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La nuit était brûlante...
par
Evariste Zephyrin


- Ouvrez la porte -

C'était l'époque des soirées des comparses défrisés et des cheveux curlysés. Le bossu avait son larbin et Zinzin jouait au fou sous les feux de la rampe. L'entrée  coûtait cinquante francs,  le mafé  au poulet   cinquante francs, les alcools  quarante francs, le jus de goyave  vingt francs, le coca quinze francs et pour les femmes c'était  gratuit. 

- Laissez passer -

La nuit était chaude,  les filles étaient belles, les femmes étaient là,  les macros se servaient d'un claquement de doigts. C'était l'époque où les Zaïrois changeaient de couleur pour un autre malheur. Ils  blanchissaient sous les spots-lights, les lasers zébraient les murs  de la boite de nuit et dans la lumière noire leurs dents  riaient blanches.   Les sapeurs existaient le temps d'un montrer weston, les fringueurs se paradaient à la  manière des macoumès - le pied en avant, la tête haute et la taille serrée. - Les diors, saint laurents et cardins  s'accollaient à la griffe, les Givenchy,  nina ricci et  gucci s'imnissaient dans la frime.  

-  Ecoutez la basse -

Trop de monde ! La chaleur était là, l'humidité aussi, elle suintait des murs et  dégoulinait des lambris.  Hortense était toute mouillée, ma chemise me collait à la peau.  Trop de monde ! La sono vrombissait ses rythmiques, les baffs  crachaient  du feu et  les ventilateurs rendaient l'âme. Trop de monde, il avait trop de monde ! J'étais puissant,  tout puissant dans la foule.

Narcisse était là, il se regardait ostensiblement dans le miroir, admirant sa médiocrité et sa petitesse. Les  ridicules dandinaient sur des airs de  soukouss, les  grotesques fringuaient   sur la piste de danse, se trémoussaient  sous les airs de macossa  en effectuant des brénins bonda.  Ce voltigé de fesses  décomplexées était beau et  ahurissant !


- Ressentez le feeling -   

Dans la nuit, les déshérités changeaient d'humeur pour le bonheur de paraître... Ils se voulaient prince  héritier et les nègres se riaient encore d'eux-mêmes.  Cette phrase est trop puissante !  

La nuit était chaude. L'ambiance au top. La musique était noire, la musique sonne et la  fumée du ganga m'assommait. Legalize, legalize,  legalize it,  Tosh chantait ; rasta défoncé  contemplait le plafond et  major se battait  à l'entrée avec les videurs.
 
 

C'était l'époque des concours : " La plus belle femme, le plus bel homme, l'élection de miss bikini,  de miss nue,  de l'homme le plus laid : Jimmy gagna le concours et amassa les billets. Un florilège de sottises, une floraison de bêtises.  La miss Guindée me toisait, me dévisageait de haut : Je ne suis pas assez clair pour elle. Salope ! Le plus beau zieutait Hortense du coin de l'œil, en bas, Jimmy fêtait son prix en se poudrant le nez dans les W.C.

 
- Augmentez le volume -


Tapez des pieds, haranguait le D.J. Tournez   à gauche, virez à droite,  bougez les fesses, tournez-virez ! Et les Sénégalaises ventilaient leur derrière, les Congolaises hautaines lotionnées à l'Opium méprisaient le vulgum pécus vêtu en Tati.  

- L'ambiance est bonne -

Caméo était là,  Dillinger était là,  Steel-Pulse était là,  Herbie était là,  Zaïko Langa Langa était là,  Bob était là, Earth Wind and Fire était là,  James Brown était là,  Spear était là, les Commodors étaient là, Kool and the Gang était là  Percy était là aussi,  Kassav arrivait (chaud, chaud, chaud !)  avec son seul médicament et tuait Ti-Mano dans la foulée. Maïté, Maïté, Maïté vend des petits pâtés -  Dé talonre ka fè la fimé... Virgil y allait, Sidney assurait  à la sono. Il était trop puissant ! 

- La nuit est chaude -

Au fond,  de la salle  mal éclairée  et  surchauffée,  la bite d’un juif  sympathisait avec la bouche d'une pute. Sur le velours rouge des banquettes quelques petites culottes "s'évaltonnaient" et s'affichaient en toute impudeur. Au bar, un ripou et  un cave pactisaient  autour d'un  J.B.  Julot négociait avec une putain  les pascals  qui le  feraient bander sur sa personne, et  Hortense et moi  kokions dans les toilettes.

C'était trop bon ! C'était chaud, la nuit était  brûlante, c'était trop puissant, la nuit était magique au Dada's  Clubs.

A gauche, à droite, à gauche, à droite, à gauche, à droite et on y va ! Vous aurez dû être là mesdames, peut-être que je vous aurais koké au passage !

E. Zephyrin