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Guadeloupe
: l'économie entravée par le LKP

La tension
dans l'île entraîne la chute du chiffre
d'affaires de nombreuses entreprises.
Robert
Lignières, cheveu court et
grisonnant, gourmette en or au poignet, contemple d'une mine découragée
la
salle de sport déserte qui s'étale en contrebas de son bureau. Jeudi,
pour la
première fois depuis le début du conflit qui paralyse la Guadeloupe, ce
béké de
61 ans a été contraint de fermer son club de fitness situé
dans la zone
industrielle de Jarry. «Jusqu'à présent, confie-t-il avec un sourire
crispé, on
passait entre les gouttes en ouvrant quelques heures par-ci, quelques
heures par-là.»
Désormais, il assure que les grévistes du collectif Liyannaj kont
pwofitasyon
(Ensemble contre les profiteurs, ou LKP) ne lui laissent plus le choix.
«Jeudi,
une centaine de clients étaient en
train de s'entraîner lorsque des gros bras du LKP portant des drapeaux
rouges
sont venus me dire que je n'avais pas le droit d'ouvrir , raconte
Robert
Lignières. Comme il y avait des femmes et des enfants à l'intérieur,
j'ai
commencé par appeler la police et les gendarmes, mais ils m'ont dit
qu'ils ne
pouvaient rien faire. Alors, j'ai fait barrage avec mes professeurs de
sport
et, malgré quelques échauffourées, j'ai pu évacuer tout le monde avant
de
baisser le rideau.» À la tête d'une entreprise qui emploie
25 salariés et
compte 3 200 clients, Robert Lignières affirme
comprendre la colère
des grévistes contre la vie chère, mais il peste contre les méthodes du
LKP
qui, jure-t-il, sont en train de mettre à bas l'économie de l'île.
«Depuis le
début du conflit il y a quatre semaines, j'ai fait
1 635 euros de chiffre
d'affaires, contre plus de 400 000 euros par mois en
temps normal»,
explique l'homme, qui affirme ne pas être en mesure de tenir longtemps
de la
sorte.
Située
en banlieue de Pointe-à-Pitre,
Jarry a depuis vingt-cinq jours les allures d'une ville morte où seules
de
rares entreprises osent encore ouvrir leur rideau. Chaque matin, des
groupes de
grévistes sillonnent la zone industrielle pour perturber leur activité,
jusqu'à
présent sans heurt notable. «Mais la passivité des forces de l'ordre,
qui ne
font rien pour protéger notre liberté de travailler, commence à porter
sur les
nerfs de certains patrons», explique-t-on au Mouvement des
entrepreneurs de la
Guadeloupe.
«Casse-toi
patron»
Ce
vendredi matin, une trentaine de
personnes portant des tee-shirts aux couleurs de la CGT bloquent ainsi
l'entrée
d'une entreprise qui commercialise des bois exotiques brésiliens,
n'hésitant à
lancer, lorsqu'une voiture tente de forcer le passage :
«Casse-toi patron,
on t'empêche de rentrer.» «Nous sommes venus soutenir un employé de
cette
société que son patron veut licencier pour le punir de s'être mis en
grève»,
justifie Tony Grava, membre du LKP.
Dans
les rues de Pointe-à-Pitre et plus
encore dans les petits bourgs de l'île, chacun est désormais affecté de
plein
fouet par la grève. Certains, tel Jean-Marie, le prennent avec
philosophie. «On
ne trouve plus de yaourts ni de viande rouge, on se déplace moins, on
apprend à
vivre autrement …», résume ce cadre guadeloupéen de 45 ans qui
soutient le
mouvement. Dans la zone touristique de Gosier, certains patrons d'hôtel
pratiquent aussi le système D, se ravitaillant à la sauvette
en pleine
nuit - «avec des Indiens» - pour contourner les barrages du LKP.
Employée dans
une société de restauration qui s'apprête à licencier quatre de ses
quinze employés,
Juline Monet observe, plus sévère : «Je n'ai plus de gaz
depuis trois
semaines, mes filles n'ont pas eu école depuis un mois et j'ai perdu un
tiers
de mon salaire en janvier, alors il faut que ça s'arrête.»
Parfaitement
conscients que le blocage des
négociations intervenu jeudi risque, à la longue, de décourager une
population
déjà éprouvée, les cadres du LKP ont entrepris hier de sillonner l'île
«pour la
sensibiliser au blocage que pratiquent les patrons». Dans le même
temps, Elie
Domota et ses troupes affirment désormais vouloir durcir le mouvement,
menaçant
d'«un cyclone à 900 kilomètres heures» après la bourrasque
sociale des
dernières semaines.
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