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logo avril 2008 de Pyepimanla le Magazine Antillais



Être Créole et breton à la fois

Bateau breton photo de malevane 

Lorsque j’étais enfant, adolescent, et même un jeune adulte, je me voulais Breton, sans aucune restriction, sauf que j’avais la peau brune et refusais, avec la dernière des énergies, de revenir sur cette part de moi qui, quoi que je fasse, et quoi que je puisse écrire, me distinguait. Né à Fort-de-France, d’une mère Martiniquaise et d’un père Breton, mais arrivé à Brest à l’âge de deux ans, l’adaptation n’a pas été facile. Mon enfance fut mutique, sans doute que mes larmes, incessantes à ce que l’on m’a dit pendant les quinze jours que dura le voyage, avaient asséché mes paroles en même temps qu’elles effaçaient ma langue maternelle, le Créole. L’école me dénoua. Une fois mise au placard les remarques enfantines − plus imbéciles que racistes −, je devins, pour chacun, un véritable petit Zef ; Ti Moign pour les copains. Un seul bémol, de taille cependant, à l’heure des festoù noz, l’interdit n’était pas négociable, je m’évinçais du cercle. Non que je fusse incapable d’enchaîner comme les autres gavottes et laridés, mais cela me semblait une incongruité. J’étais Le Breton noir, titre de l’une de mes chansons ; la nuance me paraissait de taille.

yole ronde photo d'Olivia

Pourquoi écrire cela alors que par mon métier, éducateur puis directeur au Ministère de la Justice − Protection Judiciaire de la Jeunesse −, j’ai traversé la France de long en large, m’adaptant  plus ou moins, le plus souvent avec facilité, j’habite maintenant, pour partie en Belgique et pour l’autre en Bretagne, à Plourarc’h où personne n’examine la couleur de ma peau ? À Plourarc’h où, bien que je ne comprenne pas davantage ma langue paternelle que je ne parle le Créole, chaque jour, comme si la chose allait de soit, on me hèle en Breton ! Au risque de faire rire, l’explication me semble simple. Il m’a fallu attendre d’avoir passé 30 ans pour retrouver la Martinique ; mais ce jour-là, à peine avais-je posé les pieds sur ma terre natale que je m’y suis fondu, avec autant d’authenticité, aussi étroitement que je me mêle à la roche celtique. Vrai Breton en Bretagne, Martiniquais en Martinique, puis je pour autant m’affirmer biculturel comme d'autres sont bilingues ? Les choses ne sont pas si simples. Il n’est pas rare qu’elles se bousculent dans ma tête. Écrire devient alors pour moi le seul moyen de refuser l’incomplétude, de fuir la déshérence, le seul qui m’ait été donné pour faire litière à l’idée même d’une seule trahison.  J’ai vieilli. Bien que cette vision de moi m’ait aidé à grandir, je ne suis plus Le Breton noir. En Bretagne tout comme en Martinique, je suis Créole, tout simplement Créole. Voilà ce que je m’efforce de dire dans mes romans, dans mes poèmes et mes chansons. Je ne suis pas de nulle part, mais je puis être de partout … le temps de revenir.

 

Je ne crains pas les arbres
j'ai l'impatience dure

aux lisières du souffle
                              je guette ton silence                            

sauras-tu reconnaître
la fracture de vie


N'am bez ket aon rak ar gwez

hiraezhin kalet a ran

war vevenn de alan

e c'hedan 'c'hanout da devel

ha goût a ri an'veza

                                               frailhar   vehez

                                                                                     José Le Moigne

                                                                             18 mai 2008