Après deux
nuits de violence,
accalmie en Martinique

Après une
deuxième nuit de déprédations et d’exactions, celle de mercredi à
jeudi, on
semble retrouver le calme en Martinique: la nuit de jeudi à vendredi
n’a vu
"que" quatre véhicules brûlés et quelques poubelles enflammées.
La nuit
précédente, par contre, les forces de l’ordre avaient procédé à 67
interpellations (contre 22 la veille). Précisons que les vols qui ont
eu lieu
ne concernaient guère les produits alimentaires ou de première
nécessité.
Après la
fracture des ouvertures de magasins, souvent des petites boutiques du
centre
ville, les voleurs se sont avant tout servis en motos (quads), bijoux,
appareils photos, informatique (au magasin Guy Vieules). (Voir
la vidéo de
France24)
Petite remarque
en passant concernant la protection des forces de l’ordre à l’égard des
commerces: ceux du centre ville, plutôt modestes, n’ayant bénéficié
d’aucune
surveillance particulière, ont subi le plus les déprédations et les
vols. Il
n’en fut pas de même à Didier, quartier chic.
Des agressions
et du racket ont été commis sur des particuliers, mis en joue par des
individus
en armes. Roland Laouchez, l’animateur de KMT, a été victime d’une
agression
ciblée, les vitres de son véhicule volant en éclats. Le journaliste
Serge Bile,
de RFO, a été l’objet de plusieurs tirs, qui l’ont amené à ne plus se
déplacer.
Concernant
l’incendie du supermarché Casino du centre ville, certains mettent en
cause les
gardes mobiles, qui, contrairement à ce qu’affirme monsieur le Préfet,
ont
parfois perdu leur sang froid et tiré nombre de projectiles (gaz
lacrymogènes).
Un jeune qui
avait lancé une bouteille de bière vide au milieu de la rue où il n’y
avait
personne, s’est vu gratifié d’un tir tendu. Et l’on sous-entend que ces
projectiles auraient très bien pu mettre le feu audit supermarché. En
tous cas
on ne voit pas l’intérêt des pilleurs à mettre le feu alors qu’ils sont
occupés
à dévaliser le magasin.
Aucune
jugement rendu
Les jeunes ont
bon dos… A moins que la jeunesse dans les Antilles perdure plus
qu’ailleurs.
Les individus arrêtés sont, pour la plupart, majeurs, entre 20 et 30
ans.
Beaucoup sont des repris de justice. Ils n’ont guère à voir avec le
mouvement
social et n’attendaient qu’une occasion pour voler ce qu’ils avaient
ciblé
depuis longtemps.
Aucun jugement
-sauf un- n’a été rendu lors des comparutions immédiates mais la
plupart des
prévenus sont restés incarcérés. Le seul jugement rendu concernait un
individu
pris pratiquement en flagrant délit avec un stock d’appareils photos,
et
d’articles volés au magasin Guy Vieules. C’est un fonctionnaire, agent
territorial.
La conséquence
de ces émeutes aura été la cessation totale de la distribution de
carburants
ordonnée par le Préfet. Car aux pompes, d’étranges individus font des
va et
vient pour remplir sans cesse leurs réservoirs et bidons.
La Martinique
est ainsi assise sur une bombe d’essence stockée n’importe comment par
l’un ou
l’autre. Cette situation provoque également, de fait, la cessation de
la grève
des ouvriers pétroliers, qui dès mardi, reprendront la distribution
normale,
sauf blocage évident de la partie patronale ou rupture des négociations.
L’état des
négociations
Elles ont
repris avec une baisse des exigences du Collectif qui ne demande plus
354 euros
d’augmentation pour les plus bas revenus, mais 250 euros. Celui-ci a
rappelé la
revendication d’un minimum social d’aide pour les 18-25 ans qui ne
bénéficient
pas du RMI.
Des animateurs,
sur KMT, ont évoqué l’augmentation récente de la TVA en Martinique. En
affectant le 1% de cette augmentation aux revendications du Collectif,
on
arriverait "à joindre les deux bouts" selon certains. Actuellement,
un montage serait proposé et on arriverait à plus de 200 euros pour ces
bas
salaires.
En Guadeloupe
un accord a été trouvé. Mais malgré l’accord de sept organisations
patronales,
le Medef refuse de le signer. Le président Sarkozy aurait déclaré que
les
négociation étaient en bonne voie en Guadeloupe.
Cependant, le
Medef semble bien posséder des appuis dans les hautes sphères de
l’Etat. Il y a
surtout la crainte, en cas de victoire du mouvement de grève, qu’un tel
mouvement fasse tâche d’huile… en métropole.
La
mobilisation
Celle des
jeunes n’est pas toujours celle qu’on attendait. Ainsi des lycéens qui
passent
leur bac, malgré les aides et réseaux d’aide mis en place, sont
inquiets et
souhaitent la fin du mouvement.
Quelques
éléments de la jeunesse, désoeuvrés, parfois sous l’emprise de drogues,
n’attendent qu’une occasion pour voler ou détrousser le passant, et ne
prennent
part en aucun cas au mouvement populaire de grève.
Cependant, la
mobilisation reste intacte, notamment chez les femmes, malgré toutes
les
difficultés. Des piquets de grève sont en place un peu partout et les
volontaires se succèdent pour assurer jour et nuit la relève.
J’en fais
partie pour la nuit prochaine.
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