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GRAN LIYANNAJ LAPWENT (Grand rassemblement à Pointe-à-Pitre)

Sarah BALAY / Martin T. LAVENTURE France-Antilles Guadeloupe 31.01.2009

 manifestation en Guadeloupe

(Dominique Chomereau-Lamotte)

Avec cette nouvelle manifestation massive dans les rues pointoises, le collectif a encore démontré sa popularité et sa détermination.

Du jamais vu... De mémoire de Guadeloupéen, aucun mouvement populaire n'a réussi à rassembler autant de monde dans les rues. A l'appel des cinquante-deux organisations du collectif Liyannaj kont pwofitasyon et ce, malgré le manque d'essence, plusieurs dizaines de milliers de Guadeloupéens ont fait le déplacement. Ils étaient 65 000 selon le collectif, entre 55 et 65 000 selon l'institut Qualistat et près de 20 000 selon la police. Une vraie démonstration de force, dans le calme et sans débordement, prouvant, une fois de plus, que la mobilisation ne faiblit pas. Nous sommes pourtant au onzième jour de grève.

Il est 10 heures du matin, devant le palais de la Mutualité à Pointe-à-Pitre, quand la plupart des manifestants, amassés, attendent le coup d'envoi. Déjà, le slogan de la grève, « La Gwadloup sé tan nou, la Gwadloup sé pa ta yo... » , fusent ici ou là... Les rythmes d'Akiyo, quelques minutes avant le départ, apportent à l'ambiance une tonalité solennelle. 11 heures. C'est le grand départ. Un défilé impressionnant s'engage rue Hincelin pour près de trois heures de « déboulé » conscient. L'UGTG est en première ligne avec un service de sécurité bien rodé. Elie Domota, secrétaire général, n'est pas au premier rang. Il faut le chercher pour le distinguer parmi ses « camarades » , tant il est surprotégé par ses gardes du corps. Et c'est pourtant lui, ce leader charismatique, que bon nombre de sympathisants est venu voir, espère saluer ou lui lancer un sincère « kimbé rèd » .

manifestation en Guadeloupe

 Prises de parole place de la Victoire

Il est déjà midi, le soleil brûle... Mais la foule ne faiblit pas. Elle entonne à pas cadencés, des airs mêlés d'espoir et de détermination. Cette marée humaine fait le spectacle de milliers de gens venus assister à l'événement sur le bord des routes. Appareil photos en main, caméra au poing... Beaucoup ont souhaité immortaliser l'instant, garder une trace de cette clameur populaire inédite au pays. Vers 13 heures, le peloton de tête atteint la place de la Victoire après avoir foulé les grands axes de la ville.

Il faudra attendre près de 35 minutes avant que le reste des manifestants soit là. Les prises de parole débutent. Myriam Huyghues des Etages représentant les syndicats enseignants, Patrick Cock d'Akiyo, et Félix Flémin du parti communiste rappelle l'ampleur du mouvement et encourage les Guadeloupéens à poursuivre la lutte.

Il n'est pas loin de 14 heures quand Elie Domota, sous les applaudissements et les cris de joie, prend enfin le micro. Il indique que 65 000 manifestants en Guadeloupe correspond à 10 millions dans l'Hexagone. « Un tel rassemblement aurait sans aucun doute entraîné la démission de Sarkozy » , s'exclame-t-il, avant d'ajouter que le combat continue et que le collectif invite les socioprofessionnels et les collectivités à la négociation demain à 10 heures... A bon entendeur.



- BILLET : La Guadeloupe vous regarde

manifestation en guadeloupe

Que va-t-il se passer dans les heures, les jours ou les semaines à venir ? Bien malin qui pourrait le dire. Mais, point besoin d'être « Madame Soleil » , marabout, kakwè ou gadèd'zafè pour deviner que ce pays que j'aime tant, ne s'en sortira pas sans être couvert de meurtrissures.

Cette mobilisation, fut-elle nécessaire, juste ou légitime, apparaît comme la résurgence d'une profonde souffrance sociale et sociétale ressentie uniformément par toute une population. C'est peu dire, en témoigne la marée humaine descendue dans les rues de Pointe-à-Pitre, hier matin.

Du jamais vu malgré la pénurie d'essence. Phénoménal, historique. Tous les superlatifs sont permis pour qualifier cette mobilisation. Une quatrième marche et un succès encore plus retentissant.

manifestation en guadeloupeOn marche, on marche, mais un jour il faudra bien s'arrêter. Car, aujourd'hui, le constat est bien réel. Dans ce labyrinthe infernal, les protagonistes sont infoutus de trouver la sortie... de crise. Cela peut faire sourire en cette période de chaos, mais c'est un simple problème de « méthode de travail » qui fait, que l'on en est encore là.

Messieurs du LKP, vous êtes considérés aujourd'hui pour beaucoup comme les hommes providentiels de cette Guadeloupe qui attend, sinon le bonheur matériel, mais au moins la possibilité de vivre dignement. Est-ce ce niveau d'exigence qui vous rend sourds aux arguments des petits entrepreneurs, lesquels aujourd'hui s'arrachent les cheveux pour trouver de la trésorerie pour payer les salaires et les charges ? Et, la nouvelle stature du leader de l'organisation, Elie Domota, élevé au grade de « chef d'Etat » risque de faire naître un certain égocentrisme du LKP face à ses interlocuteurs. Gardez la tête froide, messieurs. Mesurez la réalité, mais de grâce négociez ce qui est négociable.

Et vous socioprofessionnels ? Evitez le dilatoire. Ouvrez vos comptes au LKP. Alors, peut- être, qu'ils découvriront la vraie « misère » des patrons...

Quant à vous messieurs les élus, fuyez l'opportunisme. Oubliez petites phrases assassines, querelles politiciennes et tentatives de récupération pour retrouver un peu de cette candeur qui caractérise le Guadeloupéen ordinaire, nu de charges économiques ou politiques. Finis les shows, la télé-réalité, débloquez-nous la Guadeloupe. On est bien obligés de se rendre à l'évidence, la solution sera guadeloupéenne. Vous l'avez prouvé hier en mobilisant 56 millions hier pour le pouvoir d'achat...

Et l'Etat dans tout ça ? Il joue « l'effarouché ? » , l'humilié, le blessé. Un Etat fort, ça n'a pas d'état d'âme! De grâce, la Guadeloupe ne demande pas d'être flagornée face à ce collectif qui réclame « réponses précises » et « propositions concrètes » . Proposez sans détour et clairement. Engagez-vous, faites preuve d'imagination. Revenez à la table des négociations et affirmez votre autorité et surtout ne ternissez pas l'image que le LKP a bien voulue vous donner, au tout début du conflit. Celle d'une autorité majeure.

Tous, négociez sans délais. La Guadeloupe vous regarde, le pays pose sur vous des yeux embués de tristesse, mêlés de colère. Rêvons à une sortie de crise en début de semaine prochaine, rêvons.

 

France-Antilles Guadeloupe