Il
y a peu de temps je prenais connaissance d'un article
parlant d'une vidéo circulant sur le Net « montrant
un Haïtien en
train de se faire couper la main par un Dominicain, comme au temps de
l’esclavage. » L'article détaille les moindres faits
de cette affaire,
on est dans le dégoût, la répugnance, comment une telle violence
peut-elle
avoir cours, d'un autre côté je suis dans l'expectative, car nous ne
sommes
plus à une manipulation près, quel crédit puis-je accorder à ce que je
vois ?
Je souhaite
écrire un article, maisme
questionne à savoir si
je mets la
vidéoou pasen ligne. Est-il opportun
d'agir de la sorte ?
Ne
faisant ni dans le scabreux, ni dans la démagogie,
j’arrête ma décision : je la mets en ligne,
car l’image
peut contribuer à élucider cette affaire.
Comme
toute personne, la justice est un sentiment que nous partageons, elle
est de
nature ontologique et ce crime me rappelle que je suis juriste
spécialisé en
droit de l'homme et en droit humanitaire entre autres,mais aussi que mes ancêtres ont eu à subir
ce type de torture, je ne peux rester insensible, tout se révolte en
moi.
Du
for externe il y a matière, mais écrire dans la précipitation n’a
jamais été
mon credo.Je
poursuis la lecture de
l‘article : «Avec
sa machette bien
effilée en main, le Dominicain demande à l’Haïtien de tendre la sienne.
Ce
dernier, tout nu, s’avance timidement et allonge la main sur l’ordre de
celui
qui semble être son maître sur une pierre alors que son autre bas est
déjà coupé. »
Au
moment où je prends connaissance de cette ignominie, nous fêtons la
soixantième
année de la déclaration universelle des droits de l'homme, du 10
décembre 1948,
signée à paris au palais de Chaillot, n’est-ce pas ironique !
L'article
ajoute « D’un seul coup de machette le Dominicain
tranche le poignet à
l’Haïtien, qui a l’air d’un braceros. Il s’enfuit en courant en
laissant sa
main par terre. »Puis vient
le temps des témoignages « Des Haïtiens avouent que
ces types de
comportements des Dominicains envers les Haïtiens dans certains bateys
sont
monnaies courantes, mais ce qui est nouveau c’est le désir de le
montrer. »
Je
me dis comment un pays ayant signé la Charte des droits universels
puisse
tolérer sur son sol que des propriétaires terriens agissent de la sorte
avec
leurs ouvriers.
Depuis
des années nous dénonçons les conditions exécrables dans lesquelles
survivent
les « bracéros » dans les
« bateys » dominicains, ils
viventdans le pur
mépris de leur
personne, mais à ce point ce n‘est plus de
mépris ou de déni du droit, ils s‘inscrivent dans un système
esclavageant.
Trois
articles de cette déclaration me reviennent en mémoire :
Art
1 : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en
dignité et en droits.
Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns
envers les
autres dans un esprit de fraternité.
Il
est certain que tout cela est une vue de l'esprit, nous devrions tendre
vers ce
but, mais dans la réalité, les êtres humains ne naissent pas libres et
égaux en
dignité et en droits.
Voyons
l'article le plus important de cette charte, car elle conditionne
l'ensemble,
elle est l'architecture même de la déclaration universelle des droits
de
l'homme c'est l'article III : « Tout individu a droit
à la vie, à la
liberté et à la sûreté de sa personne. »
Les
Etats signataires ont placé l'homme au centre de leurs préoccupations,
car nous
sortions de la seconde guerre mondiale qui a vu les pires atrocités se
commettre.
Et
c'est de ce droit à la vie dont découle le reste
des droits
desquelslesindividuspeuvent se
prévaloir.
A
la lecture de l'article, l'idée qui me vient en tête, est que les
personnages
sont identifiés, il ne serait pas bien difficile de retrouverle bourreau et rendre
justice à la victime.
La
République Dominicaine ne peut se soustraire car l'article V stipule :
« Nul
ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels,
inhumains
ou dégradants. »Tous les
signataires de la déclaration universelle des droits de l'homme ont
transposé
dans leur droit national ces dispositions de droit public
international.
Le
pays mis en accusation doit diligenter une enquête commune avec les
autorités
haïtiennes dans un souci de transparence afin de trouver le
tortionnaire et ses
complices.
Le
gouvernement dominicain réfute ces accusations et argue d'une
machination,
cette vidéo est un montage à leurs yeux.
Tous
les forums haïtiens ne parlent que de cela et suscite une vive
réprobation des
internautes et des appels au boycott sont lancés contre la République
Dominicaine.
Je
fouille les forums afin d’avoir le fin mot de l’histoire et je me dis
pour agir
de la sorte à visage découvert, il faut avoir un sentiment d'impunité
et que
jamais ils n'aurontà
répondre de leurs
crimes, soit nous sommes dans un régime politique qui se moque
éperdument du
respect des droits de l’homme ou que la notion d’homme ne se limite
qu’à leurs
concitoyens ou nous sommes dans un pays ou la légitimité de l’Etat est
fortementcontestée.
Puis
une seconde piste s’ouvre à nous, la République Dominicaine n’est plus
concernée, card'après
le site
colombienwww.lafiscalia.com,il s’agirait d’un
paramilitaire colombien
d'Aguachica qui a coupé la main d'un paysan.
Le
10 décembre« le
site de laRadio
Caracol, quant à lui fait
état de la vidéo circulant sur Internet avec ce commentaire : «
les groupes
paramilitaires ont atteint un tel degré de cruauté et de
déshumanisation que
dans certains cas ils filment les tortures et assassinats de personnes
signalées
de collaborer avec la guérilla ».
Les
paramilitaires démobilisés disent que c'est une des techniques qu'ils
emploient
contre les paysans, mais ils commettent des crimes plus horribles,
tuant par
dizaines des paysans, découpant à la tronçonneuse des
êtres humains, avec eux nous frôlons l‘horreur.
Mais
sur ces forums colombiens, certains nient la responsabilité des
paramilitaires,
disentque la vidéo
est vieille et que
cela fait un bout de temps qu‘elle circule sur http://www.liveleak.commais omettent de mettre le
lien où se situe
la vidéo qui les permettrait de corroborer leurs dires.
Toutefois,
d’autresColombiens
admettent la
responsabilité des paramilitaires colombiens en s’appuyant sur le
vocabulaire
des tortionnaires, la langue espagnoleparlée dans la vidéo est la même que celle
parlée en Colombie.
Je
ne saurai prendre position sur ce terrain, seuls des experts, les
Colombiens
oules Dominicainssont en mesurede déterminer si la langue
parlée se rapproche de leur langue ou
pas !
La
police haïtienne et dominicaine en travaillant de concert sont à même
de
trouver le tortionnaire et de le faire condamner, s’il s’agit d’un
ressortissant dominicain.
Si
c’est un paramilitaire colombien, laquestion qui se pose est de savoir s'il faut
ou non juger ces
criminelles qui ont enfreint toutes les lois et le droit de gens ?
Est-ce
le fait de déposer les armes les exonère des crimes qu'ils ont commis ?
Et
enfin comment indemniser les paysans, victimes de ces monstres ?
Je
crois qu'il est difficile de parler d'hommes, leurs actes, leurs crimes
les
retranchent de l'humanité.
Tony
Mardaye
Âme
sensible ne visionnez pas la
vidéo, ne
pas laisser les enfants la regarder, nul besoin de les traumatiser.