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logo avril 2008 de Pyepimanla le Magazine Antillais



Le Sanctuaire del Sasso

 ou

 Le Sanctuaire de la Madonna del Sasso

Dans le monde on trouve des lieux qui retiennent le regard, généralement ils sont présents dans les guides de voyages ou dans les magazines, mais sont décrits presque toujours de manière impersonnelle ou sous un aspect idyllique ou esthétique qui tranche avec les habitants ayant une pratique différente, une relation personnelle, plus imbriquée et bien plus intime que le routard, le touriste ou le voyageur de passage.

locarno f palli

Dans le Tessin, un canton de la Suisse italophone, à Locarno une ville située au pied des Alpes, au bord du lac Majeur, les vestiges préhistoriques montrent que les lieux furent occupés depuis les âges préhistoriques, puis  au fil du temps Locarno devint une ville commerciale faisant le lien entre les vallées alpines et la plaine de Padanie et vers le début du  et la fin du XIX siècles  Locarno fut l’une des capitales tournantes du Tessin avec Lugano et Bellinzone.

La ville est aussi connue grâce au pacte de Locarno qui permit de régler un différend entre la  république de Weimar et la France, car les Allemands ne pouvant régler les réparations de guerre dues à la France, par mesure de rétorsion la Ruhr, une région située dans l'ouest de l'Allemagne fut envahie.

Lors des négociations, le Président du Conseil Aristide Briand était accompagné d’Alexis Léger, plus connu  sous le pseudonyme de Saint-John Perse, prix Nobel de littérature en 1960. La signature du pacte de Locarno vaudra à Aristide Briand le prix Nobel de la paix qu'il reçut conjointement avec le ministre allemand des affaires étrangères Gustav Stresemann en 1926.

L’un des monuments remarquable de la région de Locarno est le sanctuaire de la Madonna del Sasso. Il est situé au sommet d’un rocher dominant la ville, et la légende veut qu’en 1480, Barthomeo d’Ivrea  un frère franciscain,  après une vision  sans doute de la Madone, construisit deux oratoires sur le Sasso, puis avec le temps s’adjoignit un couvent.

madonna del sasso

Aujourd’hui  ce sont  les capucins  de l’ordre de saint François d’Assise qui occupent la place, ils portent l’habit simple brun à capuchon, lorsqu’ils sont en bonne santé marchent avec des sandales  sans chaussette, la plupart ont plus de 80 ans, mais le frère supérieur est un quadragénaire.

En 1949, dans notre canton il y eut des messes et la statue de la vierge fut portée en procession dans tous les villages et vallées du canton  du Tessin. 

ex voto

Encore aujourd'hui, il y a nombreux pèlerins du Tessin mais aussi de l'Italie, qui arrivent au sanctuaire seuls ou en groupe  afin de vénérer la statue de la vierge et demander des grâces.  A cet effet, le sanctuaire est parsemé d’ex-voto (des petites peintures naïves) racontant  la dure vie des habitants

Dans ce cadre montagneux et où les terres arables sont rares, la population cultivait de tout, elle survivait grâce à l’élevage, aux maïs, aux pommes de terre et aux châtaigniers.  Mon grand-père me racontait qu’enfant il montait sur les sommets chercher  de l’herbe afin de  nourrir les vaches et les autres animaux. Il n’était pas rare que les jeunes hommes  à cette époque migrent en Italie, à Milan pour ramoner les cheminées.

Depuis beaucoup ont immigrés pour l’Australie, l’Argentine, la Californie, la France et l’Angleterre, peu choisirent l’Allemagne ou l’Italie.

Pour se rendre au sanctuaire de la Madonna del Sasso, il faut monter un long escalier pour arriver sur la lumineuse place donnant accès à l’église, mais on peut prendre le funiculaire si l’on veut éviter une montée relativement pénible, quoique, même si on prend le funiculaire, on ne peut éviter ce long escalier car situé à l'intérieur du couvent.

La majorité des visiteurs du sanctuaire prennent un escalier qui descend de la route d'Orselina,  puis doivent remonter l'escalier du couvent pour rejoindre l'entrée de l'église.  

madonna del sasso

Une fois franchie l’entrée du sanctuaire, on a la sensation d’avoir quitté la lumière pour l’ombre,  une obscurité relativement frappant, les yeux peu à peu s’habituent au noir, puis lentement l’intérieur prend forme, la voûte est très basse, richement ornée selon le style baroque, la lumière pénètre  discrètement par des petites ouvertures et par les vitraux aux teintes sombres, se trouvant derrière l’hôtel.

Le parfum ténu d’encens rend l’intérieur encore plus intime et augmente la sensation de paix et de sérénité qui à  chaque fois me saisit dans ce lieu quelque  peu magique.

Je me souviens quand j’avais un peu moins de six ans, mes sœurs et notre père nous fréquentions l’église, nous  allions à  la messe du dimanche, nous nous  placions  dans l’une des deux nefs latérales de l’église, de cet emplacement, l’autel où la cérémonie célébrée ne nous était pas visible, nous avions devant nos yeux un grand tableau, celui de la Déposition, peint par un artiste de notre pays, Antonio Ciseri.

deposition ciseri

Alors pendant la messe dite en latin, absolument incompréhensible pour nous, nous étions obligées de rester tranquilles et silencieuses, ainsi les seules distractions étaient ce tableau et nos pensées qui vagabondaient vers l’ailleurs.

Lorsque je regardais le tableau, j’avais le sentiment que  Saint Jean m’invitait de son regard, plein de peine, à prendre connaissance du drame de la crucifixion.

La douleur des femmes portraiturée  ainsi me troublait, particulièrement celle dont on ne voit pas le visage, mais son épaule dénudée. Elle me semblait tellement désespérée, puisqu’elle ne remarquait même pas que ses habits lui tombaient.

Les visages désorientés des deux hommes, qui portent  le sindon, sont éclairés par une lumière, comme si Dieu  voulait les guider à l’endroit où déposer le Christ mort.

Ces pensées influencèrent  mon évolution  en tant que femme et enrichirent  ma vie intérieure. 

madonna

Au début du mois de  septembre, une messe est célébrée en l’honneur de Marie par l’évêque,  par ailleurs on trouve la statue de la vierge Marie qui domine l’autel.

 Quant à moi,  je n’y ai jamais participé, car j’appartiens à la paroisse d’Orselina, nous avons une petite église dédiée à saint Bernard, et même si le sanctuaire se trouve dans notre commune, nous ne nous sentons pas chez nous lorsqu’il y a trop de monde, trop de visiteurs ou de pèlerins venant de partout.

Et enfin, quand j’étais petite, je me souviens que le curé avait demandé à mon père  que nous venions à la messe le dimanche dans son église et ne souhaitait pas que nous nous marions ou nous baptisions nos enfants  au Sanctuaire del Sasso.
 

Francesca Palli  et Tony Mardaye