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| Edition spéciale du Magazine Pyepimanla traitant du carnaval de par le monde
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ou le grand n’importe quoi ! |
Le rituel égalitaire du carnaval
de Trinidad
Il fait nuit. La ville
semble assoupie. Simple apparence. A 3 heures du matin, lundi 4
février, on a
bien mieux à faire que dormir à Port of Spain, capitale de
Trinité-et-Tobago,
les îles caribéennes voisines du Venezuela. C'est le lundi du carnaval,
le jour
du "J'ouvert" (le jour ouvert), l'ouverture officielle de l'événement
national qui a donné au pays son image de capitale du carnaval,
partagée avec
Rio de Janeiro, au Brésil. Dans tous les quartiers,
chacun rejoint l'endroit d'où doit partir son groupe, pour une
déambulation
frénétique derrière un semi-remorque porteur de décibels neutralisant
toute
idée de silence à des kilomètres à la ronde. Pendant cinq heures, une
exaltation collective déferle à travers les rues. Un chaos paradoxal,
sauvage
et bon enfant, une transe joueuse coloriant tout ce qui se présente sur
son
passage. Gare à ceux ayant omis de
garer leur voiture en lieu sûr. Elle subira le même sort que trottoirs,
chaussées et individus croisés en chemin. A chaque groupe sa couleur.
Pots et
petites fioles de peinture circulent. On se badigeonne avec allégresse
des
pieds à la tête. Les nouveaux venus sont baptisés comme il se doit. Aux environs de 4 heures,
les camions sono s'ébranlent, encadrés chacun de leur tribu très
agitée. On
saute sur les derniers tubes de soca, la musique saturée de boîtes à
rythmes la
plus cotée par la jeunesse pour "winer" (collé
serré
énergique), on marche d'un pas dansant au son métallique des steel
bands,
les orchestres de bidons (les pans) symboles de
Trinidad, ou sur un
calypso, l'emblème musical du pays, rendu célèbre dans les années 1950
par
Harry Belafonte. Les cortèges se croisent.
Les musiques se chevauchent, les peintures se mélangent quand les corps
se
frôlent. La rue est une suite ininterrompue d'images-chocs, de regards
éperdus
de joie et de fatigue, de visages hagards dégoulinant de peinture. Le J'ouvert est le rituel
et l'essence même du carnaval dans sa profonde tradition. "C'est
là où
les valeurs s'inversent", commente Jean-Michel Gibert, un
Français
installé à Trinidad, impliqué dans la promotion de la musique locale
depuis une
quinzaine d'années. "Hier, le maître devenait l'esclave et
l'esclave le
maître, aujourd'hui la femme devient l'homme et vice versa, le riche
devient
pauvre." La peinture, la boue, la
mélasse, le goudron, le chocolat, tout ce dont les participants au
J'ouvert
s'enduisent le corps accentue le côté égalitaire. Il ne s'agit plus de
se
montrer dans les plus beaux, les plus créatifs, les plus chers
costumes, comme
on le fera le lendemain pour mardi gras, mais d'être simplement
ensemble en
laissant courir un brin de folie. "Le J'ouvert est
la partie la plus "pure" du carnaval. Vous pouvez faire ce que vous
voulez avec les moyens dont vous disposez. C'est un rituel de
renaissance, qui
n'est pas gâché par l'argent comme d'autres aspects du carnaval", déclare le charismatique
Wendell Manwarren, du
groupe 3canal, figure de proue du rapso, mélange de rap et de calypso. "Rise
and Shine, It is a New Day, Be The Change You Want
To See"
("Lève toi et brille, c'est un nouveau jour, sois le changement que tu
veux voir"), chante, juché sur son camion avec ses deux compagnons,
Wendell Manwarren, le corps et le visage couverts de peinture blanche.
Sous
l'aspect faussement naïf des paroles se cache une dénonciation de la
corruption, de la violence, de la perte de valeurs. En 1994, 3canal commençait sa carrière par une chanson intitulée Blue. Cette année-là, au cours du J'ouvert, toute la ville avait été repeinte en bleu par les dix mille fans qui suivaient leur camion. Patrick Labresse Carnaval de
Trinidad
Il n’eut pas été possible
de faire un dossier sans mentionner le carnaval de Trinidad, que le
Trinbagoniens (habitants de Trinidad et Tobago) définissent comme la plus
grande fête du monde, sans chauvinisme aucun. C’est leur fête, leur
carnaval, l’un des plus connut dans le
monde avec celui de Rio. Trinidad est l’île la plus
méridionale de la Caraïbe, un pays divisé en groupe ethnique, religion,
clase sociale et à l’origine ce fut la rencontre des occidentaux avec les
amérindiens, puis noirs esclaves et
enfin les travailleurs indiens venus sous contrat exploiter la canne à sucre : « Le
carnaval fut très certainement apporté à Trinidad par des colons d’origine
française venus avec leurs esclaves d’autres îles des Antilles. Visites, repas,
bals et masques ont fourni l’occasion de jouer l’ambiguïté des relations
maîtres/esclaves : les premiers se déguisant en « nèg’ jardins »,
les seconds inventant des danses et des musiques originales, imitant et
raillant aussi les allures de leurs propriétaires. Le désir, la fascination, la
peur, le rejet se manifestaient de part et d’autre dans les comportements
hybrides que favorisaient la fête et le masque. Après l’émancipation
(1834-1838), le carnaval agrège des célébrations originellement réparties en
différents temps de l’année (anniversaire de la libération des esclaves, fête
de fin des récoltes) ; l’urbanisation favorise les contacts et les
mélanges. Les dynamiques de création sont actives, mais aussi corrosives. Les
comportements des carnavaliers plébéiens dérogent à la bienséance
coloniale ; les chansons qu’ils inventent brocardent les puissants ;
les bandes qu’ils forment s’affrontent volontiers. Le pouvoir entend sévir,
encadrer, contrôler. Il interdit : les tambours, les masques. Il ne peut
tout réprimer. Le carnaval populaire survit, prend de l’ampleur, contourne les
contraintes. D’autant plus qu’il demeure un carrefour où les membres de
communautés et de classes différentes se côtoient et se mélangent. Proscrire le
carnaval, mesure envisagée par certains gouverneurs ou chefs de la police
coloniale, ne rencontre donc jamais l’unanimité des puissants. Après les
émeutes qui accompagnèrent les fêtes de 1881, le Colonial Office conclut qu’il
valait mieux le laisser vivre, sous surveillance. Dès lors, le carnaval
trinidadien sera en même temps l’un des plus réglementés et l’un des plus
libres dans l’expression.
Les rivalités entre bandes dont les héros se combattaient au bâton, accompagnés
de chants les glorifiant, seront endiguées, en partie ; les chanteurs se
verront offrir des « tentes » où mesurer paisiblement leurs
talents ; plus tard, les steel bands formés dans les quartiers
entreront en concours officiel. Pressions politiques, encadrement policier et
incitations commerciales ont ainsi favorisé la création de lices où peuvent se
déployer les antagonismes. Et ces lices sont aussi des points d’attraction. S’y
retrouvent, comme organisateurs, spectateurs ou participants, des représentants
de tous les groupes, le carnaval continuant à être un lieu de rencontres, de
mélanges et d’innovations. La « fabrication des traditions » que raconte
si précisément John Cowley n’est pas seulement un processus d’invention de
musiques et de fêtes créoles, c’est aussi le tissage d’une trame sur laquelle
se dessine progressivement la figure d’une société tout entière. » |
Carnaval
de Trinidad
Le carnaval de Trinidad : « la plus grande fête du monde » où le carnaval a été réinventé aux sons de la calypso et des steel bands. Explosion
de folie au carnaval de Trinidad
Par Marta
Dolecki S’échappant de
chars gigantesques, la musique est puissante et pénètre le corps,
comparable
aux vibrations d’un cœur qui bat la chamade. Envahis par une fièvre
euphorique,
les festivaliers se laissent emporter dans des danses lascives au
rythme des steel
bands, de la soca
et du calypso. Dans les rues, le
profane se mêle au religieux. Des diables armés de fourches croisent
des jeunes
femmes vêtues de bikinis verts, jaunes, rouges, ornés de paillettes, de
perles
nacrées et de plumes d’autruche. Les colliers qu’elles portent autour
du cou
brillent comme autant de petites pépites au soleil des Caraïbes. Arrive enfin le Mardi gras, point culminant du carnaval. Les rues de la
capitale sont noires de monde et voient défiler des bands
costumés qui
ont pour nom Poison, Tribe ou encore les Trini
Revellers.
Certains peuvent compter jusqu’à plusieurs milliers de membres répartis
dans
différentes sections.
Archives de la : Semaine du 22 novembre au 28 novembre 2005. |
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