Entreprises
et écoles fermées, coupure d'électricités, routes bloquées... Le
collectif "Kont pwofitasyon" ("contre
l'exploitation outrancière")
ne baisse pas la pression sur les pouvoirs publics et les entreprises
guadeloupéennes.
Constitué
d'une cinquantaine de syndicats et partis politiques, le
collectif réclame la baisse immédiate des prix des produits de première
nécessité, des carburants, des impôts et taxes et une augmentation des
salaires.
Au
quatrième jour de grève, le mouvement se durcit et paralyse l'ensemble
des
activités économiques du département d'autant que parallèlement à ce
mouvement,
les gérants de stations-services ont fermé les 115 stations-services
depuis
lundi pour exiger l'interdiction de toute nouvelle implantation. A ce
blocage
économique et aux manifestations s'ajoutent des violences
sporadiques.
Plusieurs voitures et poubelles ont été incendiées.
Aude,
employée au CHU de Pointe-à-Pitre nous livre le détail agité de sa
semaine: « Mardi: l'entrée de l'hôpital a
été bloquée de 6
heures à 9 heures du matin. Ils ont laissé passer tous les soignants
mais aucun
administratif. Pour accéder dans l'enceinte de l'hôpital, il fallait
montrer sa
carte professionnelle.
Sur la
route principale, gros ralentissement. J'ai pris par le quartier de
Carénage et
là c'était carrément le Bronx: poubelles renversées partout, bennes en
plastique en feu ou fumantes.
Mercredi et jeudi: l'entrée de l'hôpital condamnée pour toutes les
voitures,
passage des soignants triés sur le volet avec listing à l'entrée...
Dans le
service, on fait face aux urgences exclusivement et on laisse
s'accumuler le
travail quotidien.
Pas d'eau et à la radio, ils disent qu'il faut faire des réserves, sauf
que
maintenant ils bloquent l'ouverture des commerces et supermarchés.
Pareil pour
l'électricité! Il parait qu'il va y avoir des coupures aussi! Les
écoles sont
fermées depuis le début de la semaine alors il y a des enfants qui
jouent dans
les couloirs, c'est joyeux ! »
120 revendications pour reconstruire le
« péyi »
Le journal France-Antilles rapporte la difficulté de travailler en
période de
grève suite à l'invasion de la rédaction par un
« commando »:
« Un commando, le mot est fort et renvoie à la
littérature
guerrière. Mais comment appeler autrement une quinzaine de personnes
qui
pénètrent dans les locaux du journal pour prier, le mot est faible, le
personnel de quitter son poste de travail. Avec un message clairement
menaçant:
- Nous sommes l'avant-garde, une ligne préventive avant que déferlent
des gens
moins conciliants. »
Une chose est sûre. A nos yeux, ces méthodes ne peuvent que discréditer
ce
mouvement qui se veut populaire et ne sont pas dignes de responsables
qui se
positionnent à travers leurs 120 points de revendications
comme une
troisième voie pour la Guadeloupe. Quel « péy »”
veulent-ils
construire ?
Le mouvement ne touche pas que Pointe-à-Pitre. A Jarry, une vaste zone
industrielle, l'activité est considérablement ralentie. Le site
d'information,
Jarrycafe, note que la ZU est déserte
« Au
final, c’est quasiment toutes les entreprises de Jarry qui ont fermé.
Il reste
encore quelques restaurants et sandwicheries ouverts. Il faut dire que
Jarry
n’est pas totalement désert, mais soyons honnêtes, il n’y a pas de
bouchons, la
circulation est fluide, on en serait presque à souhaiter que ce soit
tous les
jours la grève. »

Photo Jean S. Sahaï
S'ils ne
soutiennent pas forcément le mouvement, les riverains guadeloupéens de
Rue89
admettent que la situation économique se détériore dans le département.
« La
baisse du pouvoir d'achat, c'est un fait qui se retrouve partout, même
en
métropole (et ça certains l'ignorent volontairement). Pour certains
l'objectif
est de paralyser complètement la « gwada », note Aude
qui ne sait pas
si le mouvement se fonde sur des revendications solides mais qui ajoute:
« C'est vrai, la grève est un bon moyen de se faire entendre.
Je vois mes
amis qui gagnent leur vie au jour le jour (maître nageur par ex) et
pour qui la
fin du mois va être compliquée surtout après les fêtes de
Noël... »
Monique s'interroge, elle, sur l'absence de réaction de Nicolas Sarkozy:
« Aurait-il le même silence si la Lozère était paralysée? Je
n'ai que mon
témoignage de particulier sans essence, sans eau, avec coupures
d'électricité, qui ne peut acheter à manger (on a prévu) et ne peut
aller
bosser… rien de dramatique. Même maladroit ou radical, ce mouvement est
juste. »
Une tentative de dialogue entre les pouvoirs publics et les
manifestants a
échoué. Le collectif refuse de négocier si "l'ensemble des autorités
responsables, le préfet, le conseil général, le conseil régional, le
Medef, la
CGPME, l'Umpeg" ne sont pas présentes.
Zineb
Dryef
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