Le Sanctuaire del Sasso ou Le Sanctuaire de la Madonna del Sasso
Dans le monde
on trouve des lieux qui retiennent le regard, généralement ils
sont présents dans les guides de voyages ou dans les magazines, mais
sont
décrits presque toujours de manière impersonnelle ou sous un aspect
idyllique ou
esthétique qui tranche avec les habitants ayant une pratique
différente, une
relation personnelle, plus imbriquée et bien plus intime que le
routard, le
touriste ou le voyageur de passage.
Dans le
Tessin, un canton de la Suisse italophone, à Locarno une
ville située au pied des Alpes, au bord du lac Majeur, les vestiges
préhistoriques montrent que les lieux furent occupés depuis les âges
préhistoriques, puis au fil du temps Locarno devint une ville
commerciale
faisant le lien entre les vallées alpines et la plaine de Padanie et
vers le
début du et la fin du XIX siècles Locarno fut l’une
des capitales
tournantes du Tessin avec Lugano et Bellinzone.
La ville est
aussi connue grâce au pacte de Locarno
qui permit de régler un différend entre la république de
Weimar et la
France, car les Allemands ne pouvant régler les réparations de guerre
dues à la
France, par mesure de rétorsion la Ruhr, une région située dans l'ouest
de
l'Allemagne fut envahie.
Lors des
négociations, le Président du Conseil
Aristide Briand était accompagné d’Alexis Léger, plus connu
sous le
pseudonyme de Saint-John Perse, prix Nobel de littérature en 1960. La
signature
du pacte de Locarno vaudra à Aristide Briand le prix Nobel de la paix
qu'il
reçut conjointement avec le ministre allemand des affaires étrangères
Gustav
Stresemann en 1926.
L’un des
monuments remarquable de la région de
Locarno est le sanctuaire de la Madonna del Sasso. Il est situé au
sommet d’un
rocher dominant la ville, et la légende veut qu’en 1480, Barthomeo
d’Ivrea un frère franciscain,
après une vision sans doute de la
Madone, construisit deux
oratoires sur le Sasso, puis avec le temps s’adjoignit un couvent.

Aujourd’hui
ce sont les capucins
de l’ordre de saint François d’Assise qui occupent la place, ils
portent
l’habit simple brun à capuchon, lorsqu’ils sont en bonne santé marchent
avec
des sandales sans chaussette, la plupart ont plus de 80 ans,
mais le
frère supérieur est un quadragénaire.
En
1949, dans notre canton il y eut des messes et la statue de la
vierge fut
portée en procession dans tous les villages et vallées du
canton du
Tessin.
Encore
aujourd'hui, il y a nombreux pèlerins du
Tessin mais aussi de l'Italie, qui arrivent au sanctuaire seuls ou en
groupe afin de
vénérer la statue de la
vierge et demander des grâces. A cet
effet, le
sanctuaire est parsemé d’ex-voto (des petites peintures naïves)
racontant
la dure vie des habitants
Dans ce cadre
montagneux et où les terres arables
sont rares, la population cultivait de tout, elle survivait grâce à
l’élevage,
aux maïs, aux pommes de terre et aux châtaigniers. Mon
grand-père me
racontait qu’enfant il montait sur les sommets chercher de
l’herbe afin
de nourrir les vaches et les autres animaux. Il n’était pas
rare que les
jeunes hommes à cette époque migrent en Italie, à Milan pour
ramoner les
cheminées.
Depuis
beaucoup ont immigrés pour l’Australie,
l’Argentine, la Californie, la France et l’Angleterre, peu choisirent
l’Allemagne
ou l’Italie.
Pour se rendre
au sanctuaire de la Madonna del Sasso, il faut monter un long
escalier pour arriver sur la lumineuse place donnant accès à l’église,
mais on
peut prendre le funiculaire si l’on veut éviter une montée
relativement
pénible, quoique, même si on prend le funiculaire, on ne peut éviter ce
long
escalier car situé à l'intérieur du couvent.
La majorité
des visiteurs du sanctuaire prennent un
escalier qui descend de la route d'Orselina,
puis doivent remonter l'escalier du couvent
pour rejoindre l'entrée de
l'église.

Une fois
franchie l’entrée du sanctuaire, on a la
sensation d’avoir quitté la lumière pour l’ombre,
une obscurité relativement frappant, les yeux
peu à peu s’habituent
au noir, puis lentement l’intérieur prend forme, la voûte est très
basse,
richement ornée selon le style baroque, la lumière pénètre
discrètement
par des petites ouvertures et par les vitraux aux teintes sombres, se
trouvant
derrière l’hôtel.
Le parfum
ténu d’encens rend l’intérieur encore plus intime et augmente la
sensation de paix et de sérénité qui à chaque fois me saisit
dans ce lieu
quelque peu magique.
Je me
souviens quand j’avais un peu moins de six
ans, mes sœurs et notre père nous fréquentions l’église, nous allions à la
messe du dimanche, nous
nous placions
dans l’une des deux
nefs latérales de l’église, de cet emplacement, l’autel où la cérémonie
célébrée
ne nous était pas visible, nous avions devant nos yeux un grand
tableau, celui
de la Déposition, peint par un artiste de notre pays, Antonio Ciseri.

Alors pendant
la messe dite en latin, absolument
incompréhensible pour nous, nous étions obligées de rester tranquilles
et
silencieuses, ainsi les seules distractions étaient ce tableau et nos
pensées
qui vagabondaient vers l’ailleurs.
Lorsque
je regardais le tableau, j’avais le sentiment que
Saint Jean m’invitait de son regard, plein de
peine, à prendre
connaissance du drame de la crucifixion.
La
douleur des femmes portraiturée ainsi
me troublait, particulièrement celle dont on ne voit pas le visage,
mais son
épaule dénudée. Elle me semblait tellement désespérée, puisqu’elle ne
remarquait même pas que ses habits lui tombaient.
Les
visages désorientés des deux hommes, qui portent
le sindon, sont éclairés par une lumière,
comme si Dieu
voulait les guider à l’endroit où déposer le Christ mort.
Ces
pensées influencèrent mon
évolution en tant
que femme et
enrichirent ma vie intérieure.
Au début du
mois de septembre,
une messe est célébrée en l’honneur de Marie par
l’évêque, par ailleurs on trouve la statue de la vierge Marie
qui domine
l’autel.
Quant à
moi, je n’y ai
jamais participé, car
j’appartiens à la paroisse d’Orselina, nous avons une petite église
dédiée à
saint Bernard, et même si le sanctuaire se trouve dans notre commune,
nous ne
nous sentons pas chez nous lorsqu’il y a trop de monde, trop de
visiteurs ou de pèlerins
venant de partout.
Et enfin,
quand j’étais petite, je me souviens que
le curé avait demandé à mon père que nous venions à la messe
le dimanche
dans son église et ne souhaitait pas que nous nous marions ou nous
baptisions
nos enfants au
Sanctuaire del Sasso.
Francesca
Palli et Tony Mardaye
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