Or, Jean-Luc Louis-
Jean est Antillais.
La réaction des
Antillais à la suite de cette fusillade n'a rien eu à
voir avec
celle des Maghrébins et des jeunes Arabes. Ceux-ci se mobiliser
aussitôt.
Manifestent. Des comités anti-racistes se forment dans toute la
France à l'appel
d’" S.O.S. Racisme ".
Les Antillais eux, ne bougent pas. J ' en ai même
rencontré un qui vote Le Pen,
il y en a plein au R.P.R. Ils sont " intégrés "
ceux-là.
Comment expliquer cela ? Je rencontre Harlem Désir, le jeune
leader
martiniquais, de S.0.S. Racisme. Nous nous retrouvons au local
même de
l’association, rue Martel. Dans des bureaux de fortune, des jeunes
Algériens,
quelques Africains, des Français discutent tracts,
comités, festival de
minorités. On se mobilise, on prévoit des collages, des
actions de rue. Le
téléphone n'arrête pas de sonner.
Les militants
bénévoles se présentent. Ca
s'agite, tout le monde se sent investi d'une tâche dans ce
mouvement tout neuf,
déjà national et dont chaque militant perçoit
l'importance. Il s’agit d'enrayer
la montée de l'extrême-droite, de briser les
réflexes dangereux d'une
population trop chauvine, étriquée et qui n'a pas encore
pris la mesure de la
nouvelle France cosmopolite, multi-raciale qui se dessine.
Au milieu de toute cette
agitation, parmi tous ces jeunes types mobilisés,
aucun Anti1lais.
J'interroge Harlem
Désir. Que se passe-t-il Comment explique-t-il cette
méfiance, cette absence ? Nous compulsons les listes des
nouveaux comités. Les
réactions après le meurtre de Menton. Ca se confirme.
Toujours pas d’Antillais.
Harlem Désir analyse ce phénomène avec un certain
agacement : " On grand
nombre d' Antillais refusent d'être assimilés aux
Maghrébins, aux Arabes,
explique-t-il.
Ils voient " S.O.S.
Racisme " comme un organisme
d’immigrés et i1s ne veulent pas être catalogués
comme tels. Ils sont Français.
Ils veulent s'intégrer. Tout ce qui vient leur rappeler leur
différence les
dérange et les inquiète. Ils veulent voir dans le crime
de Menton un fait
divers, surtout pas un acte raciste qui concerne tous les Antillais.
C'est le
vieux problème des Antillais décrit par Frantz Fanon dans
Peaux Noires et
Masques Blancs. Ils font tout pour ressembler et vivre comme des
fonctionnaires
métros et puis ça ne marche pas. "
Encore une fois.
Plus j’écoute Harlem Désir, plus je me rends compte qu'il
n'a rien gardé de la
mentalité antillaise. Rien du tout. Bizarrement, lui qui cite
Frantz Fanon n'a
pas de problèmes avec son masque blanc. Il est frais, optimiste
au fond, sur
les possibilités de mélange des races. A S.O.S. Racisme,
i1s sont tous jeunes,
deuxième génération, et i1s se fabriquent ensemble
une identité commune,
deuxième génération.
Harlem Désir est un
jeune Parisien battant, 34 sans aucune relation affective,
familiale avec les Antilles. Il n'y va jamais. Son père,
directeur d'école, non
plus. Il connaît Malavoi mais il ignore Kassav, ne
fréquente pas les milieux
antillais. Il dit : " Je suis un Antillais de la troisième
génération. Je
suis un militant métis anti-raciste français, voila ! "
Pendant les vacances de
Pâques. Harlem Désir s'est rendu
pour la première fois
aux Antilles, en touriste. La première " Conférence pour
l'abolition des
dernières colonies françaises " tenait ses assises au
même moment. Harlem
Désir n'a pas voulu y aller. Il ne se sentait pas
concerné par le problème.
" Je suis Français.
Je ne connais rien des enjeux réels de cette
conférence. Pourquoi y aller? "
Les
indépendantistes des Antilles reprochent avec violence à
Harlem Désir d'oublier
son passé. Mais est-ce vraiment le sien? Ils trouvent ses
analyses du racisme
faiblardes, incomplètes à force d'ignorer l'attitude
française dans les DOM TOM
aujourd'hui. Harlem Désir répond : " Arrêtez de
vous polariser sur vos
problèmes locaux, le phénomène raciste en France
n’est pas lié à l'indépendance
ou non des Antilles. Nous, on se bagarre en France pour qu'on ne tue
plus les
Antillais. On accepte de l’aide. "