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Les
nouveaux commandeurs
L'adage
dit : Gouverner c'est prévoir ! Cet
aphorisme s'adresse aussi bien au bon père de famille, qu'à
nos
gouvernants. Remarquez, si le terme gouverner nous est familier et
facile de
compréhension, par contre prévoir revêt plusieurs acceptions,
j'ajouterai
plusieurs dimensions.
Tout d'abord, prévoir se définit par : « juger et
éventuellement
annoncer qu'une chose arrivera (par clairvoyance, intuition ou par
induction,
raisonnement logique, calcul, mesure, connaissance
scientifique.) »
Pour les synonymes on en dénombre au
moins trente cinq dont
: « s'attendre, augurer, prédire, présager,
prophétiser, pressentir, pronostiquer... »
Quant
aux dimensions, elles sont de l'ordre de la divination
(augurer,
prédire, prophétiser, deviner, conjecturer...) ou de l'ordre du
ressenti
(pressentir, anticiper, imaginer, penser, flairer, sentir.) et enfin de
l'ordre
de la planification (administrer, planifier, calculer, organiser,
préparer
voire gouverner.)
Si « gouverner c'est prévoir » ceci influe
que les gouvernants
se sont dotés, outre du recours à l'astrologue ou au voyant,
d'instruments
leurs permettant de prévoir les événements (crises, catastrophes,
révoltes,
révolutions...) dans un souci d'une meilleure gouvernance ou d'une
meilleure
réponse à une situation de crise.
Les
instruments sont pour la plupart connus du grand public, l'INSEE, les
différents Conseils Economiques et Sociaux, les services secrets, les
polices
politiques, les instituts de sondages, instituts ou organismes faisant
de la
prospective, de démographie, universités...
Hors de ces instruments étatisés ou vivant de la commande publique, les
gouvernants disposent des conseils des intellectuels ayant
accès à
l'espace public médiatique. En effet, on présuppose qu'ils sont en lien
direct
avec la réalité de terrain et des populations quant il s'agit
de
sociologie, d'économie, du
fait religieux, de la
santé, des relations politiques et internationales, etc.
Ils interviennent dans tous les champs de
préoccupations d'une
société, leur légitimité est conférée certes par un diplôme dans le
domaine de
compétence de leurs interventions, mais pas seulement, en fait le
diplôme est
une donnée mineure dans cette construction de légitimité ou de
reconnaissance,
c'est leurs pairs et leur public qui les adoubent.
Il ne suffit pas d'écrire pour avoir cette considération, ni d'afficher
des
titres universitaires pour être reconnu. C'est parce qu'on
reprend leurs
propos, leurs articles, diffusés, contestés, débattus qu'ils
acquièrent
ce sésame.
Voilà un
autre instrument sur lequel les gouvernants peuvent
s'appuyer,
car dans chaque administration il y a un service d'archivage qui
transmet tous
les matins aux directions une revue de presse.
L'espace public médiatique s'étant élargi avec l'introduction
des
nouvelles technologies de l'information, les individus récoltant les
articles,
les éditos, les critiques, ont eu un surcroît de travail à cause de la
massivité de l'information qu'ils ont à traiter, c'est pourquoi dans
certains
services des collectivités étatiques et territoriales des cellules de «
veille Internet » ont été
constituées.
Avec tous ses instruments permettant à nos gouvernants de prévoir les
évènements à court ou à moyen terme (personne ne sait le
faire à long
terme), ceux-ci auraient dû être en position de mieux gouverner, de
répondre
aux attentes des populations, de leurs électeurs ou dans la résolution
des
problèmes ou des conflits.
En réalité,
il n’en est rien !
Prenons le cas des grèves qui secouent les Antilles françaises
(Martinique et
Guadeloupe) malgré les signaux radiophoniques lors des émissions
accordant la
parole aux auditeurs, malgré les écrits dénonçant les
turpitudes et
les abus de positions dominantes faisant que la vie est extrêmement
chère, le
coût des produits par rapport aux revenus d'une partie des habitants ne
leur
permet pas de vivre décemment.
La faiblesse de la construction de logements sociaux crée des tensions,
car tous
les efforts sont portés sur la création de logements privés en
défiscalisation,
achetés directement sur Internet par des allogènes, lorsqu'ils sont mis
en
location trouvent difficilement preneur, car bien trop cher pour les
Antillais,
population ayant à supporter une double exclusion, celle de la
consommation et
de la location, quant à l'acquisition de logements, ils répondent à des
mécanismes incompris jusqu'à maintenant.
Des
retraités n'en pouvant plus de la pression fiscale, car ayant
des
retraites misérables pour le plus grand nombre, les plus débrouillards
et
les plus vaillants de 72 à 77 ans travaillent,
d'autres se
contentent quand ils ont un jardin de planter des légumes, des salades,
d'élever des poulets, des chèvres,
des moutons, tout ce qui leur permet de
pouvoir subvenir à leurs besoins
alimentaires et à l'occasion vendre une bête pour se
renflouer. J'ai
rencontré des personnes âgées qui pêchaient sur le bord de mer pour se
nourrir, activité de
plus en plus difficile à cause de la destruction des mangroves.
Nous avons une population en voie de paupérisation, une
population
qui s'appauvrit. Des jeunes sans
perspective, des diplômés écartés de l'emploi au profit des Français de
l'hexagone, en effet les békés pour des raisons qui leurs sont propres,
notamment par racisme n'embauchent pas ou peu de cadres antillais, ils
sont suivis en cela par certains groupes ou entreprises françaises. Ces
jeunes diplômés
se retrouvent à être employés partout dans le monde sauf chez
eux.
Nous sommes dans un système sociologique complexe mâtiné de
racisme, avec
des groupes de populations en fonction de leur couleur de peau vivent
les
uns à côté des autres sans jamais se mélanger.
Cela fait trois ans
que ces travers sont
dénoncés, disant qu'ils seront le ferment de violences
futures, car les
Afro-antillais ne se laisseront pas dépouiller sans réagir.
Nous avons ces politiques qui ne voient rien, n'entendent rien alors
qu'ils ont
en main les analyses et sont apparemment à l'écoute des
populations,
alors qu'est-ce qui explique cela ?
Plusieurs facteurs :
- tout d'abord, ils ont une gestion privée de la chose publique. Pas besoin de
développer, je pense que cela se comprend. Des fois ils sont englués dans des
idéologies surannées, parfois ce ne sont que de simples exécutants obéissant à
leurs mandants, quelques fois ils sont simplement des médiocres, des voleurs et
des menteurs.
Il m'arrive de me dire qu'ils ne sont que de simples commandeurs d'habitations
et leur vision du monde s'arrête à la limite de cette habitation.
Leur horizon est plus que restreint ores que leur appétit de pouvoir se
décuple.
Tony Mardaye
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