Pour Elie
Domota, "le LKP a
vocation à durer"
Pointe-à-Pitre
Envoyée spéciale
Il est
là,
calme et concentré, dans son bureau. Elie Domota vient de répondre en
direct au
chat
du Monde. fr, vendredi
27 février, en début de matinée. La nuit d'avant, il a bouclé le
premier accord
sérieux - même sans le Medef - qui accorde à une minorité de bas
salaires, une
augmentation de 200 euros net. Avant de commencer, 280 questions
étaient déjà
arrivées, dont l'essentiel tournait autour de l'état de l'économie, et
de la
reprise, après cinq semaines de grève.
Même
si le
porte-parole du LKP se refuse à l'admettre, car il reste beaucoup à
négocier
au-delà d'une première victoire symbolique, l'opinion en Guadeloupe
considère
que le mouvement se termine. A la joie d'avoir gagné se mêlent la
lassitude de
semaines de tracas et la crainte de l'avenir. Les parents, eux,
espèrent fermement
que l'école reprend lundi 2 mars. Ce début de semaine marquerait la fin
des
vacances scolaires et d'un long repos forcé. Même les trois jeunes
Domota ne
peuvent pas passer leur vie à regarder leur père à la télé...
"Pourquoi
avoir attendu si longtemps avant de céder aux revendications ?",
demande
le leader du LKP, tandis que les postes d'enseignants demandés semblent
devoir
être accordés. Ce qui est vrai dans l'enseignement l'est dans tous les
domaines. M. Domota refuse de se laisser imputer la durée de la grève.
En
revanche, il affirme avec force que "le LKP a vocation à
durer".
Il ne donnera aucun blanc-seing à ceux qui voudront se lancer dans
l'aventure
politique, ou y retourner, après avoir fait partie du Collectif.
Lui-même n'est
"pas du tout, du tout, tenté". Libre
aux autres d'y aller
sans lui. "Je ne pense pas que quelqu'un puisse récupérer le
mouvement
LKP", dit-il.
Ne
faut-il
pas craindre que les 200 euros supplémentaires ne servent qu'à
consommer plus
et à remplir les poches de la "pwofitasyon" ? "Ce sont 200
euros pour gagner plus de liberté, plus de santé, plus de loisirs,
dit-il.
Et peut-être se poser la question de savoir
pourquoi on perd son temps dans
des hypermarchés à remplir des Caddie de choses dont on n'a pas besoin."
Ce mouvement, espère-t-il, aura permis aux Guadeloupéens de se regarder
eux-mêmes. On entend un écho très lointain. Socrate, sur le marché
d'Athènes,
s'écriait déjà, il y vingt-cinq siècles : "Que de choses
dont je n'ai
pas besoin !" Quand on le lui dit, il sourit.
Béatrice
Gurrey
Article
paru dans l'édition du MONDE
01.03.09