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Carnaval de Rio : l'école de samba Viradouro donne "la chair de poule"

juliana paes

Juliana Paes, Reine de la batterie de l'école de samba Viradouro se produit le 4 février 2008 sur le sambodrome de Rio

L'école de samba Viradouro, la dernière à défiler lundi à l'aube, a rempli la mission qu'elle s'était donnée de faire "frissonner" le public et a soulevé l'enthousiasme des 70.000 spectateurs du Sambodrome de Rio, lors de la première nuit du carnaval brésilien.

Paulo Barros, le "carnavalesco" (metteur en scène) de l'école avait annoncé qu'il voulait montrer dans son défilé tout ce qui donne la chair de poule: de la joie devant la naissance d'un enfant à la peur et à la répugnance, de l'amour à l'horreur que l'homme est capable de susciter.

Mais l'un des huit chars allégoriques de Viradouro qui représentait les corps squelettiques empilés des victimes de l'Holocauste, surmontés d'un danseur déguisé en Adolf Hitler, avait été interdit jeudi par la justice, saisie de l'affaire par la Fédération israélite de Rio.

L'interdiction avait soulevé une polémique entre partisans et opposants tandis que le "carnavalesco" apparaissait en larmes à la télévision. Il devait refaire en 48 heures le char qui lui avait demandé des mois de travail. Il avait laissé planer le mystère sur la solution trouvée jusqu'au dernier moment.

Des membres de l'école de samba de Viradouro se produisent sur le char "Kama Sutra", mimant l'amour, le 4 février 2008 à Rio de Janeiro

Tout le monde était donc curieux de voir le nouveau char - le cinquième du défilé - qui est apparu en forme de gâteau blanc, surmonté de danseurs baillonés en signe de protestation et de défense de la liberté d'expression. On pouvait lire sur une banderole à l'avant du char: "On ne construit pas l'avenir en enterrant l'Histoire".

Intitulé "C'est à donner la chair de poule", le défilé, le plus original des six écoles en lice dans la nuit, a commencé par "le froid qui fait frissonner" avec une véritable piste de ski mobile de 30 mètres de long et 9 d'inclinaison, que 15 skieurs descendaient en slalom. Vingt-sept tonnes de glaces ont dû être amenées de Sao Paulo par camion frigorifique. Les jupes du traditionnel groupe des bahiannaises représentaient des igloos.

samba

Le second char à entrer en piste mettait en scène l'émotion de la naissance et montrait un bébé en caoutchouc de cinq mètres qui remuait la bouche et les bras, tenu la tête en bas par deux grandes mains gantées d'un médecin.

Puis ont suivi les "frissons de l'amour" avec le char du "Kamasutra" où une dizaine de couples mimaient un acte d'amour.

Le défilé faisait aussi allusion à des films d'horreur comme "l'Exorciste" et à des scènes historiques avec des danseurs déguisés en guillotine qui tenaient une tête coupée. Un "banquet de la répugnance" montrait de gros cafards en train de dévorer les restes d'un repas.

Le dernier char donnait des "frissons de la nostalgie", en rendant hommage à un célèbre compositeur de samba, Cartola.

L'école de samba Portela, aux couleurs blanc et bleu, la quatrième à défiler a également fait vibrer le public avec son thème consacré à l'écologie et à la nécessité de préserver la nature.

La Reine de la batterie de l'école de samba Sao Clemente dans la parade sur le Sambodrome de Rio de Janeiro, le 3 février 2008

C'est l'école de samba Sao Clemente qui avait donné le coup d'envoi à cette première nuit de fastueux défilés, avec pour thème l'arrivée au Brésil de la famille royale portugaise qui fuyait les troupes de Napoléon, il y a 200 ans.

La reine mère, "Maria a Louca" (Marie la folle), était interprétée avec beaucoup d'humour par l'un des plus célèbres travestis du Brésil, "Rogeria".

Après Sao Clemente sont entrées en scène: Porto da Pedra, avec un défilé sur les cent ans de l'immigration japonaise au Brésil; Salgueiro, qui a rendu un hommage aux habitants de Rio depuis l'arrivée de la Cour portugaise en 1808 Portela puis Mangueira qui a fêté le "frevo", un rythme frénétique de l'Etat Pernambouc (nord-est du Brésil) avant le grand final de Viradouro.

Des milliers de spectateurs se pressaient dans les tribunes, encouragés par un temps plus clément après des pluies incessantes dans la journée.

AFP

Samba

samba Viradouro


Une danseuse de l'école de samba Sao Clemente se produite le 3 février 2008 sur le sambodrome de Rio

Rois, reines et geishas au programme du carnaval de Rio

carnaval brésil  Andrei Khalip

Les parades du carnaval de Rio ont commencé en beauté dimanche soir dans le Sambadrome avec un défilé de danseurs déguisés pour certains en monarques, en courtisans et... en faisans rôtis dans un festin royal.

Le thème découlait naturellement du 200e anniversaire de l'arrivée de la famille royale portugaise au Brésil, qui avait fait de Rio une capitale impériale.

L'école de samba Sao Clemente, forte de 4.200 membres, a présenté des chars richement décorés témoignant de l'apport culturel des Portugais dans leur ancienne colonie.

Des reines de beauté vêtues parfois simplement de coiffes en plumes faisaient admirer leur plastique, perchées sur des chars géants tandis que des chanteurs entonnaient "le royaume est parti, Rio s'est épanouie", au rythme des percussions.

Viviane Castro, une danseuse et mannequin de 25 ans, s'apprête à défiler à son tour. Un assistant colle entre ses jambes un minuscule cache-sexe scintillant: son seul vêtement cette nuit, à l'exception de ses talons hauts.

"Cela ne me fait rien d'être nue. Le carnaval, c'est beaucoup de joie, on ne pense pas au reste", a confié cette charmante brune à Reuters.

L'un des chars représentait un festin impérial où dansaient plats et couverts.

"Je suis venue d'Australie et c'est génial. Il faut connaître la chanson. La prochaine fois, je l'apprendrai par coeur", explique Grace Kelly, 34 ans, venue de Sydney et à court de souffle après une heure de samba endiablée.

MELTING POT

Si les fêtes de rue, où danse et alcool animent la nuit, figurent au coeur du carnaval du Rio, les défilés des écoles de samba dimanche et lundi soir constituent le clou de la fête.

Chacune des 12 écoles défile pendant environ 75 minutes sous l'oeil attentif d'un jury.

L'hommage rendu aux influences étrangères qui ont fait du Brésil le melting pot racial qu'il est aujourd'hui s'est poursuivi avec le défilé de la deuxième école de samba, Porto da Pedra, qui a voulu commémorer le 100e anniversaire de l'arrivée des premiers immigrés japonais.

Dans une mise en scène censée symboliser leur intégration, des dizaines de danseuses déguisées en geishas se sont transformées, d'un geste de leur éventail, en sosies de Carmen Miranda, actrice et chanteuse brésilienne devenue une star à Hollywood dans les années 1940.

La reine de beauté de cette école, Angela Bismarchi - appelée aussi la reine de la chirurgie esthétique - s'est fait opérer des yeux avant le carnaval pour ressembler davantage à une Japonaise. Elle portait une perruque de geisha surdimensionnée, une grande coiffe en plumes noires et...pas grand-chose d'autre.

D'autres figures typiquement japonaises - certaines portant des plateaux de sushis sur les épaules - ont suivi.

Les autorités municipales attendaient plus de 700.000 touristes à Rio pendant les cinq jours du carnaval, qui s'achèvera mercredi.

Les policiers étaient nombreux dans le centre-ville, alors que planait la menace d'une grève dans la police. De hauts responsables avaient menacé de démissionner ou ont été limogés car ils réclamaient des augmentations de salaire et de meilleures conditions de travail.

Rio est l'une des villes plus violentes d'Amérique latine mais le carnaval, importante source de devises, est généralement étroitement surveillé.

Version française Natacha Crnjanski