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Jeudi 26 février 2009

France télévision et RFO: Une relation fondée sur la discrimination et le mépris

Fini pour nous  d’être : «  les jouets sombres au carnaval des autres ! » (Césaire)

Les populations des départements et territoires d’Outre-mer sont engagées dans des mouvements sociaux d’une rare intensité, afin de réagir contre les injustices économiques et sociales dont elles sont victimes depuis des décennies et contre l’absence de prise en considération de leurs cultures et de leurs identités.

Les directions de RFO et de France Télévisions semblent en phase totale avec cette attitude méprisante. Des choix lourds de conséquences sont actuellement opérés pour nous, dans le cadre de l’organisation de l’entreprise commune, sans nous, et donc contre nous. Il s’agit là d’une pratique que Nelson Mandela avait déjà dénoncée en régime d’Apartheid.

En effet, après avoir réduit les programmes des stations régionales de RFO, voilà que la Direction s’est mise en tête de mettre en place la diffusion de nos programmes directement depuis Paris, à partir d’une plate forme technique qui verrouille tout.

La grève générale en Martinique et en Guadeloupe, qui a fait apparaître une révolte de populations maltraitées, jamais écoutées, toujours laissées pour compte d’un système colonial servit par l’Hexagone, a fini par s’installer dans les stations de RFO. Les grévistes de ces stations ont pourtant débuté cette grève en travaillant pour informer leurs publics, mais face au refus de la direction de mettre en place des débats citoyens pour permettre à la société civile et aux leaders de ces mouvements historiques pour les Antilles d’échanger, les grévistes Martiniquais de RFO ont totalement cessé le travail et rejoint le collectif qui estime aujourd’hui que  RFO en tant que  tv publique est aussi l’affaire de tout le peuple martiniquais et non pas un simple relais parisien, pour abrutir nos enfants avec des programmes sans lien avec leurs vies quotidiennes et leur imaginaire.

Comment qualifier le refus d’entamer des négociations réelles avec les syndicats de RFO si ce n’est par le mépris ? Qui pourrait croire que notre DG et notre PDG ne se moquent pas éperdument de l’Outremer, en laissant ainsi les situations pourrir, sans même que le DG juge utile de se déplacer ?

Pourtant la demande effectuée n’est pas impossible à satisfaire. Il  ne s’agit  que d’arrêter de vouloir appliquer coûte que coûte des schémas définis depuis Malakoff,  de créer une commission de réflexion et  d’accepter que nous conservions  la main sur l’éditorial de nos programmes. Mais pour cela il faudrait accepter l’idée que nous pouvons avoir notre mot à dire, qu’une relation d’altérité pourrait exister entre cette direction et nous, mais dans le système colonial ceci  semble tout à fait inconcevable !

En attendant, la Direction de FTV envoie des correspondants couvrir ces conflits pour le compte des chaînes nationales, sur lesquels d’ailleurs il y aurait beaucoup à dire, quant aux angles de la majorité des  reportages retenus, alors que l’ouverture des négociations aurait permis aux stations régionales de RFO de remplir leurs missions d’information. Pendant ce temps là on organise des débats à Paris  sur France O, alors qu’ils sont interdits chez nous à RFO Martinique et RFO Guadeloupe et l’on y voit le directeur des Antennes venir y dire qu’il ne peut accepter qu’on attaque les béké parmi lesquels dit il « j’ai de très bons amis » (l’Hebdo).

Les changements qui vont immanquablement s’opérer dans nos pays vont contraindre les dirigeants de la nouvelle société unique à réexaminer leur vision de la télévision Outremer et leurs relations avec ces populations, auxquelles ils ne se sont jamais intéressés, préférant faire du France 0 à Paris qu’ils nous imposent ensuite chez nous, avec des thèmes qui n’ont rien à voir avec nous.

Nous faisons donc solennellement appel aux pouvoirs publics, actionnaires uniques de RFO et de France Télévisions, afin qu’ils contraignent les mandataires sociaux qu’ils ont nommés d’assumer leurs responsabilités pleines et entières en prenant en compte une réalité au sein de laquelle il n’est plus question qu’ils décident de tout à notre place, depuis leurs bureaux parisiens.