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La banane antillaise
menacée par Bruxelles
par
Samy Archimède
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A
la veille de la suppression des quotas d’importation aux
frontières
européennes, les planteurs de bananes antillais, en pleine
crise, fustigent
l’immobilisme de Bruxelles. « Soit l’Europe nous soutient,
soit elle
décide d’en finir avec la banane. Mais on ne peut plus rester
dans l’inconnu. »
Frédéric de Reynal n’a pas de mots assez durs pour
dénoncer les atermoiements de la
Commission européenne
dans l’épineux dossier de la banane.
photo Hubert Joséphine
Le président de Banamart,
principal groupement de producteurs antillais, a des raisons
d’être inquiet.
En trois ans, la filière
martiniquaise a
perdu plus de 1 000 emplois. Personne n’a été
épargné. La situation semble
encore plus critique du côté guadeloupéen. De
95 000 tonnes en 2002, les
exportations sont passées à moins de 60 000
l’année dernière.
Cyclone,
sécheresse,
grèves… Les raisons ne manquent pas. Mais le mal est plus
profond. « Cela
fait des années que je suis dans le rouge, et pourtant je
travaille trois cent
soixante-cinq jours par an ! » déplore Armel
Pyrame, agriculteur à
Capesterre-Belle-Eau. Si rien n’est fait pour sauver la profession dans les deux îles, ce sont près de
15 000
emplois directs et indirects qui pourraient disparaître dans les
années à
venir.
Assommés
Les
problèmes ont commencé
en 1993, avec la mise en place du marché unique. L’ouverture
à la concurrence a
offert un boulevard aux producteurs latino-américains et aux
multinationales
qui commercialisent leurs fruits. Résultat :
surapprovisionnement et
baisse des cours. « Avec une main-d’œuvre cinq fois moins
chère que chez
nous, ils nous ont assommé », estime Armel Pyrame. Le
coup de grâce a été
porté en 2001, lorsque l’Union européenne a
accepté de supprimer ses quotas
d’importation à partir du 1 er janvier 2006. Un geste de plus en
faveur des
« bananes dollars ». Des subventions
européennes ont bien été prévues
pour compenser le différentiel de coût de main-d’œuvre défavorable aux Antilles. Mais elles ne
permettent plus aux planteurs d’équilibrer leurs comptes. Entre
1993 et 2001,
les exploitations guadeloupéennes ont ainsi enregistré
150 millions d’euros de
pertes sèches. Pour Frédéric de Reynal, la
Commission doit maintenant prendre
ses responsabilités. « En huit ans, l’aide
compensatoire n’a pas été
réévaluée une seule fois. On a changé les
règles du marché sans rien
prévoir pour nous »,
peste-t-il.
Les Antillais ne sont pas
pour autant résignés. Avec la création de l’Union
des groupements des
producteurs de Guadeloupe et de Martinique, ils espèrent pouvoir
enfin se faire
entendre. « Non seulement notre banane est imbattable sur le
plan
gustatif, mais produite dans le respect du droit du travail, ce qui
n’est pas
toujours le cas chez nos concurrents », martèle Eric
de Lucy, président de
l’Union.
Source : Le parisien du 26
decembre 2005
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