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Le Comité
Devoir de Mémoire
Le Comité
Devoir de Mémoire ne peut rester
insensible au document diffusé par Canal Plus dans lequel des
représentants de
la caste béké en Martinique, disent, dans une totale sérénité ce qui
semble
être le fond de leur pensée, à savoir qu'il porte en eux , au 21ème
siècle,
plus de 150 ans après l'abolition de l'esclavage, les mêmes valeurs qui
ont
alimenté ce crime inhumain pendant 300 ans, à savoir la notion de
pureté
raciale héritage directe de l'idéologie raciste et suprématiste qui a
déshumanisé tout le continent Américain sous les griffes du
fouet
esclavagiste et colonial. Ces aveux seraient pathétiques,
s'ils ne s'agissaient pas
d'individus dont l'influence sur l'économie de la Martinique
et le
pouvoir français, sont tels qu'ils continuent aujourd'hui encore, une
exploitation éhontée de ce peuple. Force est de constater
que
visiblement dans leur représentation, les Martiniquais (de couleur
comme ils disent) ne sont
qu'un troupeau servile et sombre, corvéable
à merci dont l'unique destin est de les servir
et de les enrichir.
Ainsi, nos
fiers békés, défenseurs enthousiastes de la pureté raciale,
(ce qui suppose qu'ils se protègent de la masse de tous les autres
nécessairement impure à leurs yeux), exhibent avec
cynisme leurs
valeurs ancestrales racistes comme autant de signes de vertus ! Ce
cynisme qui
se manifeste par les conditions de travail déplorables des ouvriers agricoles, par les salaires ridicules des travailleurs de la
grande
distribution, par des profits éhontés sur des produits de première
nécessité,
par l'absence relative ou totale de cadres Afro-descendants aux postes
importants de leurs organisations, ce cynisme va jusqu'à constituer une
menace
pour la santé des Martiniquais, puisque le récent scandale du
chlordécone est
également la résultat de la cupidité et de l'irresponsabilité de
certains chefs
d'entreprise béké qui une fois de plus n'auront vu dans le peuple
Martiniquais qu'une sombre masse anonyme, toujours source
d'intarissables profits, dont la santé n'est qu'un élément
anecdotique.
D'emblée
une question vient à l'esprit après l'exhibition de ce
racisme endogamique et de l'exploitation historiquement sans vergogne
d'une
population noire qu'ils tiennent soigneusement à distance : Les Békés
se disent
Martiniquais, mais le sont t'ils vraiment? Les fondations sanglantes et
barbares de la Martinique, pays fondé sur l'ethnocide Amérindien et les
fers de
l'esclavage Africain, le viol et l'injustice, ont donné naissance à un
peuple
dont le devenir ne peut être envisagé qu'en réaction des valeurs
racistes qui
l'ont vu naître. Le projet sociétal de la Martinique ne peut être
pigmentaire. Aimé Césaire l'avait bien compris, quand il faisait de son
ouvre le socle humaniste d'un véritable projet de société débarrassé
des
sanglantes scories racistes et esclavagistes.
Notre société
Martiniquaise en dépit de ses incertitudes, hésitations et
maladresses a, de manière tacite rejeté le projet d'une société
racialiste pour
se tourner vers celui plus ouvert de la liberté, de l'égalité et du non
racisme, seules garanties pour nous projeter dans une vision commune
du vivre ensemble.
Comment peut-on être, dès lors, dans un projet de pureté de
la race, dans
la fierté d'un apartheid suranné, et prétendre simultanément partager
les
vicissitudes, les réussites, les aspirations de ce peuple tant méprisé
!
Pour le
Comité Devoir de Mémoire
Serge CHALONS.
Fort-de-France,
le 6 Février 2009.
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