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le 2 décembre 2005 par Maurice Laouchez, Président de
« Forces Martiniquaises » La loi « Romani » du
11 juin 1994, dans son article 1 a déjà rendu un hommage
appuyé à ces malheureux, qui avaient fait le choix de
servir aux côtés de l’armée française contre
le Front de Libération Nationale, finalement vainqueur. Elle a
également prévu un dispositif de compensation /
réparation considéré comme non satisfaisant par
les intéressés et leurs descendants. La loi du 23
février 2005, votée sans véritable opposition, et
dans le silence de nos Parlementaires, actualise et complète ce
dispositif. Elle en profite, comme en passant, pour déclarer que
« les programmes scolaires reconnaissent en particulier le
rôle positif de la présence française outre mer,
notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux
sacrifices des combattants de l’armée française issus de
ces territoires la place éminente à laquelle ils ont
droit ». Nos Dissidents de la deuxième guerre mondiale
trouveront sans doute là un sujet de satisfaction. Mais,
surtout, le souhait exprimé que les programmes scolaires
reconnaissent le rôle positif de la présence
française outre-mer, voilà qui mérite d’être
analysé autrement que par les imprécations auxquelles
nous assistons. La France est aujourd’hui confrontée à la
fois aux défis de la mondialisation et à une situation
budgétaire et sociale explosive. Son vote négatif au
référendum sur l’Europe, son refus évident de
l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne, le
délabrement dans lequel elle a abandonné, notamment en
banlieue, toute une partie de sa population, la persistance d’un taux
de chômage trois fois supérieur aux taux constatés
dans la plupart des pays industrialisés : autant de signes qui
marquent une difficulté lourde à entrer dans le monde tel
qu’ils est. Alors on entend un Député (peu importe qu’il
soit UMP, des dizaines de Parlementaires de l’opposition pensent la
même chose) mettre involontairement le doigt sur le coeur du
problème : « La France doit être forte ; pour
qu’elle soit forte, il lui faut être sûre d’elle-même
; pour qu’elle soit sûre d’elle-même, il lui faut
être fière de ce qu’elle a fait dans ses colonies ».
Et l’on retombe sur le thème éculé de la France
émancipatrice, et de l’Europe mère de la civilisation. La
plupart des Français qui parlent ainsi sont de bonne foi. Ils ne
savent ni la barbarie qui a été consubstantielle à
la colonisation, ni la grandeur des civilisations détruites par
la même colonisation. On leur a mis dans la tête
l’idée de leur supériorité, comme on a mis dans
nos cerveaux celle de l’infériorité noire, ou indienne,
ou asiatique, ou arabe. Napoléon continue à être
l’objet, y compris de la part de certains Martiniquais, d’un
véritable culte, alors que, comme Voltaire par exemple, il ne
cachait pas son racisme actif, et qu’il a, dans le Code Civil,
organisé l’infériorisation juridique et sociale des
femmes que la France n’a toujours pas surmontée. Tant que la
France ne se sera pas débarrassée de sa vision fausse sur
son passé et sur les peuples non –européens, elle sera
dépassée par l’évolution du monde. Elle parlera,
mais n’influencera pas le monde. Il en est de même pour nous,
mais sous l’angle inverse. La victimisation est l’une de nos postures
favorites. Lorsque l’on regarde la situation sociale occupée par
certains de ceux qui se présentent en victimes de la
colonisation en décembre 2005, on ne peut s’empêcher de
constater que nombre de descendants des anciens colonisateurs seraient
contents d’être à leur place. Mais il est tellement
commode de se lamenter, tellement facile de susciter l’indignation de
la population à propos d’un texte voté ailleurs, et non
contesté alors par aucun de nos Parlementaires , que nous nous
complaisons dans ce registre. C’est un « classique » de la
vie politique que de détourner l’attention du peuple sur les
erreurs des autres, pour éviter qu’il demande des comptes sur
les problèmes dont il souffre. Le monde musulman contemporain
est rempli d’exemples de pays dont les dirigeants, malgré le
pétrole, n’arrivent pas à répondre aux attentes de
leur population, et qui entretiennent savamment, à travers la
religion ou un anti-occidentalisme sommaire, l’illusion que c’est
d’ailleurs que vient le mal. Et la Martinique, toutes proportions
gardées, n’échappe pas à ce mal. Pendant ce temps,
le chômage demeure, les embouteillages s’aggravent, le logement
social est en crise, et les Martiniquais sont de plus en plus
étrangers à la Martinique. Nous autres colonisés
avons encore mal à notre histoire, tout simplement parce que
nous ne la connaissons pas. Faisons le rêve d’un livre- ou d’un
DVD- d’histoire universelle qui serait préparé sous
l’égide de l’Unesco, par une équipe internationale, et
qui serait Le Livre dans lequel tous les enfants du monde apprendraient
l’histoire. Aucun peuple, aucune civilisation n’y trouverait,
globalement, ni motif de supériorité, ni raison
d’infériorité. Même l’Afrique, mère de
l’homo sapiens et des bases de la civilisation contemporaine, à
travers la Nubie et l’Egypte ancienne, et donc extraordinairement bien
placée dans la comparaison avec les autres continents, aurait
à rendre compte des raisons pour lesquelles elle s’est si
durablement laissé vider et dominer, par les Arabes et les
Européens. Un tel travail pourrait faire tomber bien des
ignorances, bien des préjugés, bien des
difficultés à envisager l’avenir en confiance. Le
racisme, sous toutes ses formes, surtout quand il vient de responsables
nationaux, ne peut ni se comprendre ni se tolérer ; il ne peut
que se combattre. Le discours sur l’Europe porteuse de civilisation est
un discours raciste. Demander que les programmes scolaires
reconnaissent en particulier le rôle positif de la
présence française – ce qu’ils font déjà
largement, implicitement ou explicitement- sans rappeler
l’énorme passif, n’est pas sérieux. Même si de
nombreux citoyens des anciennes colonies regrettent l’époque de
la présence française, même si la Martinique, le 7
décembre 2003, a unanimement voté en faveur du maintien
de son avenir dans le cadre national français, nous avons tous
un devoir de fidélité envers tous nos ancêtres et,
par conséquent, le devoir de combattre le racisme sous toutes
ses manifestations. Aucun grand parti national ne pourra
prétendre exister valablement à la Martinique s’il ne
clarifie pas immédiatement, au plus haut niveau, sa position sur
le colonialisme. Mais pour nous, et depuis longtemps, l’action, seule
crédible en ce temps de mondialité, doit remplacer
l’incantation. Dans cette action doit incontestablement figurer la
ré-écriture de notre histoire, justement pour que nous
soyons plus sûrs de nous, comme le déclarait le
Député. Mais doit surtout prendre place l’inscription
concrète, sur notre propre sol, de notre propre projet et de
notre spécifique part dans la fécondation du monde
nouveau. De brillants orateurs, d’exceptionnels écrivains, de
parfaits intellectuels, tous formés à l’école de
l’Europe et lui rendant chaque jour hommage par leur simple langage, la
Martinique en regorge. L’histoire de ce pays attend ceux qui sauront
tout à la fois, du même balan, revendiquer tout leur
passé et écrire au quotidien, par leur travail et leurs
réalisations, le présent et l’avenir. Ils se
reconstruiront eux-mêmes et aideront leur peuple en même
temps qu’ils féconderont le monde. Ne lui infligeons pas une
trop longue attente.
Maurice
Laouchez, Président de « Forces Martiniquaise
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