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La Guadeloupe toujours sous tension

Une manifestation est organisée aujourd’hui, alors qu’Yves Jégo a répété que «l’Etat ne peut pas augmenter les salaires à la place des partenaires sociaux».

Manifestation à Pointe-a-Pitre

Manifestation à Pointe-a-Pitre, le 9 février dernier. (AFP)

La tension continue dans les Antilles, alors que ce matin, Yves Jégo a affirmé à nouveau que "l’Etat ne peut pas augmenter les salaires à la place des partenaires sociaux". Invité de France Info, le secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, a cependant esquissé un mea-culpa : “Quand il y a vingt-cinq jours de blocages, il faut se dire que chacun a commis des erreurs...”  Tout en ajoutant: “Ce n’est pas parce que le président de la République ne s’exprime pas qu’il ne soutient pas son secrétaire d’Etat...”

Yves Jégo entame aujourd’hui à Paris une série de consultations visant "à approfondir les deux sujets de fond des conflits ouverts en Martinique et en Guadeloupe", a-t-on appris auprès du secrétariat d'Etat chargé de l'Outre-Mer. Il reçoit ce samedi, Bruno Lasserre, Président de l’autorité de la concurrence, "afin de solliciter cette instance pour travailler sans tarder sur les sujets faisant grief comme celui du prix du carburants". En début de semaine, le secrétaire d'Etat recevra les représentants du patronat. Yves Jégo a également sollicité la grande distribution, les transporteurs, les grossistes et les professionnels de l’import-export pour évoquer les circuits de distribution des produits de vie courante vendus outre-mer.

En Guadeloupe, paralysée depuis 24 jours, les négociations sont rompues. La grève se durcit en gagnant l'aéroport. Le collectif LKP à l'origine du mouvement organise une manifestation ce samedi.

Le LKP dit qu'il ne reprendra la discussion avec les médiateurs envoyés de Paris qu'à condition que l'Etat signe le pré-accord élaboré dimanche avec le patronat. Ce dernier demande que l'Etat finance la hausse prévue de 200 euros des bas salaires. Le Premier ministre François Fillon refuse.

Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, a enfoncé le clou vendredi. "Aux partenaires sociaux de prendre leurs responsabilités et de travailler pour reprendre les discussions", a-t-il dit.

Victorin Lurel, président PS de la région Guadeloupe, a estimé sur France-Inter que l'exécutif avait "dévalorisé la parole de l'Etat" en revenant sur les promesses faites par le secrétaire d'Etat à l'outre-mer, Yves Jégo. Il a démenti à plusieurs reprises vendredi avoir promis quoi que ce soit en matière de salaires.

Il a affirmé sur France 2 que "l'Etat fera respecter le droit" en Guadeloupe, dénonçant "un climat de terreur, de pression" sur certains commerçants pour qu'ils ferment leurs magasins.

La CGT a mis en garde le gouvernement contre la tentation du "pourrissement" ou "la stratégie de l'usure" en Guadeloupe.

"Trois avancées notables" relevées en Martinique

En Martinique où la grève a commencé il y a neuf jours, les négociations ont repris vendredi matin.

Le "collectif du 5 février" a relevé "trois avancées notables" parmi 39 propositions soumises par M. Jégo: baisse supplémentaire du carburant, prime de 200 euros en avril aux 50.000 foyers aux plus bas revenus, et comme en Guadeloupe, anticipation à 2009 du RSA.

Cette dernière mesure s'appliquera aussi en Guyane et à la Réunion, tout comme la hausse des aides à la restauration scolaire et l'aide au logement social.

Toujours en Martinique, quelques supermarchés continuent d'ouvrir discrètement. Une file de voitures de 3 kilomètres était visible devant une des 9 stations-services en fonctionnement. Devant une autre, une grand-mère, bigoudis sur la tête, attendait avec son petit-fils depuis plus de sept heures.

A la radio, une Martiniquaise déplorait d'avoir vu un pack de lait en vente à 14,4 euros...

A l'Elysée, Nicolas Sarkozy a annoncé la mise en place "sans délai" d'un Conseil interministériel de l'Outre-mer qui devra "faire dans les prochains mois des propositions sur la rénovation de la politique menée par l'Etat en Outre-mer".

"La société antillaise a le sentiment aujourd'hui qu'elle n'est pas entendue", a-t-il dit. "Nous devons continuer à nous battre, tous les jours, pour que la République fasse une plus grande place à tous ceux qui incarnent la diversité de la France".

Ni le président, ni le Premier ministre ne devraient se rendre dans l'immédiat aux Antilles. Yves Jégo ne programme pas de voyage non plus.

L'éventualité d'une contagion s'est précisée. A la Réunion, un Collectif a appelé à une grève générale avec manifestation le 5 mars sur des revendications faisant écho à celles des Antilles. 

La numéro un socialiste Martine Aubry dit enfin craindre "une propagation des événements qui agitent les Antilles". Onze organisations de gauche - dont le NPA - ont appelé à une manifestation de soutien lundi à Paris.