La violence,
sous toutes ses formes, était le bras armé du
système esclavagiste.
La violence
physique était légitimée par la violence symbolique
de l'esclavage, et la
violence symbolique servait à justifier
la violence physique.
Mais cette violence, qui la plupart du temps
n'était que pur
sadisme, se parait volontiers des habits de la
justice et de la charité
chrétienne. La pensée esclavagiste est une
pensée fondamentalement
paternaliste et se veut une mission chrétienne
et civilisatrice.
Donc la violence infligée aux esclaves est une
chose juste.
La
législation brésilienne explique ce principe sans
fard ni " langue de
bois". Elle explique que : « les châtiments infligés
par un maître à son
esclave sont légitimes car ils sont comme
ceux qu'un père inflige à
son enfant ». Sous couvert de ce principe,
toutes les atrocités
étaient permises sous le régime esclavagiste.
Avec la
bénédiction du Code Noir, on pouvait brûler son esclave,
lui couper les oreilles
ou la jambe, le tué tout simplement.
Même les horreurs auxquelles ce
texte n'avait pas pensé, il les excusait
de fait car il
déclarait les esclaves " être meubles".
Les instruments de torture se
divisaient en trois grandes catégories
: les fouets, les
chicotes et les bâtons, de toutes les longueurs,
à une ou plusieurs
lanières, dans des matières comme le cuir cru
ou le bois ; les "
colliers" et les entraves, les " troncs",
dont la principale fonction
était de limiter les mouvements de l'esclave
; les tenailles, qui
étaient des instruments de torture au sens
propre du terme. La plupart
de ces objets étaient l'œuvre ferronniers
et ils étaient d'un
usage très courant.
Tous ces
instruments existaient dans
plusieurs versions, des plus légères et plus
pratiques, aux plus
sophistiqués et plus tortueux. Parmi les plus
répandus ou les plus
"originaux", on trouvait le masque de fer
ou máscara. Il s'agit d'un
masque fait de zinc ou de fer qui couvrait tout le
visage, auquel il était
attaché à l'aide de prolongements qui se
fermaient le plus souvent à
l'aide d'un cadenas. Il portait de petits
trous permettant
uniquement de voir et de respirer. Il était
surtout utilisé pour
empêcher
aux esclaves de boire de l'alcool, de voler
des aliments ou de manger
de la terre. La tesoura était un instrument
coupant, constitué de
deux lames mobiles réunies par la milieu,
et qui s'ouvre en croix
à la manière d'un ciseau. Il était
utilisé pour couper les oreilles
et les doigts, formes de mutilations également
très courantes durant
le 19ième siècle, particulièrement au Brésil.
Les Fers
ou ferrete et
carimbo, étaient des instruments en métal,
servant à marquer les
esclaves au fer chaud. On les utilisait surtout
pour marquer d'un
"F" ou d'une " fleur de lys" les esclaves fugitifs
récidivistes. Mais
certains propriétaires, parmi les plus riches,
s'en servaient surtout
pour imprimer leurs noms sur leurs " propriétés".
Il circulait
ainsi dans la ville de Rio de Janeiro, un grand
nombre d'esclaves dit
"particuliers", portant à même la peau les
emblèmes ou les initiales de
leurs maîtres. La chicote, fouet le plus
ordinaire, mais dont il
existait toute une gamme, était constitué
de deux lanières de
cuir qui arrachaient la peau dès le
premier coup, rendant ainsi le
châtiment encore plus douloureux.
Le collier de fer a été
décrit
par Jean-baptiste DEBRET, qui a visité la ville
de Rio de Janeiro au
début du 19ième siècle, comme ayant : « plusieurs
bras en forme de
crochets, non seulement dans l'intention
de le rendre ostensible, mais
également pour être appréhendé plus facilement
en cas de résistance,
puisqu'en appuyant vigoureusement sur le
crochet, la pression
inverse se produit de l'autre coté du collier,
relevant avec force la
mâchoire du prisonnier ; la douleur est
horrible et fait cesser
toute résistance, principalement quand la pression
est renouvelée par
saccades ».
Les Escarpes utilisés au
Brésil,
désignaient des chaussures de fer utilisées
pour torturer les
esclaves. Les Forca, patíbulo, cadafalso étaient
des instruments de mise
à mort par le supplice de l'étranglement.
Le Garfo,
instrument de torture avec lequel on déchirait
les chaires du
supplicié, ressemblait à un ustensile servant
à tailler la pierre. Le
grilhão, dont l'usage était aussi banalisé
que celui du collier de
fer, était composé d'anneaux de fer avec
lesquels on emprisonnait
les jambes des esclaves, limitant ainsi leurs
mouvements. On leur
mettait également des chaînes cadenassées à l'une
des chevilles, auxquelles
étaient reliées un gros et lourd morceau
de bois que l'esclave
était obligé de porter sous le bras.
L'anjinho
était certainement
l'appareil de torture le
plus "inventif". Son
usage était également très courant dans les colonies
françaises et
anglaises. Il s'agit de tenailles constituées de deux
anneaux de fer dans
lesquels étaient emprisonnées les têtes des
pouces de la victime.
Celles-ci étaient graduellement comprimées
au moyen d'un petit écrou, et ce
jusqu'à ce qu'elles soient totalement
broyées. Cet
instrument servait à faire parler les esclaves
fugitifs, en
particulier ceux qui avaient été capturés dans les
forêts et les quilombos, et
qui refusaient de donner le nom et l'adresse
de leurs maîtres,
auxquels ils devaient êtres restitués.
La
violence comme instrument de
terreur. Les travaux de recherche menés
sur les archives de la
seule ville de Rio de Janeiro au 19 e siècle,
nous ont permis de
dénombrer pas moins de 51 instruments de torture,
plus une dizaine de
"méthodes" de tortures — mais cette dernière
catégorie est en
réalité aussi illimitée que l'imagination de ceux
qui les appliquent. Les
archives judiciaires recèlent de nombreux
procès-verbaux de faits
divers, tous plus horribles les uns que les
autres, qui montrent que
la sauvagerie des maîtres à l'égard de leurs
esclaves n'avaient
absolument aucune limite. Seins coupés, yeux
arrachés, dents brisées,
lèvres lacérées, esclaves fouettés à
mort, torturés,
brûlés, violés,
noyés, étranglés par leurs propriétaires.
Les voyageurs
étrangers ayant visité les Amériques durant
près de 3 siècles, et
auxquels nous devons témoignages écrits
et iconographiques de l'époque
esclavagiste, eux aussi n'ont eu de cesse de
dénoncer et de décrire
la barbarie du système esclavagiste.
Une
barbarie aussi courante dans
l'espace privé que dans l'espace public,
comme le démontre le
supplice du fouet, qui représentait le châtiment
légal et
institutionnel par excellence. Le contrôle social de
l'élément servile reposait en
grande partie sur la terreur, et le fouet
était son emblème. Mais la
flagellation publique des esclaves avait
autant valeur d'exemple
pour l'ensemble de la population esclave
que de spectacle public
pour la population blanche.
De
manière
générale, la pratique
voulait que lorsque le fouet était administré
publiquement à un
esclave, tous les coups ne soient pas portés
le même jour. Les
condamnés étaient attachés à un poteau ou suspendu
par les bras à une
corde. L'esclave avait donc les bras
levés, et il était
frappé à même
la peau, sur le dos et le bas du dos.
Après chaque séance, les
plaies étaient salées et l'esclave était
ramené dès le lendemain
pour recevoir une nouvelle série de coups.
Le supplice se
renouvelait quotidiennement, jusqu'à ce que la totalité
de la sentence soit
appliquée. Cette procédure devait également
être respectée en
prison, car les registres montrent qu'au fur
à mesure, les " jours
d'infirmerie" se multipliaient et s'allongeaient.
Ce qui veut dire
que les esclaves avaient certainement plus de mal à
récupérer après chaque nouvelle séance de fouettement.
Les esclaves y
étaient incarcérés à la demande de leurs maîtres,
qui stipulaient au
greffier le type et le nombre de coups de fouet
qui devaient être
administrés à leurs esclaves. Et ce nombre variait
entre 25 et 100 coups.
Les flagellations publiques d'esclaves étaient
très souvent confiées à
un autre esclave ou à un Noir affranchi,
selon le bon vieux
principe du " diviser pour mieux régner".
Sources
Marcus Rainsford. An historical
account of the black empire of Hayti . London,1805.
Thomas Branagan. The Penitential
Tyrant; or, slave trader reformed. New York, 1807.
Richard Bridgens. West India
Scenery...from
sketches taken during a voyage
to, and residence of
seven years in ... Trinidad . London, 1836
Registres d'incarcération de la
Casa da Detenção ( Arquivo publico do
estado do Rio de janeiro) et
du Calabouço ( Arquivo nacional da cidade
do Rio de Janeiro
potomitan