Le mythe du Tibet
Michael Parenti
L’histoire
du Christianisme, celle du Judaïsme, celle de l’Hindouisme et celle de l’Islam
sont fortement marquées par la violence. A travers les âges, les religieux ont
toujours invoqué un mandat divin pour massacrer des infidèles, des hérétiques,
et même d’autres dévots au sein de leurs propres rangs. Certaines personnes
soutiennent que le Bouddhisme est différent, qu’il se distingue nettement de la
violence chronique des autres religions. Certes, pour certains praticiens à
l’Ouest, le Bouddhisme est plus une discipline spirituelle et psychologique
qu’une théologie au sens habituel. Il offre des techniques méditatives censées
promouvoir la lumière et l’harmonie en soi. Mais à l’instar de n’importe quel
autre système de croyance, le Bouddhisme ne doit pas être appréhendé uniquement
par ses enseignements, mais aussi en fonction du comportement effectif de ses
partisans. Le bouddhisme est-il une exception ?
Un
regard sur l’histoire révèle que les organisations bouddhistes ne se sont pas
abstenues d’actes violents si caractéristiques aux groupes religieux. Au Tibet,
du début du dix-septième siècle jusqu’au sein du dix-huitième siècle, des
sectes bouddhistes rivales se sont livrées à des affrontements armés et à des
exécutions sommaires. (1) Au vingtième siècle, en Thaïlande, en Birmanie, en
Corée, au Japon, et ailleurs, des Bouddhistes se sont battus aussi bien entre
eux qu’avec des non-bouddhistes. Au Sri Lanka, des batailles rangées au nom du
Bouddhisme font partie de l’histoire cingalaise. (2)
Il
y a juste quelques années en Corée du Sud, des milliers de moines de l’ordre
bouddhiste Chogye se sont battus entre eux à grand renfort de coup de poings,
de pierres, de bombes incendiaires et de gourdins, dans des batailles rangées
qui ont duré plusieurs semaines. Ils rivalisaient pour le contrôle de l’ordre,
le plus grand en Corée du Sud, avec un budget annuel de 9,2 millions de dollars,
auquel il faut ajouter des millions de dollars en biens immobiliers ainsi que
le privilège d’appointer 1.700 moines à des devoirs divers. Les bagarres ont en
partie détruit les principaux sanctuaires bouddhistes et ont fait des dizaines
de blessés parmi les moines, dont certains sérieusement. Le public coréen
manifesta son dédain envers les deux camps, estimant que quelque soit la clique
de moines qui prendrait le contrôle, "elle utiliserait les dons des
fidèles pour acquérir des maisons luxueuses et des voitures onéreuses".
(3)
Mais
qu’en était-il du Dalaï-lama et du Tibet qu’il a présidé avant l’intervention
chinoise en 1959 ? Il est largement répandu par beaucoup de dévots bouddhistes
que l’ancien Tibet était un royaume consacré à la spiritualité, exempt de
styles de vie égoïstes, de matérialisme vide et de vices corrupteurs qui
infestent la société industrialisée moderne. Les mass media occidentaux, les
livres de voyage, les romans et les films Hollywoodiens ont dépeint la
théocratie tibétaine comme un véritable Shangri-La (paradis terrestre).
Le
Dalaï-lama, lui-même, a affirmé que "l’influence pénétrante du
Bouddhisme" au Tibet, "au milieu des espaces grand ouverts d’un
environnement non corrompu a eu pour effet de produire une société consacrée à la
paix et à l’harmonie. Nous jouissions de la liberté et du contentement."
(4) Une lecture de l’histoire du Tibet suggère une image différente. Au
treizième siècle, l’Empereur Kublai Khan a créé le premier Grand Lama, qui
devait présider tous les autres lamas à l’instar d’un pape qui préside ses
évêques. Plusieurs siècles plus tard, l’Empereur de Chine a envoyé une armée au
Tibet pour soutenir le Grand Lama, un homme ambitieux de 25 ans, qui s’est
alors donné le titre de Dalaï (Océan) lama, dirigeant de tout le Tibet. C’est
tout à fait une ironie de l’histoire : le premier Dalaï-lama a été installé par
une armée chinoise. Pour
élever son autorité, le premier Dalaï-lama saisit les monastères qui
n’appartenaient pas à sa secte et aurait détruit les écritures bouddhistes qui
étaient en désaccord avec sa revendication à la divinité. Le Dalaï-lama qui lui
a succédé a poursuivi une vie sybaritique, jouissant de la compagnie de
beaucoup de maîtresses, faisant la fête avec des amis, et agissant entre autres
façons considérées inconvenantes pour une divinité incarnée. Pour cela, il fut
éliminé par ses prêtres. Durant 170 ans, malgré leur statut reconnu de dieu,
cinq Dalaï-lama ont été assassinés par leurs grands prêtres ou par d’autres
courtisans. (5)
Shangri-La
(pour Seigneurs et Lamas)
Les
religions ont eu un rapport étroit non seulement avec la violence mais aussi
avec l’exploitation économique. En effet, c’est souvent l’exploitation
économique qui nécessite la violence. Tel était le cas avec la théocratie
tibétaine. Jusque 1959, quand le Dalaï-lama a fini de présider le Tibet, la
plupart de la terre arable était toujours organisée en domaines seigneuriaux
travaillés par des serfs. Même un auteur sympathisant du vieil ordre admet que
"bon nombre de domaines ont appartenu aux monastères et la plupart d’entre
eux ont amassé d’immenses richesses.... De plus, certains moines et lamas
individuellement ont pu accumuler une grande richesse par la participation
active dans le commerce et le prêt d’argent." (6) Le monastère de Drepung
était un des plus grands propriétaires terriens dans le monde, avec ses 185
manoirs, 25.000 serfs, 300 grands pâturages et 16.000 bergers. La richesse des
monastères est allée aux lamas ayant le grade le plus élevé, beaucoup d’entre
eux étant les rejetons de familles aristocratiques.
Les
leaders séculiers firent aussi bien. Un exemple notable était le commandant en
chef de l’armée tibétaine, qui possédait 4.000 kilomètres carrés de terre et
3.500 serfs. Il était aussi un membre du Cabinet intime du Dalaï-lama.7 Le
vieux Tibet a été faussement représenté par certains de ses admirateurs
Occidentaux comme "une nation qui n’a exigé aucune police parce que ses
gens ont volontairement observé les lois du karma." (8) En fait, il avait
une armée professionnelle, bien que petite, qui a servi comme une gendarmerie
en faveur des propriétaires pour maintenir l’ordre et traquer des serfs
fugitifs.
De
jeunes garçons tibétains ont été régulièrement enlevés à leurs familles et
emmenés dans les monastères pour être formés comme moines. Une fois là, ils
étaient internés à vie. Tashì-Tsering, un moine, rapporte qu’il était courant
que des enfants de paysans soient sexuellement maltraités dans les monastères.
Lui-même était une victime de viol répété à partir de l’âge de neuf ans. (9)
Les domaines monastiques enrôlèrent de force des enfants de paysans aux fins de
servitude perpétuelle comme domestiques, danseurs et soldats.
Dans
le vieux Tibet, il y avait un petit nombre de fermiers qui subsistaient comme
une sorte de paysannerie libre, et, peut-être, en plus, 10.000 personnes qui
composaient la classe moyenne constituée des familles de marchands, de
commerçants et de petits négociants. Des milliers d’autres étaient des
mendiants. Une petite minorité était des esclaves, la plupart du temps des
domestiques qui ne possédaient rien. Leur descendance naissait dans
l’esclavage. (10) La plus grande partie de la population rurale - environ
700.000 sur une population totale évaluée à 1.250.000 - était des serfs. Les
serfs et d’autres paysans vivaient généralement un peu mieux que les esclaves.
Ils n’avaient pas de scolarité ni de soins médicaux. Ils passaient la plupart
de leur temps à peiner pour les lamas de haut rang, ou pour une aristocratie
foncière séculière. Leurs maîtres leur disaient quelle culture produire et
quels animaux élever. Ils ne pouvaient pas se marier sans le consentement de
leur seigneur ou lama. Et ils pouvaient facilement être séparé de leur famille
s’il plaisait au propriétaire de les envoyer travailler dans un endroit
éloigné. (11)
Une
femme de 22 ans, elle-même une serve fugitive rapporte : "De jolies filles
de serfs étaient habituellement emmenées par le propriétaire comme domestiques
de maison et utilisées comme il le souhaitait". Elles "étaient juste
des esclaves sans droits". (12) Les serfs devaient avoir une permission
pour tous leurs déplacements. Les propriétaires terriens avaient l’autorité
légale pour capturer ceux qui essayaient de fuir. Un serf fugitif de 24 ans a
accueilli l’intervention chinoise comme "une libération". Il
affirmait que pendant le temps où il était un serf, il était soumis à un
travail dur incessant, à la faim et au froid, incapable de lire ou d’écrire et
ne sachant rien du tout. Après sa troisième tentative de fuite ratée, il fût
impitoyablement battu par les hommes du propriétaire terrien jusqu’à ce que le
sang lui coule du nez et de la bouche ; puis, ils ont versé de l’alcool et de
la soude caustique sur les blessures pour augmenter la douleur. (13)
Les
serfs étaient dans l’obligation de travailler à vie la terre du seigneur - ou
la terre du monastère - sans être payés, de réparer les maisons du seigneur, de
transporter sa récolte et de rassembler son bois de chauffage. Ils étaient
aussi supposés fournir les animaux de transport et le transport sur demande.
(14) Ils étaient taxés sur le mariage, taxé sur la naissance de chaque enfant
et sur chaque mort dans la famille. Ils étaient taxés sur la plantation d’un
nouvel arbre dans leur terrain et sur la possession d’animaux. Il y avait des
impôts pour les festivals religieux, pour le chant, la danse, le tambourinage
et la sonnerie de cloche. Les gens étaient taxés quand ils étaient envoyés en
prison et quand ils en sortaient. Ceux qui ne pouvaient pas trouver de travail
étaient taxés pour être sans emploi et s’ils allaient dans un autre village à
la recherche de travail, ils devaient payer un impôt de passage. Quand les gens
ne pouvaient pas payer, les monastères leur prêtaient de l’argent à un taux
d’intérêt de 20 à 50 pour cent. Certaines dettes étaient passées du père au
fils et au petit-fils. Les débiteurs qui ne pouvaient pas honorer leurs
obligations risquaient d’être réduits en esclavage, parfois pour le reste de
leur vie. (15)
Les
enseignements religieux de la théocratie soutenaient cet ordre de classe. Le
pauvre et l’affligé apprenaient qu’ils devaient supporter leurs ennuis à cause
de leurs mauvaises manières dans des vies précédentes. Donc, ils devaient
accepter la misère de leur existence présente comme une rédemption karmique et
en prévision de ce que leur sort s’améliorerait une fois réincarné. Le riche et
le puissant, bien sûr, considéraient leur bonne fortune comme une récompense,
et une preuve tangible de leur vertu dans les vies passées et présentes.
Torture
et Mutilation
Au
Tibet du Dalaï-lama, la torture et la mutilation - incluant l’énucléation,
l’arrachage de la langue, le sectionnement du tendon du jarret et l’amputation
- étaient des punitions favorites infligées aux serfs fugitifs et aux voleurs.
En voyageant à travers le Tibet dans les années 1960, Stuart et Roma Gelder ont
interviewé un ancien serf, Tsereh Wang Tuei, qui avait volé deux moutons
appartenant à un monastère. Pour cela, il a eu les yeux énucléés et la main
mutilée afin de ne plus pouvoir l’utiliser. Il explique qu’il n’est plus un
Bouddhiste : "quand un saint lama leur a dit de m’aveugler, j’ai pensé
qu’il n’y avait rien de bon dans la religion". (16) Bien qu’il était
contraire aux enseignements bouddhistes de prendre la vie humaine, quelques contrevenants
étaient sévèrement fouettés et ensuite "abandonnés à Dieu" dans la
nuit glaciale pour y mourir. "Les parallèles entre le Tibet et l’Europe
médiévale sont saisissantes", conclut Tom Grunfeld dans son livre sur le
Tibet. (17)
En
1959, Anna Louise Strong a visité une exposition d’équipement de torture qui
avait été utilisé par les suzerains tibétains. Il y avait des menottes de
toutes les tailles, y compris de petites pour des enfants, et des instruments
pour couper le nez et les oreilles, pour énucléer les yeux et pour briser les
mains. Il y avait des instruments pour couper les rotules et les talons, ou
paralyser les jambes. Il y avait des fers chauds, des fouets et des instruments
spéciaux pour éviscérer. (18)
L’exposition
a présenté des photographies et les témoignages des victimes qui avaient été
aveuglées ou estropiées ou subi des amputations pour raison de vol. Il y avait
le berger dont le maître lui devait un remboursement en yuan et du blé, mais a
refusé de payer. Alors, il a pris une des vaches du maître ; pour cela, il eut
les mains coupées. Un autre berger qui s’est opposé à ce que sa femme lui soit
prise par son seigneur a eu les mains broyées. Il y avait les images
d’activistes communistes dont le nez et la lèvre supérieure ont été coupées et
celles d’une femme qui a été violée, et puis, dont le nez a été coupé en
tranches. (19)
D’anciens
visiteurs du Tibet commentent le despotisme théocratique. En 1895, un anglais,
le docteur A. L. Waddell, a écrit que la population était sous la "tyrannie
intolérable de moines" et les superstitions diaboliques qu’ils avaient
fabriquées pour terroriser les gens. En 1904, Perceval Landon a décrit
l’autorité du Dalaï-lama comme "une machine d’oppression". À peu près
au même moment, un autre voyageur anglais, le Capitaine W.F.T. O’Connor, a
observé que "les grands propriétaires terriens et les prêtres .. exercent
chacun dans leur domaine respectif un pouvoir despotique sans aucun
appel", tandis que les gens sont "opprimés par une fabrique de
prêtres et de monachisme des plus monstrueuses". Les dirigeants tibétains
ont "inventé des légendes dégradantes et ont stimulé un esprit de
superstition" parmi le peuple. En 1937, un autre visiteur, Spencer
Chapman, a écrit, "le moine lamaïste ne passe pas son temps à administrer
les gens ou à les éduquer…. Le mendiant sur le bord de la route n’est rien pour
le moine. La connaissance est la prérogative jalousement gardée des monastères
et est utilisée pour augmenter leur influence et leur richesse." (20)
Occupation
et révolte
Les
communistes chinois ont occupé le Tibet en 1951, revendiquant la souveraineté
sur ce pays. Le traité de 1951 prévoyait l’autonomie apparente sous l’autorité
du Dalaï-lama, mais confiait à la Chine le contrôle militaire et le droit
exclusif de conduire les relations avec l’étranger. Les Chinois disposaient
aussi d’un rôle direct dans l’administration interne "pour promouvoir des
réformes sociales". D’abord, ils réformèrent lentement, comptant surtout
sur la persuasion comme tentative pour effectuer le changement. Parmi les
premières réformes qu’ils ont appliquées, il y avait la réduction des taux
d’intérêt usuraires et la construction de quelques hôpitaux et de routes.
"Contrairement à la croyance populaire à l’Ouest", écrit un observateur,
les Chinois "prirent soin de montrer du respect pour la culture et la
religion tibétaines". Aucune propriété aristocratique ou monastique n’a
été confisquée, et les seigneurs féodaux continuèrent à régner sur les paysans
qui leur étaient héréditairement attachés." (21)
Les
seigneurs et les lamas tibétains avaient vu les Chinois aller et venir au cours
des siècles et avaient joui de bonnes relations avec le Generalissimo Chiang
Kaishek et son pouvoir réactionnaire sur la Chine avec le Kuomintang. (22)
L’approbation du gouvernement Kuomintang était nécessaire pour valider le choix
du Dalaï-lama et du Panchen Lama. Quand le jeune Dalaï-lama a été installé à
Lhassa, c’était avec une escorte armée des troupes chinoises et un ministre
chinois conformément à la tradition vieille de plusieurs siècles. Ce qui
contrariait les seigneurs et lamas tibétains, c’était que ces derniers chinois
étaient des communistes. C’était seulement une question de temps, ils en
étaient sûrs, avant que les Communistes ne commencent à imposer leurs solutions
collectivistes égalitaires au Tibet.
En
1956-57, des bandes armées tibétaines tendirent une embuscade à des convois de
l’Armée Populaire de Libération chinoise. Le soulèvement reçut un appui
important de la Central Intelligence Agency américaine (C.I.A.), comprenant un
entraînement militaire, des camps d’appui au Népal et de nombreux ponts
aériens. (23) Pendant ce temps, aux Etats-Unis, la Société américaine pour une
Asie libre, un front de la C.I.A., avait énergiquement fait la publicité de la
cause de la résistance tibétaine avec le frère aîné du Dalaï-lama, Thubtan
Norbu, qui jouât un rôle actif dans ce groupe. Le second frère aîné du
Dalaï-lama, Gyalo Thondup, mis sur pied une opération de renseignements avec la
C.I.A. en 1951. Il remit ça plus tard dans une unité de guérilla entraînée par
la C.I.A. dont les recrues furent parachutées à nouveau au Tibet. (24)
Beaucoup
de commandos et d’agents tibétains que la C.I.A. avait déposé dans le pays
étaient les chefs de clans aristocratiques ou les fils des chefs. Pour nonante
pour cent d’entre eux, on n’en entendit jamais plus parler, selon un rapport de
la C.I.A. elle-même, signifiant en cela qu’ils avaient probablement étaient
capturés ou tués. (25) "Beaucoup de lamas et de membres séculiers de
l’élite et le gros de l’armée tibétaine ont rejoint le soulèvement, mais, en
général, la population ne l’a pas fait, ce qui entraîna son échec", écrit
Hugh Deane. (26) Dans leur livre sur le Tibet, Ginsburg et Mathos arrivent à
une conclusion semblable : "Autant qu’il peut être vérifié, la plupart du
peuple de Lhassa et de la campagne attenante ne rejoignis pas le combat contre
les Chinois, aussi bien quand il commença qu’au cours de son déroulement."
(27) Finalement, la résistance s’effondra. Les
communistes entrent
Quels
que furent les maux et les nouvelles oppressions introduits par les chinois au
Tibet après 1959, ils ont supprimé l’esclavage et le système de servage de
travail impayé et mirent un terme aux flagellations, aux mutilations et aux
amputations comme méthodes de sanctions criminelles. Ils ont éliminé les
nombreux impôts écrasants, commencé des projets de grands travaux et ont
énormément réduit le chômage et la mendicité. Ils ont instauré l’éducation
laïque, brisant ainsi le monopole de l’éducation des monastères. Ils ont mis en
place la distribution d’eau courante et d’électricité dans Lhassa. (28)
Heinrich
Harrer (il fut ultérieurement révélé que Harrer avait été un sergent dans les
SS d’Hitler) a écrit un best-seller racontant ses expériences au Tibet et qui a
été montré dans un film populaire de Hollywood. Il rapporta que les Tibétains
qui ont résisté aux Chinois "étaient principalement les nobles, les
semi-nobles et les lamas ; ils ont été punis en étant contraint de devoir exécuter
les tâches les plus humbles, comme travailler sur des routes et des ponts. Ils
furent encore plus humiliés par le fait de devoir nettoyer la ville avant
l’arrivée des touristes". Ils ont aussi dû vivre dans un camp à l’origine
réservé aux mendiants et aux vagabonds. (29)
En
1961, les Chinois ont exproprié les propriétés foncières tenues par les
seigneurs et les lamas et ont réorganisé les paysans en centaines de communes.
Ils distribuèrent des centaines de milliers d’acres à des fermiers locataires
et à des paysans sans terre. Les troupeaux qui appartenaient auparavant à la
noblesse ont été rendu à des collectifs de bergers pauvres. Des améliorations
ont été faites dans la reproduction du bétail et des nouvelles variétés de
légumes et des nouvelles souches de blé et d’orge ont été introduites ; avec
des améliorations en matière d’irrigation, tout cela aurait mené à une
augmentation de la production agraire. (30)
Beaucoup
de paysans sont restés aussi religieux qu’avant, donnant l’aumône au clergé.
Mais les nombreux moines qui avaient été enrôlés de force dans les ordres
religieux quand ils étaient enfants étaient maintenant libres de renoncer à la
vie monastique, ce que des milliers ont fait, particulièrement les plus jeunes.
Le clergé restant a vécu sur des bourses modestes dispensées par le
gouvernement et sur le revenu supplémentaire gagné en officiant des services de
prière, des mariages et des obsèques. (31)
Tant
le Dalaï-lama que son conseiller et frère le plus jeune, Tendzin Choegyal, ont
prétendu que "plus de 1,2 millions de Tibétains sont morts en conséquence
de l’occupation chinoise." (32) Mais le recensement officiel de 1953 - six
ans avant les sévères mesures chinoises - a enregistré la population entière
résidant au Tibet au nombre de 1.274.000. (33) D’autres comptes de recensement
évaluent la population tibétaine ethnique dans le pays à environ deux millions.
Si les Chinois avaient tué 1,2 millions de Tibétains au début des années 1960,
alors des villes entières et d’importantes parties de la campagne, en fait
presque tout le Tibet, auraient été dépeuplé, transformé en un champ de
batailles parsemé de camps de la mort et de charniers - dont nous n’avons vu
aucune preuve. Les minces forces armées chinoises présentes au Tibet n’étaient
pas assez importantes pour regrouper, pourchasser et exterminer autant de
personnes même si elles y avaient consacré tout leur temps en ne faisant rien
d’autre.
Les
autorités chinoises reconnaissent "des erreurs", particulièrement
pendant la Révolution Culturelle en 1966-76 quand la persécution religieuse a
atteint une haute vague tant en Chine qu’au Tibet. Après le soulèvement à la
fin des années 1950, des milliers de Tibétains ont été incarcérés. Pendant le
Grand bond en avant, la collectivisation obligatoire et l’agriculture de grain
ont été imposées à la paysannerie, parfois avec un effet désastreux. À la fin
des années 1970, la Chine a commencé à relâcher le contrôle sur le Tibet
"et a essayé de réparer certains des dégâts provoqué pendant les deux
décennies précédentes." (34)
En
1980, le gouvernement chinois a amorcé des réformes censément conçues pour
accorder au Tibet un degré plus grand d’autonomie et d’auto-administration. Les
Tibétains seraient dès lors autorisé à cultiver des parcelles privées, à vendre
leurs surplus de moisson, à décider eux-mêmes quel produit cultiver et à garder
des yaks et des moutons. La communication avec le monde extérieur était de
nouveau permise et les contrôles aux frontières furent facilités pour permettre
aux Tibétains de visiter des parents exilés en Inde et au Népal. (35)
Dans
les années 1990, les Hans, le plus grand groupe ethnique comprenant plus de 95
pour cent de la population énorme de la Chine, ont commencé à se déplacer en
nombre substantiel au Tibet et dans diverses provinces occidentales. Dans les
rues de Lhassa et de Shigatse, les signes de la prééminence han sont aisément
visibles. Les Chinois dirigent les usines et beaucoup des magasins et des
stands de vente. De grands immeubles de bureaux et de grands centres commerciaux
ont été construits avec des fonds qui auraient été mieux dépensés pour des
usines de traitement d’eau et des logements. Les cadres chinois au Tibet ont
souvent considéré leurs voisins tibétains comme arriérés et paresseux, ayant
besoin d’un développement économique et d’une "éducation
patriotique". Pendant les années 1990, des employés du gouvernement
tibétain soupçonnés d’entretenir des sympathies nationalistes ont été licenciés
et des campagnes ont été lancées pour discréditer le Dalaï-lama. Des Tibétains
ont, selon certaines sources, été arrêtés, emprisonnés et soumis au travail
obligatoire pour avoir mené des activités séparatistes et s’être engagé dans
"la subversion" politique. Certaines des personnes appréhendées ont
été retenues en détention administrative sans eau et alimentation adéquates,
sans couvertures, sujettes à des menaces, des coups et d’autres mauvais
traitements. (36)
Les
règlements de planning familial chinois permettent une limite de trois enfants
par familles tibétaines. (Pendant des années, les familles hans étaient
soumises à la limite de l’enfant unique) Si un couple dépasse la limite, les
enfants en excès peuvent être interdits d’accès à la garderie subventionnée,
aux services médicaux, au logement et à l’éducation. Ces pénalités ont été
appliquées de manière irrégulière et varièrent selon le district. Par ailleurs,
l’histoire, la culture et la religion tibétaines sont négligées dans les
écoles. Les matériels pédagogiques, quoique traduits en tibétain, se
concentrent sur l’histoire et la culture chinoises. (37)
|

Élites,
émigrés et la C.I.A.Pour
les lamas et les seigneurs riches, l’intervention communiste était une
calamité. La plupart d’entre eux se sont enfuis à l’étranger, ainsi fît le
Dalaï-lama lui-même, qui a été aidé dans sa fuite par la C.I.A. Certains ont
découvert avec horreur qu’ils devraient travailler pour vivre. Pourtant,
pendant les années 1960, la communauté tibétaine en exil a secrètement empoché
1,7 millions de $ par an provenant de la C.I.A. selon des documents rendus
publics par le Département d’Etat en 1998. Une fois que ce fait a été rendu
public, l’organisation du Dalaï-lama lui-même a publié une déclaration
admettant qu’il avait reçu des millions de dollars de la C.I.A. pendant les
années 1960 pour envoyer des escadrons armés d’exilés au Tibet pour saper la
révolution maoïste. Le revenu annuel du Dalaï-lama dispensé par le C.I.A. était
de 186.000 $. Les services secrets indiens l’ont aussi financé ainsi que
d’autres exilés tibétains. Il a refusé de dire si lui ou ses frères
travaillaient pour la C.I.A. L’agence s’est aussi abstenue de faire des
commentaires. (38)
En
1995, le News & Observer de Raleigh en Caroline du Nord, a publié en
couverture une photographie couleur montrant le Dalaï-lama recevant l’accolade
du sénateur Républicain réactionnaire Jesse Helms, sous le titre "le
Bouddhiste fascine le Héros des droits religieux". (39) En avril 1999,
avec Margareth Thatcher, le Pape Jean Paul II et George Bush premier, le
Dalaï-lama a lancé un appel au gouvernement britannique afin qu’il libère
Augusto Pinochet, l’ancien dictateur fasciste du Chili et un client de longue
date de la C.I.A. et qui avait été appréhendé alors qu’il était en visite en
Angleterre. Il a vivement recommandé que Pinochet ne soit pas forcé d’aller en
Espagne où il était requis par un juge espagnol pour passer en justice pour des
crimes contre l’humanité.
Aujourd’hui,
surtout via la National Endowment for Democracy (NED) et d’autres canaux qui
sonnent plus respectablement que la C.I.A., le Congrès US continue d’allouer 2
millions de $ par an aux Tibétains en Inde, plus quelques millions
complémentaires pour "des activités démocratiques" dans la communauté
d’exil tibétaine. Le Dalaï-lama obtient aussi de l’argent du financier George
Soros, qui dirige Radio Free Europe/Radio Liberty, la radio créée par la
C.I.A., ainsi que d’autres instituts. (40)
La
question de la culture
On
nous a dit que quand le Dalaï-lama gouvernait le Tibet, le peuple vivait dans
une symbiose satisfaisante et tranquille avec leurs seigneurs monastiques et
séculiers, selon un ordre social fondé sur une culture profondément spirituelle
et non violente inspirée par des enseignements religieux humains et pacifiques.
La culture religieuse tibétaine était le ciment social et le baume réconfortant
qui maintenaient les lamas riches et les paysans pauvres liés spirituellement
et … pour soutenir ces prosélytes qui considèrent le vieux Tibet comme un
modèle de pureté culturelle, un paradis terrestre.
On
peut se rappeler les images idéalisées de l’Europe féodale présentées par des
catholiques conservateurs contemporains comme G. K. Chesterton et Hilaire
Belloc. Pour eux, la chrétienté médiévale était un monde de paysans satisfaits
vivant dans un lien spirituel profond avec leur Église, sous la protection de
leurs seigneurs. (41) A nouveau, nous sommes invités à accepter une culture
particulière selon ses propres canons, qui signifie l’accepter tel qu’elle est
présentée par sa classe privilégiée, par ceux du sommet qui en ont profité le
plus. L’image du Shangri-La du Tibet n’a pas plus de ressemblance avec la
réalité historique que ne l’a l’image idéalisée de l’Europe médiévale.
Quand
il est vu dans toute son effroyable réalité, le vieux Tibet confirme que la
culture n’est absolument pas neutre. La culture peut faire office de couverture
de légitimation à une foule de graves injustices, bénéficiant à une portion de
la population d’une société au grave détriment d’autres segments de cette
population. Dans le Tibet théocratique, les intérêts dominants manipulaient la
culture traditionnelle pour consolider leur richesse et leur pouvoir. La
théocratie assimilait les pensées et les actions rebelles à des influences
sataniques. Elle propageait la supposition générale de la supériorité du seigneur
et de l’infériorité du paysan. Le riche était représenté comme méritant sa
belle vie et le pauvre comme méritant sa misérable existence, le tout codifié
en enseignements à propos de la succession karmique des vertus et des vices
issus de vies passées et présenté comme l’expression de la volonté de Dieu.
Il
pourrait être dit que nous, citoyens du monde laïc moderne, ne pouvons pas
saisir les équations du bonheur et de la douleur, le contentement et la coutume
qui caractérisent des sociétés plus traditionnellement spirituelles. Cela peut
être vrai et cela peut expliquer pourquoi certains d’entre nous idéalisent de
telles sociétés. Mais tout de même, un œil énucléé est un œil énucléé, une
flagellation est une flagellation, et l’exploitation oppressante des serfs et
des esclaves est toujours une injustice de classe brutale quels que soient ses
emballages culturels. Il y a une différence entre un lien spirituel et un
esclavage humain, même quand tous les deux existent côte à côte.
Bon
nombre de Tibétains ordinaires souhaitent le retour du Dalaï-lama dans leur
pays mais il apparaît que relativement peu souhaite un retour à l’ordre ancien
qu’il représente. Une histoire publiée en 1999 dans le "Washington
Post" note qu’il continue à être révéré au Tibet, mais …
...
peu de Tibétains accueilleraient un retour des clans aristocratiques corrompus
qui se sont enfuis avec lui en 1959, et cela comprend la plus grande partie de
ses conseillers. Beaucoup de fermiers tibétains, par exemple, n’ont aucun
intérêt à recéder la terre qu’ils ont gagnée pendant la réforme agraire que la
Chine a imposée aux clans. Les anciens esclaves du Tibet disent qu’ils, eux
aussi, ne veulent pas que leurs anciens maîtres reviennent au pouvoir.
"J’ai
déjà vécu cette vie une fois auparavant", a dit Wangchuk, un ancien
esclave de 67 ans qui portait ses meilleurs vêtements pour son pèlerinage
annuel vers Shigatse, un des sites les plus saints du Bouddhisme tibétain. Il a
dit qu’il vénérait le Dalaï-lama, mais a ajouté, "je ne peux pas être libre
sous le communisme chinois, mais je suis dans de meilleures conditions que
quand j’étais un esclave." (42)
Kim
Lewis qui a étudié les méthodes de guérison avec un moine bouddhiste à Berkeley
en Californie a eu l’occasion de parler longuement avec plus d’une dizaine de
femmes tibétaines qui vivaient dans le bâtiment du moine. Quand elle demanda
comment elles se sentaient à l’idée de retourner dans leur pays d’origine, le
sentiment était unanimement négatif. Au début, Lewis pensait que leur
répugnance avait un rapport avec l’occupation chinoise mais elles l’informèrent
vite qu’il en était tout autrement. Elles dirent qu’elles étaient extrêmement
reconnaissante "de ne pas avoir du se marier à 4 ou 5 hommes, de ne pas
devoir être enceinte presque tout le temps", ou de devoir supporter des
maladies sexuellement transmissibles contractées par un mari errant. Les plus
jeunes femmes "étaient enchantées de recevoir une éducation et ne
voulaient absolument rien à voir avec une quelconque religion, et se demandaient
pourquoi les Américains étaient si naïfs". Elles racontèrent les histoires
des épreuves de leur grand-mère avec des moines qui les utilisaient comme
"épouses de sagesse", leur disant "qu’elles gagneraient
énormément de mérites en fournissant les ‘moyens de l’éblouissement’ – après
tout, Buddha avait besoin d’être avec une femme pour atteindre
l’illumination".
Les
femmes interviewées par Lewis parlèrent avec amertume au sujet de la
confiscation de leurs jeunes garçons par les monastères au Tibet. Quand un enfant
criait après sa mère, il lui était dit "Pourquoi la réclames-tu, elle t’a
abandonné – elle est juste une femme." Parmi les autres problèmes, il y
avait notamment "l’homosexualité endémique dans la secte Gelugpa. Tout
n’était pas parfait au Shangri-la", opine Lewis." (43)
Les
moines qui ont obtenu l’asile politique en Californie ont fait une demande pour
obtenir la sécurité sociale. Lewis, elle-même une partisane pendant un temps,
les a aidé pour les documents administratifs. Elle observe qu’ils continuent à
recevoir des chèques de la sécurité sociale d’un montant de 550 à 700 dollars
par mois avec Medicare et MediCal. En plus, les moines résident sans payer de
loyer dans d’agréables appartements équipés. "Ils ne paient aucune charge,
ils ont l’accès gratuit à internet avec des ordinateurs mis à leur disposition,
ainsi que des fax, des téléphones fixes et portables et la télévision
câblée." En plus, ils reçoivent un traitement mensuel de leur ordre. Et le
centre dharma prend une collection spéciale de ses membres (tous américains),
distinct de leurs devoirs de membres. Certains membres effectuent avec passion
les tâches ménagères pour les moines, notamment les courses chez l’épicier,
l’entretien de leurs appartements et leurs toilettes. Ces même saints hommes
"ne voient aucun problème à critiquer l’obsession des Américains pour les
choses matérielles". (44)
Soutenir
le renversement de la vieille théocratie féodale par la Chine ne signifie pas
applaudir à tout ce que fait l’autorité chinoise au Tibet. Ce point est
rarement compris par les adhérents du Shangri-La aujourd’hui à l’Ouest.
L’inverse
est aussi vrai. Dénoncer l’occupation chinoise ne signifie pas que nous devons
idéaliser l’ancien régime féodal. Une complainte commune parmi les prosélytes
bouddhistes à l’Ouest est que la culture religieuse du Tibet est sapée par
l’occupation. Cela semble vraiment être le cas. Nombre de monastères sont
fermés et la théocratie est passée dans l’histoire. Ce que je mets en doute ici
est la nature soi-disant admirable et essentiellement spirituelle de cette
culture d’avant l’invasion. En bref, nous pouvons préconiser la liberté
religieuse et l’indépendance pour le Tibet sans devoir embrasser la mythologie
d’un Paradis Perdu.
Finalement,
il devrait être noté que la critique posée ici ne doit pas être considérée
comme une attaque personnelle contre le Dalaï-lama. Quel que soit ses
associations passées avec la C.I.A. et certains réactionnaires, il parle
souvent de paix, d’amour et de non-violence. Et il ne peut lui-même être
réellement blâmé pour les abus de l’ancien régime, n’ayant que 15 ans quand il
s’enfuit en exil. En 1994, dans une interview avec Melvyn Goldstein, il dit en
privé qu’il était depuis sa jeunesse en faveur de la construction d’écoles,
"de machines" et de routes dans son pays. Il prétend qu’il pensait
que la corvée (travail forcé non payé d’un serf au profit du seigneur) et
certains impôts imposés aux paysans étaient "extrêmement mauvais". Et
il n’aimait pas la façon dont les gens étaient surchargés avec des vieilles
dettes parfois transmises de génération en génération. (45) En outre, il
propose maintenant la démocratie pour le Tibet, caractérisée par une
constitution écrite, une assemblée représentative et d’autres attributs
démocratiques essentiels. (46)
En
1996, le Dalaï-lama a fait un communiqué qui a du avoir un effet dérangeant
dans la communauté en exil. Il dit en partie ceci :
De
toutes les théories économiques modernes, le système économique marxiste est
fondé sur des principes moraux, tandis que le capitalisme n’est fondé que sur
le gain et la rentabilité. Le marxisme est basé sur la distribution de la
richesse sur une base égale et sur l’utilisation équitable des moyens de
production. Il est aussi concerné par le destin des travailleurs - qui sont la
majorité - aussi bien que par le destin d’entre ceux qui sont défavorisés et
dans le besoin, et le marxisme se soucie des victimes de minorités exploitées.
Pour ces raisons, le système m’interpelle et il semble juste ... Je me
considère moi-même comme demi-marxiste et demi-bouddhiste. (47)
Et
plus récemment, en 2001, en visitant la Californie, il a fait remarquer que
"le Tibet, matériellement, est très, très en arrière. Spirituellement, il
est tout assez riche. Mais la spiritualité ne peut pas remplir nos
estomacs." (48) Voici un message qui devrait être pris en compte par les
prosélytes bouddhistes bien alimentés en Occident qui dissertent avec nostalgie
sur le vieux Tibet.
Ce
que j’ai essayé de défier, ce sont le mythe du Tibet, l’image du Paradis perdu
d’un ordre social qui, en fait, n’était rien de plus qu’une théocratie
rétrograde de servage et de pauvreté, où une minorité privilégiée vivait
richement et puissamment au prix du sang, de la sueur et des larmes de la
majorité. On est loin du Shangri-la.Lire l'article original en
anglais:
Version anglaise, Friendly
Feudalism : The Tibet Myth, 18
novembre 2007 (écrit en janvier 2007: version mise à jour).
Michael Parenti Politcal
Archive
Version française sur le
site de Michel
Collon:
Notes :
1. Melvyn C. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon : China, Tibet, and
the Dalai Lama (Berkeley : University of California Press, 1995), 6-16.
2. Mark Juergensmeyer, Terror in the Mind of God, (Berkeley : University
of California Press, 2000), 113.
3. Kyong-Hwa Seok, "Korean Monk Gangs Battle for Temple Turf",
San Francisco Examiner, December 3, 1998.
4. Dalai Lama quoted in Donald Lopez Jr., Prisoners of Shangri-La :
Tibetan Buddhism and the West (Chicago and London : Chicago University Press,
1998), 205.
5. Stuart Gelder and Roma Gelder, The Timely Rain : Travels in New Tibet
(New York : Monthly Review Press, 1964), 119, 123.
6. Pradyumna P. Karan, The Changing Face of Tibet : The Impact of
Chinese Communist Ideology on the Landscape (Lexington, Kentucky : University
Press of Kentucky, 1976), 64.
7. Gelder and Gelder, The Timely Rain, 62 and 174.
8. As skeptically noted by Lopez, Prisoners of Shangri-La,
9. Melvyn Goldstein, William Siebenschuh, and Tashì-Tsering, The
Struggle for Modern Tibet : The Autobiography of Tashì-Tsering (Armonk, N.Y. :
M.E. Sharpe, 1997).
10. Gelder and Gelder, The Timely Rain, 110.
11. Anna Louise Strong, Tibetan Interviews (Peking : New World Press,
1929), 15, 19-21, 24.
12. Quoted in Strong, Tibetan Interviews, 25.
13. Strong, Tibetan Interviews, 31.
14. Melvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet 1913-1951 (Berkeley :
University of California Press, 1989), 5.
15. Gelder and Gelder, The Timely Rain, 175-176 ; and Strong, Tibetan
Interviews, 25-26.
16. Gelder and Gelder, The Timely Rain, 113.
17. A. Tom Grunfeld, The Making of Modern Tibet rev. ed. (Armonk, N.Y.
and London : 1996), 9 and 7-33 for a general discussion of feudal Tibet ; see
also Felix Greene, A Curtain of Ignorance (Garden City, N.Y. : Doubleday,
1961), 241-249 ; Goldstein, A History of Modern Tibet 1913-1951, 3-5 ; and
Lopez, Prisoners of Shangri-La, passim.
18. Strong, Tibetan Interviews, 91-92.
19. Strong, Tibetan Interviews, 92-96.
20. Waddell, Landon, and O’Connor are quoted in Gelder and Gelder, The
Timely Rain, 123-125.
21. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, 52.
22. Heinrich Harrer, Return to Tibet (New York : Schocken, 1985), 29.
23. See Kenneth Conboy and James Morrison, The CIA’s Secret War in Tibet
(Lawrence, Kansas : University of Kansas Press, 2002) ; and William Leary,
"Secret Mission to Tibet", Air & Space, December 1997/January
1998.
24. On the CIA’s links to the Dalai Lama and his family and entourage,
see Loren Coleman, Tom Slick and the Search for the Yeti (London : Faber and
Faber, 1989).
25. Leary, "Secret Mission to Tibet".
26. Hugh Deane, "The Cold War in Tibet", CovertAction
Quarterly (Winter 1987).
27. George Ginsburg and Michael Mathos, Communist China and Tibet
(1964), quoted in Deane, "The Cold War in Tibet". Deane notes that
author Bina Roy reached a similar conclusion.
28. See Greene, A Curtain of Ignorance, 248 and passim ; and Grunfeld,
The Making of Modern Tibet, passim.
29. Harrer, Return to Tibet, 54.
30. Karan, The Changing Face of Tibet, 36-38, 41, 57-58 ; London Times,
4 July 1966.
31. Gelder and Gelder, The Timely Rain, 29 and 47-48.
32. Tendzin Choegyal, "The Truth about Tibet", Imprimis
(publication of Hillsdale College, Michigan), April 1999.
33. Karan, The Changing Face of Tibet, 52-53.
34. Elaine Kurtenbach, Associate Press report, San Francisco Chronicle,
12 February 1998.
35. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, 47-48.
36. Report by the International Committee of Lawyers for Tibet, A
Generation in Peril (Berkeley Calif. : 2001), passim.
37. International Committee of Lawyers for Tibet, A Generation in Peril,
66-68, 98.
38. Jim Mann, "CIA Gave Aid to Tibetan Exiles in ’60s, Files
Show", Los Angeles Times, 15 September 1998 ; and New York Times, 1
October, 1998 ; and Morrison, The CIA’s Secret War in Tibet.
39. News & Observer, 6 September 1995, cited in Lopez, Prisoners of
Shangri-La, 3.
40. Heather Cottin, "George Soros, Imperial Wizard",
CovertAction Quarterly no. 74 (Fall 2002).
41. The Gelders draw this comparison, The Timely Rain, 64.
42. John Pomfret, "Tibet Caught in China’s Web", Washington
Post, 23 July 1999.
43. Kim Lewis, correspondence to me, 15 July 2004.
44. Kim Lewis, additional correspondence to me, 16 July 2004.
45. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, 51.
46. Tendzin Choegyal, "The Truth about Tibet."
47. The Dalai Lama in Marianne Dresser (ed.), Beyond Dogma : Dialogues
and Discourses (Berkeley, Calif. : North Atlantic Books, 1996).
48. Quoted in San Francisco Chronicle, 17 May 2001.
Mondialisation.ca,
Le 17 mars 2008
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