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Maurice BELROSE
Professeur
des universités
Faculté des
Lettres et Sciences
Humaines
Campus de
Schoelcher
Tel :
0596 72 74 73
Tribune 
UAG : Georges
Virassamy : désavoué pour son incompétence ou victime d’une
machination ?
Le 10
décembre dernier, la nouvelle
est tombée, stupéfiante : Georges Virassamy, jusqu’alors
président de
l’UAG, n’a pas été confirmé dans ses fonctions par le nouveau Conseil
d’administration. Le verdict est sans appel : 11voix pour et
28 voix
contre. Il s’agit apparemment d’un désaveu cinglant qui devrait
normalement le
dissuader de présenter à nouveau sa candidature, voire le contraindre
moralement à renoncer à toute fonction de direction au sein de l’UAG.
Mais est-ce
bien le cas ?
N’est-il pas plutôt victime d’une machination machiavélique ourdie au
profit de
concurrents ou d’ennemis tapis dans l’ombre et attendant patiemment
leur
heure ?
Rappelons
tout d’abord qu’en
vertu des nouvelles dispositions instituées par la LRU (Loi relative
aux
libertés et responsabilités des universités), le président de
l’université est
élu par le seul Conseil d’Administration, alors qu’auparavant votaient
également les membres des deux autres conseils : Conseil
Scientifique (CA)
et Conseil des Études et de la vie universitaire (CEVU). Cela explique
l’extrême
politisation des dernières élections à l’UAG et les stratégies de
conquête du
pouvoir élaborées ici et là pour éliminer Virassamy.
Le
pouvoir : voilà le mot
qui résume la situation. En effet, la LRU ; d’inspiration
ultralibérale,
confère à tous les présidents des universités françaises, quels que
soient leur
grade et leur coloration politique, des pouvoirs exorbitants,
susceptibles de
donner lieu à des dérives autocratiques et de servir de terreau au
favoritisme.
Maintenant que Virassamy a subi cette humiliante défaite, les ambitions
ne vont
pas tarder à se déchaîner, d’autant qu’il est annoncé une nouvelle
élection
avant fin janvier 2009.
Quel intérêt
peut-on avoir à
être président d’université ? Parler d’intérêt peut paraître
choquant,
mais la question mérite d’être posée, car si certains candidats sont
mus
essentiellement par le sens du devoir, le désir de servir une noble
cause,
d’autres sont poussés par la soif du pouvoir et obsédés par les
avantages
concrets liés à la fonction.
Le premier
avantage est que le
président d’université –cela est valable également pour les
vice-présidents des
trois conseils mentionnés ci-dessus- sont de plein droit déchargés
d’enseignement. Il peut, s’il le veut, conserver tout ou partie de son
service,
mais avouons que la perspective de passer quatre ans – voire huit en
cas de
réélection- sans enseigner est tentante et motivante ! Les
présidents touchent
évidemment leur salaire et reçoivent en plus une prime qui, pour
l’année
universitaire 2008-2009 se monte à 18.180,35 euros (voir arrêté du 30
octobre
2008 publié au Journal Officiel du 28 novembre 2008).
Ce n’est pas
tout : un maître
de conférences qui a exercé les fonctions de président d’université
peut accéder
au grade de professeur des universités sans avoir obtenu le diplôme
appelé
« Habilitation à diriger des
recherches » (HDR) et sans subir
l’épreuve de « Qualification aux fonctions de professeur des
universités ». Autrement dit, il a l’assurance de bien finir
sa carrière,
avec un bon salaire, une retraite confortable, sans avoir à se fatiguer
à faire
de la recherche comme ses autres collègues.
Deux anciens
présidents maîtres
de conférences de l’UAG savourent actuellement la joie d’avoir été
promus
professeurs des universités par cette voie. D’autres se préparent à se
lancer
dans la course à l’élection avec cet objectif rivé dans la cervelle.
Si le
président n’a pas peur de
l’avion, sa fonction lui garantit par ailleurs la possibilité de
voyager dans
la Caraïbe et en Europe, de remplir son carnet d’adresses au cas où…
Cela dit, sa
tâche est loin
d’être aisée. Le siège de l’UAG se trouvant en Guadeloupe, il est
contraint,
s’il ne réside pas dans cette île, à de fréquents voyages qui peuvent
s’avérer
fatigants à la longue. Il doit aussi et surtout s’efforcer de préserver
la
fragile unité de l’établissement, tenir compte à la fois des intérêts
et des
revendications des Guadeloupéens, des Guyanais et des Martiniquais,
sans céder
à la démagogie et sans favoriser les uns au détriment des autres.
S’il se
montre trop autoritaire,
il court le risque d’être détesté ; s’il est mou et sans
autorité,
l’anarchie s’installe et l’université est menacée de dislocation. S’il
n’est
pas présent fréquemment à Pointe-à- Pitre, le risque est grand de voir
les
responsables des services administratifs essayer de se substituer à lui
à la
direction de l’établissement.
Georges
Virassamy a la
réputation d’être un homme à poigne, autoritaire. Mais ce
« défaut »
-qui est peut-être une qualité dans la circonstance actuelle-
suffit-elle à
expliquer ce qui s’est passé récemment ? Absolument
pas ! Il a
surtout péché par naïveté face à des politiciens de métier, retors et
vindicatifs. Il a signé son « arrêt de mort »
politique en commettant
l’erreur de priver de responsabilité administrative quelqu’un de son
entourage qui
ne pouvait se résigner à ne plus exercer aucun pouvoir, si petit
soit-il, et qui
jouissait d’être adulé. Son autoritarisme réel ou supposé a servi
d’argument
électoral dans une campagne initiée depuis longtemps et menée de
manière
sournoise et efficace grâce au téléphone portable et à Internet.
En
l’éliminant de la sorte, ses
ennemis et adversaires ont pris le risque de bloquer le fonctionnement
de l’UAG
à un moment crucial. Les chantiers sont multiples et urgents :
intégration
à l’UAG des trois IUFM ; publication des emplois vacants, avec
obligation
de procéder peut-être à des redéploiements internes ; suivi
des dossiers
d’habilitation des maquettes de Licence et de Master ;
approbation par le
Conseil d’administration des statuts des composantes, c’est-à-dire des
différentes Facultés ; désignation des vice-présidents des
trois conseils.
Georges
Virassamy a-t-il été un
mauvais gestionnaire? Il semble que non. La preuve en est qu’il a été
désigné
« administrateur provisoire » par les autorités
supérieures, alors même
que deux autres anciens présidents s’étaient précipités pour offrir
leur
service, afin d’éviter que ne s’installe le chaos.
Maintenant va
commencer la
nouvelle campagne électorale, celle prévue depuis longtemps par les
ennemis de
Virassamy. La Guyane, la Guadeloupe et la Martinique auront chacune son
ou ses
candidats. Le front uni contre Virassamy est d’ores et déjà disloqué de
fait par
les ambitions personnelles ou claniques. La Guyane qui n’a jamais eu
« son
président » ne va s’effacer au profit d’aucun Antillais.
Auparavant, il
existait un accord tacite d’alternance à la présidence entre Martinique
et
Guadeloupe, mais le Guadeloupéen Alain Arconte l’a fait voler en éclats
il y a
quelques années au détriment du candidat martiniquais Maurice Burac qui
croyait
de bonne foi que c’était son tour .
Dans ces
conditions, Georges
Virassamy est fondé à poser de nouveau sa candidature, pour défendre et
faire
valoir sa conception de la « gouvernance
» universitaire et continuer
l’œuvre commencée. Une grande partie des membres du Conseil
d’administration est
susceptible de changer d’opinion à son sujet, de comprendre que la
raison doit
l’emporter sur la passion, que l’UAG, dans sa phase historique
actuelle, a
besoin d’un président comme lui, dynamique, habitué à la gestion,
reconnu pour
ses travaux scientifiques à l’échelle nationale et internationale.
M.Belrose
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