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Guadeloupe
: un
pré-rapport détonant sur la filière pétrolière

Le
secrétaire d’état à l’outre-mer, Yves
Jégo,
a diligenté une mission d’inspection, qui examine
depuis le mois de décembre 2008 le système de distribution de l’essence
dans
les DOM-TOM. Le rapport final doit être présenté fin février, mais un
rapport
d’étape a déjà été rédigé, que Le Monde s’est
procuré. Il est
accablant pour les compagnies pétrolières.
Dans
Le Journal du dimanche, du 8
février, M. Jégo
évoque "un questionnement sur un enrichissement sans cause
des
compagnies pétrolières" qui pourrait se terminer "par
une
action judiciaire de l’Etat" contre elles.
L’Etat
non plus n’est pas exempt de reproches, selon ce
prérapport : "Le dispositif actuel d’administration des prix
par les
préfets prend l’eau de toute part" et les services de l’Etat
"sont
incapables de justifier la base des calculs sur lesquels repose leur
évaluation", en Guyane, en Martinique et en Guadeloupe écrit
l’inspecteur.
Mais
les pétroliers apparaissent comme les plus fautifs. Ainsi,
le coût des approvisionnements (brut importé pour être raffiné et
produits
finis ou semi-finis) n’est pas déterminé sur la base des
approvisionnements
réels "mais sur celle d’une formule intangible",
avec une clé
de répartition invariable entre brut et produits finis. Même quand la
SARA
(Société anonyme de raffinement des Antilles) a été arrêtée pendant
deux mois…
D’où le soupçon d’enrichissement indu.
COÛT
DU TRANSPORT JAMAIS RÉVISÉ DEPUIS 1989
L’inspection
ne s’explique pas non plus pour l’instant des
variations de 15% "entre deux documents successifs, sans
justification", sur la valeur ajoutée par la SARA sur les
produits
bruts. Son inquiétude porte sur le fait que cette marge intègre toute
la masse
salariale, alors que 25 % des effectifs exercent dans les dépôts et
figurent
donc déjà ailleurs dans les comptes.
Le
coût du transport des produits vers la Guadeloupe n’a jamais
été révisé depuis 1989, ce qui est "d’autant plus
inadmissible que les
coûts du fret ont baissé". Le coût du passage en dépôt est
lui,
"assez fantaisiste".
L’inspection
aimerait également vérifier que les pétroliers "ne
se mettent pas une partie de la marge de détail dans la poche
lorsqu’ils
vendent directement du carburant aux gros clients" pour
leurs cuves
privées. Cela représente tout de même pour certains, plus de 10 % de
leur
chiffre d’affaires.
Avec
un sens aigu de la litote, l’inspecteur conclut : "Cette
longue liste d’anomalies, de chiffres non justifiés, de formules peu
calées sur
la réalité des coûts, me conduit à penser que la crédibilité du
dispositif
actuel est atteinte." Un système qui, dit-il profite
largement à
tous, sauf au consommateur.
D'accord
sur tout, sauf sur l'essentiel. Au terme de vingt-et-une
heures de discussions à la préfecture de Basse-Terre, dimanche 8
février, les
négociateurs qui tentaient de résoudre la crise sociale en Guadeloupe
ont plié
bagage, au petit matin, sans avoir résolu le point dur, les 200 euros
d'augmentation pour les plus bas salaires, demandés par le LKP, le
Collectif
contre l'exploitation. Alors qu'un rendez-vous était pris pour
l'après-midi, le
secrétaire d'Etat à l'outre-mer, Yves
Jego,
s'est envolé à 18 heures vers la métropole pour négocier
à son tour avec le premier ministre, François
Fillon.
Si le savoir-faire du ministre avait été largement apprécié jusque-là,
ce
départ précipité a jeté un froid. Sur place, il n'a pas été compris. Ne
serait
la gravité de la situation, et la crainte réelle de débordements,
l'affaire
aurait prêté à sourire. M. Jego s'est trouvé dans la situation de
justifier son
retour à Paris, en direct sur le téléphone portable de la présentatrice
de
Canal 10, une chaîne de télévision locale très regardée
alors
entendu la voix de M. Jego promettre : "Je
reviendrai très très vite et j'espère avec une solution. Que personne
ne
s'affole. J'ai pris cette décision ce matin." Au moins
s'était-il
expliqué, autrement que par un communiqué.
"MONTAGES
TECHNIQUES"
"Je
reviens dans les heures qui viennent et à
partir de ce moment-là nous pouvons débloquer la situation avec des
solutions
sérieuses, durables",
a également déclaré M. Jégo, lundi
9 février dans la matinée sur Europe 1. Il doit rencontrer à Paris le
premier
ministre François Fillon et sa ministre de tutelle, Michèle
Alliot-Marie.
M. Jégo a déclaré qu'il est revenu en métropole "comme
ambassadeur des
souffrances de la Guadeloupe" et "pour voir
comment soutenir
[son] économie pour qu'elle
puisse faire face à ses difficultés".
"Il faut que nous fassions des montages techniques" en
liaison
avec Bercy et Matignon "ça nécessite quelques heures de
travail",
a-t-il précisé.
"Nous
n'allons pas payer pour les entreprises mais
nous allons soutenir les entreprises qui négocient librement avec les
syndicats. Ce n'est pas à l'Etat à déterminer le montant des salaires
ou le
montant des négociations",
a-t-il également
expliqué.
Le
ministre a aussi averti : "Il ne faut pas créer du
chômage en échange du pouvoir d'achat." Autrement dit : une
augmentation des salaires de 200 euros obligerait un certain nombre
d'entreprises à licencier.
Elie
Domota, le chef de file du LKP a répondu immédiatement à
cet argument : "En une heure, Nicolas
Sarkozy a trouvé 360 milliards
d'euros pour les banques. Il est
intervenu pour empêcher des licenciements dans l'industrie automobile". Le silence du chef de
l'Etat, lors de son intervention
télévisée, jeudi, sur les événements de l'île, a été très mal reçu.
De son côté, le patronat reprend du poil de la bête. Bousculés par M.
Jego
pendant deux jours, les chefs d'entreprise se sont réunis, dimanche en
début
d'après-midi, au "World trade center" de Jarry. "On a amené
les gens à rêver à un monde idéal. Il va y avoir beaucoup de choses à
reconstruire", disait l'un. "C'est facile de
rappeler sans
cesse l'esclavage", bougonnait un autre. "Mécaniquement,
200
euros par mois, cela fait 60 000 euros par an pour moi, je ne peux pas",
soulignait un troisième.
"L'objectif
du LKP c'est de prendre le pouvoir par
la rue. Ses leaders savent très bien que les 200 euros c'est irréaliste",
observait Jean
Vion,
le représentant de la filière hôtelière. "Ce
n'est plus un mouvement qui sollicite. Il dicte. On a résisté, on n'a
pas signé
", résumait-il en se disant pourtant "confiant"
sur la conclusion d'un accord au retour du ministre.
De nombreux patrons ne cachent pas leur aigreur devant l'absence des
forces de
l'ordre, alors qu'Yves Jego et le préfet Nicolas
Desforges
prennent soin de ne pas faire
d'étalage policier lorsque plusieurs milliers de manifestants se
massent chaque
jour devant les grilles de la préfecture.
Un
épisode rocambolesque n'a pas arrangé les affaires du secrétaire
d'Etat à l'Outre mer : Willy
Angel,
président du Medef local, s'est senti menacé en sortant
de la table de négociations. Il a alors appelé Laurence
Parisot,
dont il est l'un des protégés, à Paris. La présidente
du Medef a derechef prévenu Matignon.
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