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En Martinique,
face à la pénurie, le marché noir fleurit
Depuis
vingt jours que dure la grève
générale en Martinique, les hauts et les bas de la négociation se
lisent dans
l'entrebâillement des rideaux métalliques des magasins. Quand la
tension monte,
le rideau s'abaisse. En ce moment règne une sorte d'entre-deux : il
faut
parfois se courber en deux pour pénétrer dans une boutique. A
l'occasion, le
vendeur porte un t-shirt du "Collectif du 5 février 2009", en signe
de solidarité avec le mouvement. Un investissement de cinq euros, à
toutes fins
utiles.
Alors
que le port est bloqué et que les
camions sont au garage, les commerçants les plus débrouillards
parviennent à se
procurer de la marchandise. Aussitôt qu'un arrivage est annoncé, une
file
d'attente se forme sur le trottoir. La scène a quelque chose des
grandes heures
de l'Union soviétique.
Si
la vie est chère à l'année, motif de la
présente protestation, elle devient exorbitante en ces temps de
pénurie. Le
marché noir fleurit. Les produits frais sont un luxe. Il faut accepter
de payer
trois ou quatre fois le prix normal certaines denrées. Le Collectif a
d'ailleurs admonesté ces profiteurs de grève, leur demandant de "mollir
sur les prix", sous peine de sanctions. Jusque devant la
maison des
syndicats, des vendeurs indélicats font valser les étiquettes.
A
la nuit tombée, les barrages qui
bloquent les entrepôts relâchent leur attention. Des camionnettes
parviennent
alors à sortir en catimini de quoi alimenter notamment les hôtels de
l'île, où
jusqu'à présent rien ne manque à la table des convives.
Un
intense trafic maritime s'est également
développé avec l'île de Sainte-Lucie, à une heure de la Martinique.
Ceux qui
ont un bateau, les plus riches donc, vont y faire leurs emplettes. Dans
les
supermarchés de l'ancienne possession anglaise, les Antillais français
boostent
les affaires. Les beaux jours de Sainte-Lucie font aussi ceux de
quelques
Martiniquais puisqu'une partie de la distribution locale leur
appartient.
On
traverse également pour
s'approvisionner en essence quand, sur l'île en grève, il faut attendre
plusieurs heures pour mettre trente euros dans son réservoir, maximum
autorisé.
Certains pompistes, dit-on, acceptent de faire le plein, moyennant cent
euros
de la main à la main. Au marché noir, le litre se négocie jusqu'à cinq
euros.
Benoit
Hopquin
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