de la Guadeloupe, cousin de l'ancien porc haïtien; l'autre moitié serait composée d'un mélange de deux espèces: l'ancien cochon français de Gascogne et le Meishan chinois. Les experts misaient beaucoup sur ce dernier, particulièrement prolifique; il est apte à la reproduction dès trois mois, contre les sept mois habituels, et les femelles mettent bas 18 porcelets à la fois, contre une moyenne de 14 chez les meilleures espèces, et même deux ou trois pour les porcs haïtiens traditionnels. Les truies ont davantage de tétons pour nourrir leurs petits et l'espèce se développe même dans les plus dures conditions.

Au départ, le gouvernement haïtien et l'USDA se montrèrent réticents car ils craignaient que ces bêtes ne soient porteuses de maladies européennes ou même de la peste porcine africaine; c'est pourquoi des spécialistes de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) ont prélevé par césarienne des petits qu'ils ont ensuite élevés en milieu stérile. Un établissement aseptisé a été construit à Tomassin, près de Port au Prince; en 1986 on y a apporté des porcelets non contaminés de Guadeloupe pour les croiser avec des descendants de Gascon-Meishan: dès 1987, il était possible de distribuer aux Haïtiens des cochonnets Guadeloupe-Gascon-Meishan.

Les fermiers haïtiens étaient aux anges: non seulement les petits ressemblaient aux porcs qu'ils possédaient avant l'abattage forcé, mais encore les adultes, même mal nourris, mettaient bas bien plus de porcelets à la fois (en moyenne 5,6). Et mieux encore, ils étaient noirs: on pouvait de nouveau sacrifier des porcs lors des cérémonies Vaudou!

Les descendants de ces porcs de facture française sont aujourd'hui au nombre de 250 000 sur un total de 650 000 et leur nombre ne rend même pas assez compte de leur succès réel: en effet, l'IICA a introduit ou élevé trois fois plus de Grimmels que les experts français n'ont produit de bêtes au cours de leur programme et pourtant il n'y a toujours à Haïti que 1,6 Grimmel pour chaque cochon français. Les chercheurs français se proposent d'introduire bientôt leurs bêtes en République dominicaine, où ils les croiseront avec le Cimarron, seule espèce qui subsiste à l'état sauvage dans les forêts. Ils apporteront une amélioration supplémentaire à la variante génétique des porcs d'Hispaniola, qui apparaît déjà comme bien supérieure à ce qu'elle était avant l'épidémie.

Debora. MacKenzie

Le cochon américain

porcs americains en haiti
Les États-Unis ont  fait abattre les cochons haïtiens comme une mesure de sécurité après une épidémie. Ces trois porcs  sur une « décharge dans la ville Les Cayes » sont  d'introduction  américaine, à l'origine ils sont  de couleur rose aux USA / Canada, mais ont changé de couleur devenant noir, brun ou rose mouchetée en Haïti

Pour sauver le cochon noir d’Haïti

cochons haitiens

Au début des années 80, le gouvernement américain déclara une guerre de quatre ans contre le cochon noir d’Haiti. On voulait ainsi stopper de façon radicale l’épidémie de fièvre porcine africaine qui risquait d’atteindre les élevages des Etats Unis. Plus d’un million de bêtes furent ainsi abattues et, en 1983, on considérait comme éteinte la très utile race locale. Pour le paysan haitien démuni, le cochon noir est un inestimable trésor car la bête se nourrit des restes de l’agriculture de subsistance donc ne nécessite aucune dépense et les cochonnets sont vendus procurant un argent frais dont a désespérément besoin la famille. De plus, pour les célébrations vaudou, le cochon noir est essentiel: son sacrifice scelle les contrats. La fièvre porcine africaine est une maladie virale contagieuse - incurable - endémique en Europe du Sud et en Afrique, mais inconnue sur le continent américain jusqu’en 1978, année où elle arriva en République dominicaine. Les spécialistes ne préconisent nullement l’abattage systématique. Ils conseillent d’isoler les troupeaux atteints et, à la limite, d’abattre uniquement ces bêtes. Mais les Américains sont arrivés à persuader les éleveurs dominicains d’abattre tous leurs cochons et de les remplacer par les races qu’ils élèvent. Cette politique a réussi et les Dominicains exportent maintenant du porc vers les Etats Unis. La situation était toute autre en Haiti où l’on ne compte que des paysans très pauvres possédant bien peu de têtes. De plus, l’abattage a été conduit de façon très brutale par les autorités, désireuses d’empocher la prime offerte par les Américains pour chaque cochon éliminé et sans verser son dû au propriétaire. Les cochons américains exigent une nourriture de qualité pour être économiquement rentables. Ils sont blancs et ne peuvent, en conséquence servir pour le vaudou; ils souffrent du soleil et sont trop gras au goût des consommateurs haïtiens. Ce transfert de technologie fut un parfait échec. Il profita seulement aux gros éleveurs désireux d’exporter. La situation vient de connaître un redressement spectaculaire car les chercheurs français sont arrivés à reproduire, par croisements de races chinoise, française et caraïbe, un porc convenant parfaitement au paysan pauvre d’Haiti.

Mohamed Larbi BOUGUERRA
source

haitienne et son cochon