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Les premières scènes de violence en Guadeloupe

face a face

Le conflit s’est durci hier dans l’île avec de nombreux heurts entre militants et forces de l’ordre. Après vingt-sept jours de conflit, Nicolas Sarkozy prend le dossier en main.

La Guadeloupe a connu ses premières violences hier, au vingt-septième jour de grève. Cette nuit, après une journée ponctuée de poussées de fièvre, plusieurs barrages spontanés ont été érigés par des manifestants et des grévistes autour de Pointe-à-Pitre. L’un de ces barrages, au Gosier, une petite commune touristique, a été enflammé.

Des CRS munis de boucliers sont intervenus et ont reçu des jets de pierres. Près du barrage, Jacques Gillot, sénateur et président du conseil général de la Guadeloupe, appelait vivement au calme.
Sur le pont de la Boucan à Sainte-Rose (Basse-Terre), des groupes de jeunes ont caillassé les forces de l’ordre et trois gendarmes mobiles ont été légèrement blessés. Les militaires ont alors procédé à des tirs de grenades lacrymogènes, appuyés par un véhicule antiémeute. Les autres barrages ont été installés sur plusieurs routes, y compris des nationales, par de petits groupes composés principalement de jeunes, répondant ainsi à l’appel lancé par le LKP (Lien contre la profitation) d’amplifier le mouvement.
Dès 4 h 30, les militants du syndicat avaient dressé des barrages en neuf points de l’île, avec tout ce qu’ils pouvaient : carcasses de voitures, palettes, pneus, rochers, branches de cocotiers… Dans le village de Sainte-Rose, les militants avaient dressé leur barrage près du pont de la Boucan, bloquant la circulation sur l’unique route qui longe le nord de Basse-Terre. Un escadron de quarante-cinq gendarmes, arrivé à 6 heures, avait rétabli une première fois la circulation. « On leur a dit qu’ils avaient dix minutes pour dégager la route, racontait un haut gradé. Ils n’ont pas obtempéré, on a donc fait le boulot nous-mêmes, moyennant quelques jets de pierres. »
Quelques instants plus tard, le barrage était reconstitué à l’identique, avec les mêmes carcasses de voitures, vieilles planches et pneus, par les militants. S’installait alors un long face-à-face entre gendarmes mobiles et villageois, séparés par un no man’s land de 150 m. Les premiers attendaient la tractopelle et les camions-bennes pour déblayer la route. Les seconds buvaient champagne et bière au son des tambours en attendant.

Un climat insurrectionnel

Changement radical d’ambiance à 13 h 20 : les blindés de la gendarmerie se mettaient en route. Femmes et enfants couraient s’abriter dans les maisons, tandis que les plus jeunes, le bas du visage protégé par des foulards ou des tee-shirts, ramassaient des pierres. Avant l’assaut, les militants avaient mis le feu au barrage, rendant plus difficile son déblaiement. Un climat insurrectionnel s’installait alors dans le village. Les jeunes mitraillaient de pierres les gendarmes, protégés par leurs costumes de RoboCop, et qui répliquaient par des tirs de bombes lacrymogènes.
Les gendarmes ont procédé à plus d’une cinquantaine d’interpellations. Seul Alex Lollia, leader du syndicat CTU, s’est plaint de violences, accusant les gendarmes de l’avoir matraqué et traité de « sale nègre »… Toutes les personnes interpellées ont ensuite été élargies, une dizaine d’entre elles étant convoquées devant la justice en juin, notamment pour « entrave à la circulation » et violence avec armes.

 Le Parisien