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Un parfum
d'aventure…
Il
y a bien longtemps que j'ai succombé aux charmes de Djibouti. Méditerranéen, je
suis particulièrement sensible à cette Afrique de l'Est si différente de celle
que j'ai parcourue à l'ouest. Ce pays de métissage, point de jonction entre le
Continent noir et l'Arabie, aux paysages à couper le souffle, à la lumière
intense et à la chaleur étouffante qu'il faut combattre jusqu'au soir, ne peut
laisser indifférent.
Djibouti évoque dans
l'imaginaire un nom au parfum d'aventure. En effet, le pays a été, pendant des
décennies, source d'inspiration pour de nombreux écrivains. Comme l'a si bien
décrit le journaliste français Albert Londres dans Pêcheur de perles, "
Djibouti n'est pas une conquête. Ce point fut acheté par la France au sultan de
Tadjourah. Exactement trois rochers dans la mer, avec quelques écueils autour,
mais tel qu'il était, il avait séduit la France. Notre drapeau claquait déjà
sur Obock, tout près dans les parages. (…) Ainsi, sur cette terre que la
France avait tirée du néant, vit -on d'abord la perle, l'arme et l'esclave.
"
Nombreux sont ceux qui
ont tenté leur chance à Djibouti. Arthur Rimbaud, qui inspirera la littérature
et la poésie du XXe siècle, ou Henry de Monfreid, l'aventurier, boulimique
d'action, qui y trouva un espace de liberté à la mesure de ses ambitions. Le
grand reporter Joseph Kessel, qui enquêtera avec lui sur le trafic d'esclaves
en mer Rouge, tombera amoureux des paysages volcaniques du lac Assal, dans la
vallée du Rift. " A perte de vue, comme un fer à cheval hérissé de
pointes, se profilaient des crêtes frappées de soleil. Epousant la courbe des
monts qui les portaient, on voyait d'abord une cascade de pierres noires et, au
bas de cette immobile et sombre avalanche, la baie de Goubbet-Kharab et plus loin
le golfe de Tadjourah. Près du rivage, deux îles aiguës cernaient une crique
harmonieuse où, doucement, se balançait une voile. " (Fortune carrée). 
Plus près de nous, Hugo
Pratt place ses deux héros d'un épisode des Scorpions du désert, l'officier
polonais Koinsky servant dans l'armée britannique et son ami lieutenant de la
Motte , dans le décor d'Obock et de Djibouti. Dans ses aquarelles, il recrée
cette atmosphère où le ciel se marie si justement avec le sable, la lave, la
mer. En rêvant, je retrouve dans ma mémoire cette lumière du désert.
Comme de nombreux
auteurs, j'ai été fasciné par le paysage des trois frontières, un endroit tout
à la fois mythique. Ce pays du rêve et de l'imaginaire est en effet d'une
richesse et d'une beauté éblouissantes, avec sa côte magnifique, aux eaux très
poissonneuses, ou ses curiosités naturelles comme le lac Assal. Le décor y est
apocalyptique, avec ses volcans de lave noire qui surplombent une étendue d'eau
bordée de sel.
Il y a quelques années,
après que j'eus quitté le gouvernement français dans des conditions
douloureuses, Djibouti a été pour moi un refuge. Loin des pressions et de
l'agitation parisienne, accueilli et entouré par mes amis, j'ai pu me
ressourcer à l'occasion de promenades et de longues conversations.
Outre ses paysages, ce
qui m'a le plus marqué lors de mes nombreux voyages à Djibouti, ce sont ses
habitants, dont j'admire par-dessus tout la dignité. Originaire du Maghreb, je
suis très sensible au mélange d'influences avec l'Arabie. Au " pays des
braves ", les 800 000 habitants sont afars et somalis. Ces guerriers
légendaires sont des pasteurs nomades. Ce sont aussi des navigateurs. La
créativité de ces hommes fiers se manifeste notamment dans l'architecture, mais
aussi dans la splendeur des figures de proue de leurs boutres, les embarcations
traditionnelles.
Les liens avec la France
, dont Djibouti a obtenu l'indépendance en 1977, restent aujourd'hui très
forts. Son premier président Hassan Gouled Aptidon, a été acclamé unanimement
lors de son arrivée au pouvoir. Cet homme de caractère, ce père de la nation
qui a tant fait pour son pays et que j'ai bien connu, nous a quittés en 2006.
Il m'a souvent confié qu'il tenait à une relation privilégiée avec la France ,
et Ismaïl Omar Guelle, son successeur, rappelle aujourd'hui, à juste titre, que
Djibouti est un îlot francophone dans cette Afrique de l'Est. Le président a
lancé de grands projets d'infrastructure pour développer l'économie nationale.
Il a, pour Djibouti, une ambition qu'autorise l'exceptionnelle position
géostratégique de ce pays.
Avec ses 370 km de côtes,
le pays est une porte d'entrée du Continent noir permettant d'acheminer des
marchandises jusqu'en Afrique centrale.
Les autorités et les
entreprises djiboutiennes sont en train de relever un défi de taille : agrandir
les installations portuaires pour faire concurrence aux ports voisins, comme
celui d'Aden, et moderniser la mythique voie ferrée qui relie Djibouti à
Addis-Abeba. Ses 23 000 km² représentent un havre de stabilité dans une région
troublée par les tensions entre les voisins éthiopien et érythréen, à la
frontière d'une Somalie où règne encore le chaos. Consciente que, pour son
développement, une normalisation de la situation dans les pays voisins est
primordiale, Djibouti, sous l'impulsion de son président, s'est fortement
impliquée pour favoriser le dialogue entre les belligérants, confirmant le rôle
essentiel de la jeune république dans la sous-région.
La France se doit de
rester un partenaire efficace et attentif de ce pays qui connaît un nouvel
essor et dont l'activité économique en Afrique de l'Est est remarquable. 
Une nouvelle
indépendance. Une page de l'histoire s'est tournée, dans la nuit du 26 au 27
juin 1977. A minuit exactement, le drapeau bleu, vert et blanc frappé
d'une étoile rouge est hissé au fronton des bâtiments officiels.
Djibouti, pays de 23 200
km², grand comme trois fois la Corse et alors pas plus peuplé qu'elle, accède à
l'indépendance. C'était, avec Mayotte, le dernier confetti de l'empire colonial
français d'Afrique.
L'emprise coloniale.
C'est en mars 1862 que Dini Ahmed Aboubeker, l'émissaire du sultan de la rade
d'Obock à Napoléon III contre 10 000 thalers d'argent, l'équivalent de 55 000
francs -or. Longtemps, les coloniaux s'étaient contentés de laisser flotter l'emblème
tricolore sur un poste tenu par des gardes autochtones. Mais, à partir de 1884,
la pénétration anglaise et italienne en mer Rouge incita Léonce Lagarde, le
commandant du poste d'Obock, à repousser les limites du domaine français.
Habilement, il multiplia les traités avec les chefs afars et somalis. Et
engagea en parallèle un rapprochement avec son ami le roi du Choa, le futur
Ménélik II d'Ethiopie.
En 1895, changement
d'orientation : Djibouti, ville créée de toutes pièces, supplante Obock et lui
ravit le statut de capitale. Un an plus tard, l'ensemble du territoire
prend le nom de Côte française des Somalis.
Une vocation
maritime précoce. Un chemin de fer long 783 km reliant la colonie à Addis
-Abeba, via Diré-Dawa, est inauguré en 1917 : Djibouti affirme sa vocation
commerciale et maritime en devenant la porte d'entrée de l'Ethiopie enclavée.
Vocation confortée par la création du port franc, en 1949, et d'une monnaie
forte et stable, librement convertible et régime de change exceptionnel qui, par
-delà les aléas politiques, s'est perpétué jusqu'à nos jours et constitue la
garantie indispensable au développement des activités portuaires et marchandes.
Le passage du statut de colonie à celui de
territoire d'outre -mer, en 1958, et un énième changement d'appellation, l'ex
-colonie devenant le Territoire français des Afars et des Issas, ne suffisent
pas à contrarier la puissante aspiration des Djiboutiens à l'indépendance.
Après dix années d'agitation politique et sociale et d'une lutte sourde, acharnée, parfois
violente, la Ligue populaire africaine pour l'indépendance, créée par Hassan
Gouled Aptidon, le père de la nation, triomphe. Elle remporte le référendum
d'autodétermination du 8 mai 1977 et, dans la foulée, les élections
législatives. |

" Unité, Egalité
et Paix ". L'indépendance intervient dans un contexte d'extrême tension
et, à la vérité, personne ne parie sur la survie du jeune Etat, qui s'est
choisi pour devise " Unité, Egalité et Paix ". Somaliens et
Ethiopiens se déchirent pour l'Ogaden, ce qui n'empêche pas Mengistu comme
Siyad Barre, les maîtres d'Addis - Abeba et de Mogadiscio, d'affirmer leurs
prétentions sur Djibouti. Mais le maintien d'une forte présence militaire
française - une base permanente, dont les effectifs, initialement de 4 500
hommes, ont été ramenés à 2800 - permet de soustraire le pays aux convoitises
de ses puissants voisins. Djibouti s'affirme comme une oasis de stabilité et,
en dépit de l'afflux de milliers de réfugiés, connaît un essor spectaculaire.
Dirigé avec un mélange de paternalisme et d'autoritarisme par Hassan Gouled
Aptidon, le nouvel Etat embauche des fonctionnaires à tour de bras,
subventionne les services publics, octroie des bourses aux étudiants, inaugure
des routes. Le revenu par habitant s'envole. Le niveau de la dette aussi.
Années 1990 : Les
temps incertains. Cet âge d'or, qui était aussi celui du parti unique, le
Rassemblement populaire pour le progrès (RPP), dure une décennie. La chute du
mur de Berlin, qui provoque la marginalisation stratégique de la région de la
Corne , et les difficultés économiques font entrer le pays dans une zone de
turbulences.
La question communautaire
se réveille brutalement, et la contestation des Afars prend une tournure
inquiétante avec la naissance du Front pour la restauration de l'unité et de la
démocratie (FRUD), qui se dote d'une branche armée en 1991. L'insurrection, qui
dure plusieurs années, laisse un pays exsangue, fracturé, au bord de la
banqueroute. En 1992, cependant, l'instauration d'un multipartisme encadré (limité
à quatre formations politiques) est un premier signe tangible d'ouverture.
Celle -ci est prolongée par le début des négociations de paix. Un homme s'y
implique résolument : Ismaïl Omar Guelleh. Directeur de cabinet et homme de
confiance du président Gouled Aptidon, il supervise les discussions qui
aboutissent aux accords de paix du 24 décembre 1994, parachevés par ceux du 12
mai 2001, qui apporteront une solution définitive au conflit. Un véritable tour
de force, obtenu sans médiation d'un pays tiers. Ismaïl Omar Guelleh,
réformateur et visionnaire. Auréolé de ce succès, Ismaïl Omar Guelleh,
affectueusement surnommé " IOG " par ses compatriotes, est choisi
pour porter les couleurs du RPP lors de la première élection présidentielle
pluraliste de l'histoire djiboutienne, le 9 avril 1999. Jeune - il est alors
âgé de 55 ans -, à la fois politique et technocrate, il incarne la relève. S'il
fait du retour à la paix et de la consolidation de la démocratie ses priorités,
l'homme, qui dispose de solides amitiés dans le Golfe, nourrit de grandes
ambitions pour son pays. Son rêve : transformer Djibouti en un Dubaï de la
Corne de l'Afrique. Sa vision est plébiscitée par les électeurs et il rallie
près de 75% des suffrages. Mais les caisses sont vides, la cure d'austérité
imposée par les bailleurs de fond internationaux pour sauver l'Etat de la
banqueroute ne laissent guère de marge de manœuvre dans un premier temps.
Il doit d'abord assainir
et libéraliser. Avant de séduire et convaincre les investisseurs de prêter attention
aux potentialités inexploitées de son pays situé au carrefour des routes
maritimes de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, possédant des atouts
touristiques extraordinaires, une population à l'hospitalité légendaire et un
environnement propice aux affaires.
Doraleh, le chantier du
siècle. La première décision stratégique du nouveau président concerne le port,
dont l'activité constitue à la fois la clé de voûte et le baromètre de
l'économie nationale. En 2001, sa gestion est confiée à la Dubaï Ports
Authority. Son fonctionnement est rationalisé, ses infrastructures sont
modernisées. Rapidement cependant, les pouvoirs publics et le concessionnaire
comprennent que l'outil est proche de la saturation et que, pour capter une
part croissante d'un trafic mondial en pleine expansion, le pays devra se doter
de nouveaux équipements.
En partenariat avec DP
World, les autorités décident de la construction d'un nouveau terminal à
containers, sur le site de Doraleh. Plus sûr, car situé à la périphérie de la
ville, ce mégacomplexe déjà partiellement opérationnel disposera d'une longueur
de quai de 2 000 mètres et d'un tirant d'eau de 18 mètres contre 4 mètres et 12
mètres pour le port autonome de Djibouti. La duplication du modèle qui a si
bien réussi à Dubaï serait imparfaite sans une zone franche industrielle et
commerciale. Adjacente au port, et destinée à renforcer son attractivité et à
créer de la valeur ajoutée, la Djibouti Free Zone, qui s'étendra dans sa
configuration finale sur près de 300 hectares , est gérée par le leader mondial
des zones franches, Jebel Ali Free Zone International.
L'énergie au cœur du
nouveau schéma de développement. Pour combler les immenses besoins énergétiques
de l'Ethiopie - nation de 74 millions d'habitants - dont Djibouti est la porte
maritime depuis l'accession de l'Erythrée à l'indépendance, Djiboutiens et
Emiratis se lancent dans un autre chantier titanesque : la création, toujours à
Doraleh, d'un terminal pétrolier dont la capacité de stockage, dans la
configuration finale, avoisinera 360 000m3.
Cette splendide
réalisation, entrée en service en juin 2006, est l'un des plus importants
investissements jamais réalisés en Afrique de l'Est. Au total, plus de 600
millions de dollars ont déjà été injectés à Doraleh. Et ce n'est qu'un début,
car Djibouti a maintenant les faveurs des investisseurs du Golfe, d'Afrique du
sud, de Chine ou de Malaisie. Les mégaprojets se succèdent à un rythme effréné.
Le plus emblématique des chantiers à venir concerne encore le site de Doraleh :
une raffinerie, d'une capacité de 250 000 barils quotidiens, sortira de terre
d'ici à 2012. Elle sera financée, à hauteur de 4 milliards de dollars, par un
consortium privé koweïtien…
La riviera du Golfe
et de la Corne de l'Afrique. Djibouti, qui joue à fond la carte de
l'intégration régionale en exploitant son appartenance au Comesa, le marché
commun de l'Afrique australe et orientale, riche de 400 millions de
consommateurs, ambitionne de devenir la plate - forme de services de la sous-
région et un hub commercial international. Un Dubaï africain, en somme,
conformément à la vision du président Guelleh, ce qui lui a valu d'être réélu
en 2005 pour un second mandat de six ans.
Dix-huit mois plus tard,
les 15 et 16 novembre 2006, le pays organisait le 11e sommet du Comesa, en
présence d'une dizaine de chefs d'Etat.
Cet événement, le plus
important jamais organisé à Djibouti, a été mis à profit pour donner un sérieux
coup de neuf à la capitale, qui s'est dotée, sur l'îlot du Héron, d'un hôtel
ultramoderne de quatre cents chambres, le Kempinski Palace, d'un coût de 130
millions de dollars.
Avec l'activité
portuaire, le tourisme est l'autre grand moteur du développement économique.
Jadis négligé, le secteur fait désormais l'objet de toutes les attentions. Une
corniche et une marina sont en chantier dans la capitale, ainsi qu'un complexe
de luxe aux îles Moucha et Maskali.
Djibouti, qui cible une
importante clientèle d'affaires avide de dépaysement, a tous les atouts pour
séduire les voyageurs les plus exigeants : sublimes paysages minéraux,
spectaculaires fonds marins, failles géologiques, volcanisme, déserts.
Un nouveau contrat
social. Longtemps restée à l'état de vœu pieux, la diversification de
l'économie est en marche, et s'étend à l'agriculture et l'élevage. Mais le pays,
qui compte aujourd'hui près de 800 000 habitants, connaît d'autres mutations.
Une profonde modernisation politique et sociale est à l'œuvre. Le multipartisme
intégral a été instauré en 2002. La décentralisation, à travers la création de
cinq régions administratives dotées d'une large autonomie, et de conseils élus,
est une réalité depuis 2006.
L'approfondissement de la
démocratie passe aussi par une plus grande participation des femmes en
politique. Elles sont 15% à siéger au Parlement issu des élections du 8 février
2008.
L'Etat a vigoureusement
repris l'initiative sur le plan social. L'Initiative nationale pour le
développement social (INDS) doit, par exemple, permettre aux catégories les
plus fragiles de la population de profiter des fruits de la croissance. Une
université pluridisciplinaire a ouvert ses portes en 2006. Une école de
médecine, résultant d'une coopération tripartite impliquant les gouvernements
djiboutien et tunisien et l'Organisation mondiale de la santé a accueilli, le 4
novembre 2007, sa première promotion de trente-cinq élèves.
L'accent mis dans tous
les domaines sur la formation atteste la volonté des autorités de préparer
l'avenir. Diversification de l'économie et des partenariats, approfondissement
de la démocratie, justice sociale, investissements dans les infrastructures et
l'éducation, transformation des mentalités : trente ans après son accession à
la pleine souveraineté internationale, Djibouti s'est donné les moyens d'une
nouvelle indépendance.
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