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logo avril 2008 de Pyepimanla le Magazine Antillais



Un parfum d'aventure… 

Il y a bien longtemps que j'ai succombé aux charmes de Djibouti. Méditerranéen, je suis particulièrement sensible à cette Afrique de l'Est si différente de celle que j'ai parcourue à l'ouest. Ce pays de métissage, point de jonction entre le Continent noir et l'Arabie, aux paysages à couper le souffle, à la lumière intense et à la chaleur étouffante qu'il faut combattre jusqu'au soir, ne peut laisser indifférent.

Djibouti évoque dans l'imaginaire un nom au parfum d'aventure. En effet, le pays a été, pendant des décennies, source d'inspiration pour de nombreux écrivains. Comme l'a si bien décrit le journaliste français Albert Londres dans Pêcheur de perles, " Djibouti n'est pas une conquête. Ce point fut acheté par la France au sultan de Tadjourah. Exactement trois rochers dans la mer, avec quelques écueils autour, mais tel qu'il était, il avait séduit la France. Notre drapeau claquait déjà sur Obock, tout près dans les parages.  (…) Ainsi, sur cette terre que la France avait tirée du néant, vit -on d'abord la perle, l'arme et l'esclave. "

Nombreux sont ceux qui ont tenté leur chance à Djibouti. Arthur Rimbaud, qui inspirera la littérature et la poésie du XXe siècle, ou Henry de Monfreid, l'aventurier, boulimique d'action, qui y trouva un espace de liberté à la mesure de ses ambitions. Le grand reporter Joseph Kessel, qui enquêtera avec lui sur le trafic d'esclaves en mer Rouge, tombera amoureux des paysages volcaniques du lac Assal, dans la vallée du Rift. " A perte de vue, comme un fer à cheval hérissé de pointes, se profilaient des crêtes frappées de soleil. Epousant la courbe des monts qui les portaient, on voyait d'abord une cascade de pierres noires et, au bas de cette immobile et sombre avalanche, la baie de Goubbet-Kharab et plus loin le golfe de Tadjourah. Près du rivage, deux îles aiguës cernaient une crique harmonieuse où, doucement, se balançait une voile. " (Fortune carrée).

mosque djibouti photo d Eric Lafforgue

Plus près de nous, Hugo Pratt place ses deux héros d'un épisode des Scorpions du désert, l'officier polonais Koinsky servant dans l'armée britannique et son ami lieutenant de la Motte , dans le décor d'Obock et de Djibouti. Dans ses aquarelles, il recrée cette atmosphère où le ciel se marie si justement avec le sable, la lave, la mer. En rêvant, je retrouve dans ma mémoire cette lumière du désert.

Comme de nombreux auteurs, j'ai été fasciné par le paysage des trois frontières, un endroit tout à la fois mythique. Ce pays du rêve et de l'imaginaire est en effet d'une richesse et d'une beauté éblouissantes, avec sa côte magnifique, aux eaux très poissonneuses, ou ses curiosités naturelles comme le lac Assal. Le décor y est apocalyptique, avec ses volcans de lave noire qui surplombent une étendue d'eau bordée de sel.

Il y a quelques années, après que j'eus quitté le gouvernement français dans des conditions douloureuses, Djibouti a été pour moi un refuge. Loin des pressions et de l'agitation parisienne, accueilli et entouré par mes amis, j'ai pu me ressourcer à l'occasion de promenades et de longues conversations.

Outre ses paysages, ce qui m'a le plus marqué lors de mes nombreux voyages à Djibouti, ce sont ses habitants, dont j'admire par-dessus tout la dignité. Originaire du Maghreb, je suis très sensible au mélange d'influences avec l'Arabie. Au " pays des braves ", les 800 000 habitants sont afars et somalis. Ces guerriers légendaires sont des pasteurs nomades. Ce sont aussi des navigateurs. La créativité de ces hommes fiers se manifeste notamment dans l'architecture, mais aussi dans la splendeur des figures de proue de leurs boutres, les embarcations traditionnelles.

Les liens avec la France , dont Djibouti a obtenu l'indépendance en 1977, restent aujourd'hui très forts. Son premier président Hassan Gouled Aptidon, a été acclamé unanimement lors de son arrivée au pouvoir. Cet homme de caractère, ce père de la nation qui a tant fait pour son pays et que j'ai bien connu, nous a quittés en 2006. Il m'a souvent confié qu'il tenait à une relation privilégiée avec la France , et Ismaïl Omar Guelle, son successeur, rappelle aujourd'hui, à juste titre, que Djibouti est un îlot francophone dans cette Afrique de l'Est. Le président a lancé de grands projets d'infrastructure pour développer l'économie nationale. Il a, pour Djibouti, une ambition qu'autorise l'exceptionnelle position géostratégique de ce pays.

Avec ses 370 km de côtes, le pays est une porte d'entrée du Continent noir permettant d'acheminer des marchandises jusqu'en Afrique centrale.

Les autorités et les entreprises djiboutiennes sont en train de relever un défi de taille : agrandir les installations portuaires pour faire concurrence aux ports voisins, comme celui d'Aden, et moderniser la mythique voie ferrée qui relie Djibouti à Addis-Abeba. Ses 23 000 km² représentent un havre de stabilité dans une région troublée par les tensions entre les voisins éthiopien et érythréen, à la frontière d'une Somalie où règne encore le chaos. Consciente que, pour son développement, une normalisation de la situation dans les pays voisins est primordiale, Djibouti, sous l'impulsion de son président, s'est fortement impliquée pour favoriser le dialogue entre les belligérants, confirmant le rôle essentiel de la jeune république dans la sous-région.

La France se doit de rester un partenaire efficace et attentif de ce pays qui connaît un nouvel essor et dont l'activité économique en Afrique de l'Est est remarquable.

djibouti port de peche

 Une nouvelle indépendance. Une page de l'histoire s'est tournée, dans la nuit du 26 au 27 juin 1977. A  minuit exactement, le drapeau bleu, vert et blanc frappé d'une étoile rouge est hissé au fronton des bâtiments officiels.

Djibouti, pays de 23 200 km², grand comme trois fois la Corse et alors pas plus peuplé qu'elle, accède à l'indépendance. C'était, avec Mayotte, le dernier confetti de l'empire colonial français d'Afrique.

L'emprise coloniale. C'est en mars 1862 que Dini Ahmed Aboubeker, l'émissaire du sultan de la rade d'Obock à Napoléon III contre 10 000 thalers d'argent, l'équivalent de 55 000 francs -or. Longtemps, les coloniaux s'étaient contentés de laisser flotter l'emblème tricolore sur un poste tenu par des gardes autochtones. Mais, à partir de 1884, la pénétration anglaise et italienne en mer Rouge incita Léonce Lagarde, le commandant du poste d'Obock, à repousser les limites du domaine français. Habilement, il multiplia les traités avec les chefs afars et somalis. Et engagea en parallèle un rapprochement avec son ami le roi du Choa, le futur Ménélik II d'Ethiopie.

En 1895, changement d'orientation : Djibouti, ville créée de toutes pièces, supplante Obock et lui ravit le statut de capitale.  Un an plus tard, l'ensemble du territoire prend le nom de Côte française des Somalis.

 Une vocation maritime précoce. Un chemin de fer long 783 km reliant la colonie à Addis -Abeba, via Diré-Dawa, est inauguré en 1917 : Djibouti affirme sa vocation commerciale et maritime en devenant la porte d'entrée de l'Ethiopie enclavée. Vocation confortée par la création du port franc, en 1949, et d'une monnaie forte et stable, librement convertible et régime de change exceptionnel qui, par -delà les aléas politiques, s'est perpétué jusqu'à nos jours et constitue la garantie indispensable au développement des activités portuaires et marchandes.

Le passage du statut de colonie à celui de territoire d'outre -mer, en 1958, et un énième changement d'appellation, l'ex -colonie devenant le Territoire français des Afars et des Issas, ne suffisent pas à contrarier la puissante aspiration des Djiboutiens à l'indépendance. Après dix années d'agitation politique et sociale et d'une lutte sourde,
acharnée, parfois violente, la Ligue populaire africaine pour l'indépendance, créée par Hassan Gouled Aptidon, le père de la nation, triomphe. Elle remporte le référendum d'autodétermination du 8 mai 1977 et, dans la foulée, les élections législatives.

djibouti

 " Unité, Egalité et Paix ". L'indépendance intervient dans un contexte d'extrême tension et, à la vérité, personne ne parie sur la survie du jeune Etat, qui s'est choisi pour devise " Unité, Egalité et Paix ". Somaliens et Ethiopiens se déchirent pour l'Ogaden, ce qui n'empêche pas Mengistu comme Siyad Barre, les maîtres d'Addis - Abeba et de Mogadiscio, d'affirmer leurs prétentions sur Djibouti. Mais le maintien d'une forte présence militaire française - une base permanente, dont les effectifs, initialement de 4 500 hommes, ont été ramenés à 2800 - permet de soustraire le pays aux convoitises de ses puissants voisins. Djibouti s'affirme comme une oasis de stabilité et, en dépit de l'afflux de milliers de réfugiés, connaît un essor spectaculaire. Dirigé avec un mélange de paternalisme et d'autoritarisme par Hassan Gouled Aptidon, le nouvel Etat embauche des fonctionnaires à tour de bras, subventionne les services publics, octroie des bourses aux étudiants, inaugure des routes. Le revenu par habitant s'envole. Le niveau de la dette aussi.

 Années 1990 : Les temps incertains. Cet âge d'or, qui était aussi celui du parti unique, le Rassemblement populaire pour le progrès (RPP), dure une décennie. La chute du mur de Berlin, qui provoque la marginalisation stratégique de la région de la Corne , et les difficultés économiques font entrer le pays dans une zone de turbulences.

La question communautaire se réveille brutalement, et la contestation des Afars prend une tournure inquiétante avec la naissance du Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie (FRUD), qui se dote d'une branche armée en 1991. L'insurrection, qui dure plusieurs années, laisse un pays exsangue, fracturé, au bord de la banqueroute. En 1992, cependant, l'instauration d'un multipartisme encadré (limité à quatre formations politiques) est un premier signe tangible d'ouverture. Celle -ci est prolongée par le début des négociations de paix. Un homme s'y implique résolument : Ismaïl Omar Guelleh. Directeur de cabinet et homme de confiance du président Gouled Aptidon, il supervise les discussions qui aboutissent aux accords de paix du 24 décembre 1994, parachevés par ceux du 12 mai 2001, qui apporteront une solution définitive au conflit. Un véritable tour de force, obtenu sans médiation d'un pays tiers. Ismaïl Omar Guelleh, réformateur et visionnaire. Auréolé de ce succès, Ismaïl Omar Guelleh, affectueusement surnommé " IOG " par ses compatriotes, est choisi pour porter les couleurs du RPP lors de la première élection présidentielle pluraliste de l'histoire djiboutienne, le 9 avril 1999. Jeune - il est alors âgé de 55 ans -, à la fois politique et technocrate, il incarne la relève. S'il fait du retour à la paix et de la consolidation de la démocratie ses priorités, l'homme, qui dispose de solides amitiés dans le Golfe, nourrit de grandes ambitions pour son pays. Son rêve : transformer Djibouti en un Dubaï de la Corne de l'Afrique. Sa vision est plébiscitée par les électeurs et il rallie près de 75% des suffrages. Mais les caisses sont vides, la cure d'austérité imposée par les bailleurs de fond internationaux pour sauver l'Etat de la banqueroute ne laissent guère de marge de manœuvre dans un premier temps.

Il doit d'abord assainir et libéraliser. Avant de séduire et convaincre les investisseurs de prêter attention aux potentialités inexploitées de son pays situé au carrefour des routes maritimes de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, possédant des atouts touristiques extraordinaires, une population à l'hospitalité légendaire et un environnement propice aux affaires.

Doraleh, le chantier du siècle. La première décision stratégique du nouveau président concerne le port, dont l'activité constitue à la fois la clé de voûte et le baromètre de l'économie nationale. En 2001, sa gestion est confiée à la Dubaï Ports Authority. Son fonctionnement est rationalisé, ses infrastructures sont modernisées. Rapidement cependant, les pouvoirs publics et le concessionnaire comprennent que l'outil est proche de la saturation et que, pour capter une part croissante d'un trafic mondial en pleine expansion, le pays devra se doter de nouveaux équipements.

En partenariat avec DP World, les autorités décident de la construction d'un nouveau terminal à containers, sur le site de Doraleh. Plus sûr, car situé à la périphérie de la ville, ce mégacomplexe déjà partiellement opérationnel disposera d'une longueur de quai de 2 000 mètres et d'un tirant d'eau de 18 mètres contre 4 mètres et 12 mètres pour le port autonome de Djibouti. La duplication du modèle qui a si bien réussi à Dubaï serait imparfaite sans une zone franche industrielle et commerciale. Adjacente au port, et destinée à renforcer son attractivité et à créer de la valeur ajoutée, la Djibouti Free Zone, qui s'étendra dans sa configuration finale sur près de 300 hectares , est gérée par le leader mondial des zones franches, Jebel Ali Free Zone International. 

L'énergie au cœur du nouveau schéma de développement. Pour combler les immenses besoins énergétiques de l'Ethiopie - nation de 74 millions d'habitants - dont Djibouti est la porte maritime depuis l'accession de l'Erythrée à l'indépendance, Djiboutiens et Emiratis se lancent dans un autre chantier titanesque : la création, toujours à Doraleh, d'un terminal pétrolier dont la capacité de stockage, dans la configuration finale, avoisinera 360 000m3.

 Cette splendide réalisation, entrée en service en juin 2006, est l'un des plus importants investissements jamais réalisés en Afrique de l'Est. Au total, plus de 600 millions de dollars ont déjà été injectés à Doraleh. Et ce n'est qu'un début, car Djibouti a maintenant les faveurs des investisseurs du Golfe, d'Afrique du sud, de Chine ou de Malaisie. Les mégaprojets se succèdent à un rythme effréné. Le plus emblématique des chantiers à venir concerne encore le site de Doraleh : une raffinerie, d'une capacité de 250 000 barils quotidiens, sortira de terre d'ici à 2012. Elle sera financée, à hauteur de 4 milliards de dollars, par un consortium privé koweïtien…

 La riviera du Golfe et de la Corne de l'Afrique. Djibouti, qui joue à fond la carte de l'intégration régionale en exploitant son appartenance au Comesa, le marché commun de l'Afrique australe et orientale, riche de 400 millions de consommateurs, ambitionne de devenir la plate - forme de services de la sous- région et un hub commercial international. Un Dubaï africain, en somme, conformément à la vision du président Guelleh, ce qui lui a valu d'être réélu en 2005 pour un second mandat de six ans.

Dix-huit mois plus tard, les 15 et 16 novembre 2006, le pays organisait le 11e sommet du Comesa, en présence d'une dizaine de chefs d'Etat.

Cet événement, le plus important jamais organisé à Djibouti, a été mis à profit pour donner un sérieux coup de neuf à la capitale, qui s'est dotée, sur l'îlot du Héron, d'un hôtel ultramoderne de quatre cents chambres, le Kempinski Palace, d'un coût de 130 millions de dollars.

Avec l'activité portuaire, le tourisme est l'autre grand moteur du développement économique. Jadis négligé, le secteur fait désormais l'objet de toutes les attentions. Une corniche et une marina sont en chantier dans la capitale, ainsi qu'un complexe de luxe aux îles Moucha et Maskali.

Djibouti, qui cible une importante clientèle d'affaires avide de dépaysement, a tous les atouts pour séduire les voyageurs les plus exigeants : sublimes paysages minéraux, spectaculaires fonds marins, failles géologiques, volcanisme, déserts.

Un nouveau contrat social. Longtemps restée à l'état de vœu pieux, la diversification de l'économie est en marche, et s'étend à l'agriculture et l'élevage. Mais le pays, qui compte aujourd'hui près de 800 000 habitants, connaît d'autres mutations. Une profonde modernisation politique et sociale est à l'œuvre. Le multipartisme intégral a été instauré en 2002. La décentralisation, à travers la création de cinq régions administratives dotées d'une large autonomie, et de conseils élus, est une réalité depuis 2006.

L'approfondissement de la démocratie passe aussi par une plus grande participation des femmes en politique. Elles sont 15% à siéger au Parlement issu des élections du 8 février 2008.

L'Etat a vigoureusement repris l'initiative sur le plan social. L'Initiative nationale pour le développement social (INDS) doit, par exemple, permettre aux catégories les plus fragiles de la population de profiter des fruits de la croissance. Une université pluridisciplinaire a ouvert ses portes en 2006. Une école de médecine, résultant d'une coopération tripartite impliquant les gouvernements djiboutien et tunisien et l'Organisation mondiale de la santé a accueilli, le 4 novembre 2007, sa première promotion de trente-cinq élèves.

L'accent mis dans tous les domaines sur la formation atteste la volonté des autorités de préparer l'avenir. Diversification de l'économie et des partenariats, approfondissement de la démocratie, justice sociale, investissements dans les infrastructures et l'éducation, transformation des mentalités : trente ans après son accession à la pleine souveraineté internationale, Djibouti s'est donné les moyens d'une nouvelle indépendance.

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