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Craintes de «chaos» et d‘«explosion» en outre-mer
Mardi, François Fillon a botté
en touche. Il a jugé que c’était aux partenaires sociaux insulaires de
s’entendre sur les augmentations salariales réclamées par les
grévistes, et non
à Paris de délier les cordons de sa bourse.
Guadeloupe : des
négociations doivent s’ouvrir
Les émeutes de mai 1967 à
Pointe-à-Pitre : les forces de l’ordre ouvrant le feu, faisant
plusieurs
dizaines de morts, sur les manifestants guadeloupéens réclamant des
augmentations salariales. Ce n’est pas encore –heureusement– une
comparaison.
Juste, à ce stade, un rappel historique que l’on commence à faire, ces
derniers
jours, dans les médias français et auquel, d’après des échos, on
penserait
également en haut lieu. Mais cette simple référence renvoie à un
épisode si
noir de l’Histoire de France qu’elle en dit long sur la tension
actuelle.
Mardi, une réunion
interministérielle de crise a dû être tenue à Matignon, autour du
Premier
ministre François Fillon, à propos de la situation sociale dans les
départements d’outre-mer (DOM). Aux Antilles, la Guadeloupe est
paralysée
depuis trois semaines par une grève générale contre la vie chère, et la
Martinique
a embrayé depuis une semaine. En Guyane, les syndicats viennent
d’annoncer leur
volonté de “poursuivre sur la terre ferme le combat” de leurs camarades
antillais. A La Réunion, à des milliers de kilomètres de là, syndicats,
partis
et associations de gauche réunis en un collectif se lancent à leur tour
dans la
“mobilisation”, estimant que la problématique sociale de cette île de
l’océan
indien “est la même qu’aux Antilles”.
“Amateurisme improvisé”
Face à cette traînée de poudre
contestatrice, Paris visiblement hésite. La semaine dernière, le
gouvernement,
après avoir tardé à prendre conscience de la gravité de la crise – qui,
significativement, n’a pas été évoquée par le Président Sarkozy lors de
sa
récente intervention télévisée–, avait dépêché en Guadeloupe son
secrétaire
d’Etat à l’Outre-mer, pour y rétablir le calme social. Las, muni d’un
mandat de
négociation manifestement peu clair, il a dû lundi fausser compagnie à
ses
hôtes après avoir été rappelé en urgence pour consultation à Matignon.
Où l’on
n’apprécie guère le coût budgétaire des concessions qu’il s’apprêtait à
faire
aux grévistes. Et où, surtout, l’on craint visiblement que céder aux
syndicats
antillais crée un appel d’air rendant difficile le refus de concessions
aux
syndicats de la métropole.
Mardi, du coup, François
Fillon
a botté en touche. Il a jugé que c’était aux partenaires sociaux
insulaires de
s’entendre sur les augmentations salariales réclamées par les
grévistes, et non
à Paris de délier les cordons de sa bourse. Il a donc renvoyé son
secrétaire
d’Etat les mains presque vides en Guadeloupe, avec une simple mission
de
médiation. Mission assurément périlleuse. Et accueil glacial garanti.
Au risque
de décupler la colère locale et de fâcher encore un peu plus un Nicolas
Sarkozy
que l’on dit très irrité de l’incapacité de son gouvernement de gérer
ce
dossier, alors que lui doit déjà affronter une grave crise sociale dans
l’Hexagone même.
En attendant, l’opposition
socialiste, centriste et écologiste ainsi que les associations noires
fustigent
“l’improvisation”, “l’amateurisme” et “le désengagement” de l’Etat. Et
entrevoient pour les DOM un “chaos” économique et une “explosion”
sociale. Qui,
à leurs yeux, pourrait bien, dixit la socialiste Ségolène Royal mardi,
“être le
signe avant-coureur de ce qui peut se passer sur le territoire
métropolitain”.
BERNARD DELATTRE,
libre
belgique
mercredi 11 février 2009
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