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Grève
générale en Guadeloupe
"contre la vie chère"
Depuis
mardi 20 janvier, la Guadeloupe vit au rythme d'une grève générale
initiée par
un
collectif
d'une
cinquantaine d'organisations syndicales, politiques et culturelles qui,
au nom
de la lutte "contre la vie chère", a établi un programme de 120
revendications.
Les 115
stations-service de l'île sont fermées. Des écoles, magasins et centres
commerciaux sont fermés. Des services publics ne sont plus assurés, du
ramassage des ordures aux transports routiers de voyageurs. Des
délestages
privent d'électricité, deux heures durant, des tranches de 20 000
abonnés non
prévenus. Des coupures d'eau sont engendrées, selon la Générale des
eaux, par
"des actes de malveillance perpétrés sur le réseau".
 Photo Jean S. Sahaï
Le cahier de revendications du « Lyannaj
kont pwofitasyon » (Collectif contre
l'exploitation outrancière)
réclame notamment "un relèvement immédiat et conséquent d'au
moins
200 euros des bas salaires, des retraites et des minima sociaux", celui
du
smic et "des salaires du secteur privé, des traitements de la fonction
publique, du minimum vieillesse, des minima sociaux", "un salaire
minimum guadeloupéen calculé sur le coût réel de la vie en Guadeloupe",
une "baisse significative de toutes les taxes et marges sur les
produits
de première nécessité et les transports" et "des taux de la taxe sur
les carburants", la "suppression de la taxation des produits
locaux", le "gel des loyers pour une période indéterminée",
"l'arrêt des saisies immobilières des propriétés des guadeloupéens et
la
restitution des biens".
Au
total, ce sont 120 revendications dont le Collectif exige qu'elles
soient
négociées "en un seul lieu" avec "l'Etat, les collectivités
territoriales majeures et le patronat" local. Pour Willy Angèle,
président
de la fédération locale du Medef, "les problèmes de société ne se
règlent
ni dans la rue ni par décret".
Mais les
très activistes, centrales syndicales indépendantistes UGTG (51,67 %
des voix
aux prud'homales) et CTU (8,57 %) et la plus modérée CGTG (19,83 %),
dirigée
par un militant trotskiste, ont réussi à fédérer FO et la CFDT (7,24 %
et 5,35
%), la CFTC et l'UNSA (3,61 % et 2,16 %), la FSU (1,41 %) et les
syndicats
d'enseignants, l'ensemble des syndicats de paysans producteurs de
cannes à
sucre, le PC guadeloupéen et les Verts, en s'adjoignant
environnementalistes et
associations de « carnavaliers » identitaires.
Les
présidents des conseils général et régional, le député (PS) Victorin
Lurel et
le sénateur (app. PS) Jacques Gillot, craignent que les préalables de
négociation posés par le Collectif ne traduisent une volonté de
"marginaliser les élus" et de faire avancer des revendications
statutaire qu'eux-mêmes renvoient à un futur lointain ou n'envisagent
qu'à pas
comptés.
Les uns
et les autres savent qu'en Guadeloupe, la moindre manifestation peut
parfois se
transformer en jacquerie : ils se savent confrontés aux ultimes
soubresauts
d'une société paysanne engagée, depuis trop longtemps, dans une
transition
inachevée et qui se retrouve projetée dans l'ère de la mondialisation,
au point
que difficultés réelles et angoisses insulaires se confondent.
Eddy
Nedelkovski
LE
MONDE | 24.01.09
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