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05 février 2009
: Va-t-on vers de
nouvelles manières de penser et de faire ?
La
mobilisation du 05 février me rassure
sur mon peuple. Elle me rassure sur sa capacité de dire « non » aux
abus, « non
» à la dissonance insolente qui structure la Martinique, « non » aux
profondes
inégalités. Les décideurs politiques et économiques semblent découvrir
l'ampleur de la question de la pauvreté ! Dans un article que j'ai
rédigé en
janvier et publié dans le quotidien local, j'interpellais les
consciences
martiniquaises sur la pauvreté croissante des salariés et pointais la
disjonction entre un taux de croissance, donc de valeur ajoutée,
remarquable en
Martinique
et un taux de chômage et une situation
de précarité inadmissibles.
Aujourd'hui,
ces questions explosent à la
face des « bien-pensants ». Nous constatons une totale impréparation du
côté
des décideurs, pourtant la Guadeloupe avait donné le ton depuis
quelques jours.
Sans doute, les décideurs avaient-ils misé sur l'endormissement et
l'apathie
des Martiniquais ? Sans doute avaient-ils misé sur la faiblesse
supposée des
syndicats incapables, selon eux, de mobiliser ? Certains intellectuels
n'avaient-ils pas écarté l'idée d'une mobilisation, avançant le fait
que
l'histoire de la Martinique n'est pas celle de la Guadeloupe, comme
s'il était
question d'histoire ? Il est question d'un « ici et maintenant » et
d'un «
demain » sur fond d'une histoire dont on doit tirer tous les
enseignements. Qu'a-t-on fait du potentiel de
communication mis en place autour du dialogue social du début des
années 2000 ?
Où sont les accords issus de ce dialogue social qui auraient
certainement
anticipé ces questions sociales problématiques ?
Ce
soulèvement populaire doit inviter à
revoir les schémas de pensée. Et oui, appréhender la question sociale
est aussi
noble qu'appréhender la question économique ou la question
environnementale !
Cette approche, il va pourtant falloir l'intégrer définitivement !
L'exemple le
plus indécent de ces 5
dernières années est celui du secteur de la banane : un Contrat de
progrès
économique à grands renforts de financements publics et dans le même
temps un
cortège impressionnant de licenciements, environ 2000 ! Le syndicat
CGTM a
tenté de rétablir l'équilibre en élaborant une proposition de Contrat
de
progrès social qui a été adressé aux Responsables du gouvernement, aux
Présidents des assemblées territoriales. Aucune suite n'a été donnée à
cette
proposition. La presse destinataire de ce document, n'a même pas relayé
cette
initiative. Le chemin est long, très long pour ceux qui ont décidé de
porter
toujours plus haut la cause des plus faibles !
J'entends
depuis quelques jours, que nous
serions à un tournant de l'histoire de la Martinique et qu'il est donc
urgent
de penser les termes d'une nouvelle société. Je suis perplexe. Je
croyais,
naïvement, que nos décideurs savaient ce qu'ils faisaient et où ils
voulaient
aller lorsqu'ils parlaient de développement durable. Le développement
durable
est l'idéologie du XXIème. Elle est sous-tendue par l'idée que tous les
choix
économiques doivent être faits sur une analyse de l'impact que ces
choix auront
sur l'écologie et l'humain. Si l'on doit sacrifier la nature et l'être
humain,
l'orientation économique choisie doit être écartée. C'est en substance
cela le
développement durable ! Sommes-nous conscients des enjeux et prêts ?
Le
développement durable invite à dessiner
les contours d'une approche raisonnée, humaine et sociale de la
croissance. Les
concepts « d'équité », de « solidarité » et de « justice distributive »
qui
caractérisent le développement durable créent une rupture avec les
théories
néolibérales qui placent « le capital et la compétition entre les
individus »
au centre de toutes les problématiques de la société. La solidarité
consiste à
établir l'égalité des conditions d'existence des individus. L'équité
entend
assurer une large répartition des fruits de la croissance. La justice
s'adjoint
un qualificatif nouveau qui interpelle. Dans la philosophie du
développement
durable, la donne économique devra être appréciée à l'aune de sa
capacité à
valoriser le potentiel humain. La loi marchande n'est plus la valeur
ultime. La
valeur ajoutée intègrera la manière dont on s'est préoccupé de garantir
aux
différentes générations la possibilité de vivre dignement et décemment.
Si le
développement durable était
correctement appréhendé, nos décideurs auraient anticipé cette
mobilisation
populaire qui ne concerne que des questions sociales en lien avec les
choix économiques.
En tout état
de cause, les premières
solutions à cette crise devraient commencer par l'adoption de nouvelles
manières de faire et de penser face aux problèmes posés.
Danielle
LAPORT
Sociologue
Enseignante-chercheure
associée
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