|
|
Sur un marché
antillais près de
Paris, des Martiniquais inquiets mais solidaires

A 7.000
kilomètres de leur île natale, sous le ciel
gris de la banlieue parisienne, des Martiniquais se disent, vendredi au
marché
antillais de Saint-Denis, inquiets mais solidaires des grévistes et
manifestants d'outre-Atlantique.
Dans
le supermarché "Exotic
center" - un des deux plus grands d'Ile-de-France pour les produits
antillais - des employés semblent désemparés devant l'ampleur de la
crise, tout
en jugeant qu'elle était inévitable.
"C'est
surtout le chômage qui pose
problème. Je ne sais pas ce que le gouvernement peut faire, mais il
faudrait
vraiment baisser les prix. Le yaourt ou les pâtes coûtent plus du
double
qu'ici!" s'exclame Yolaine, tout en rangeant jus de mangues et de
maracuyas.
Ici,
la communauté antillaise de région
parisienne se retrouve pour acheter des produits "de là-bas" et
échanger les nouvelles. Un million d'ultra-marins résident en
métropole, dont
600.000 en île de France.
Sur
les étals, crabes farcis, sucres à
coco, "pâtés goyaves" attendent preneur sous des palmiers en pot.
Senteurs et couleurs font oublier la neige qui tombe dehors.
Yolaine
a quitté la Martinique il y a 30
ans. "J'ai encore de la famille là-bas, mais ma maman est ici, donc je
n'y
retourne pas souvent. La dernière fois, c'était il y a 4 ans".
Malgré
la distance et le temps, elle se
sent proche de l'île.
Un
peu plus loin, devant son stand de DVD,
bougeant au rythme d'un zouk, Arnold se sent solidaire avec le
mouvement en
Martinique: "la vie trop chère, c'est inadmissible! La situation est
vraiment tendue là-bas, les magasins sont fermés. Pour ma famille,
c'est comme
le retour à l'ancienne. Ils utilisent du bois maintenant pour faire à
manger,
parce que l'électricité est trop chère, vous vous rendez compte?"
Le
jeune Martiniquais est venu s'installer
à Saint-Denis en 2000, pour trouver un travail correct. "Là-bas, tous
les
postes intéressants sont détenus par les Békés" (descendants des colons
blancs), accuse-t-il. "Ce sont eux qui possèdent tous les produits
alimentaires
et les magasins".
Inquiet
pour son avenir, il espère que le
mouvement apportera des solutions."Moi j'aimerais bien retourner au
soleil, mais on ne sait pas comment ça va être dans quelques années".
Marie-Clothilde,
sa collègue, vit depuis
1O ans seule en métropole. Elle retourne "là-bas" aussi souvent
qu'elle peut. La dernière fois, c'était en août 2008. "A chaque fois,
j'apporte autant de choses à manger que je peux", raconte-t-elle.
"Pâtes, riz et surtout viande congelée. Les légumes, ça va encore, pour
ceux qui ont un jardin, mais ceux qui n'en ont pas, c'est difficile."
Inquiète,
elle se tient au courant presque
tous les jours de ce qui se passe en Martinique. "J'ai eu ma sœur au
téléphone, elle essaye de trouver un magasin ouvert pour acheter de la
farine
et faire son pain elle-même".
Avec
un salaire plus élevé que ses sœurs,
elle envoie "de l'argent s'il y en a besoin". Selon elle, c'est
depuis l'euro que les prix ont vraiment commencé à "flamber".
"Quand on voyage pas, on s'en rend pas compte, mais moi, quand je
retourne
là-bas, je m'en rends vraiment compte!"
AFP - le 13 février 2009, 17h51
|
|