Sacré Willy
Que se passe
t-il
réellement en
Guadeloupe ? Pourquoi
ne parvient-on pas à sortir de la
crise, pardon, il
s’agit plutôt d’un
mouvement social, voire sociétal qui
a
toujours autant de vigueur, malgré des analyses plus ou moins
disqualifiantes faites
ici ou là. Chacun
s’interroge alors sur les véritables enjeux, qui sont de
plusieurs ordres, économique, mais aussi politique (au sens
d’organisation des
institutions relatives au fonctionnement de la société). A l’initiation
de ce
mouvement social, le LKP , regroupement de 49 syndicats, associations
culturelles et partis politiques, dont la plate-forme de
revendications,
comparable à un véritable cahier des charges , concerne tous les
aspects de la
vie en Guadeloupe et dit vouloir donner du « sens» à celle-ci.
L’essentiel
est que la base soit valable, la vigilance à l’égard des dérives devant
rester
de mise. Une chose est certaine est que les guadeloupéens veulent vivre
dans
une société démocratique, c’est sans doute ce que peuvent signifier les résultats du
sondage
Opinionway récemment paru (80%
défavorables à l’indépendance). Pour les
guadeloupéens,
« indépendance » signifie
sans doute
régime politique non
démocratique et misère, alors même qu’ils revendiquent une identité
propre,
d’où la complexité de la question du changement de statut.
Au moins tout
le monde s’accorde
–t-il à dire que le mouvement social en cours
est bien
plus qu’une grève
générale de par sa profondeur, comme si
quelque chose se
jouait à travers
cette crise pour le devenir
même des gens qui
vivent là. Le point
d’achoppement des négociations,
c’est la hausse des salaires. Le positionnement de certains
protagonistes tout
au long de celles-ci suscite la réflexion.
Willy est un de ceux –là.
Qui est
Willy ? C’est celui
qui représente le patronat dans les négociations. Oui, le gros
patronat, les
membres du Medef. En fait, Willy est le « paravent des
békés »
(dit-on ici et là ) et des grands groupes détenant certains monopoles
de
l’import-export en Guadeloupe, notamment. Il
fait presque pitié parfois comme dit une
guadeloupéenne « ti zorey ay dè plis an pli drèt
dèyè tèt ay »,
tellement il se démène depuis le début des négociations concernant la
hausse
des salaires. En tout cas il en fait beaucoup. Entre « noyer
le poisson »
en ne parlant que des petites entreprises, alors même qu’il sait qu’on
ne peut
les mettre sur le même plan que ces grands groupes, qui tout en faisant
des
marges extraordinaires, continuent à sous-payer leurs employés, alors
même
qu’ils touchaient des subventions et exonérations de la part de l’Etat
et
se faire passer pour une victime recevant
des menaces de
mort…ou inventer une agression au cours des négociations…
Alors on
s’interroge sur les
véritables motivations de Willy. Il se dit guadeloupéen. Soit, et il semble avoir été
traumatisé par
l’effet des évènements de Mai 67 sur un
de ses oncles, qui en aurait perdu la tête. En tout c’est ce qu’on a pu
comprendre lorsque les négociations étaient encore filmées, chacun a pu
jouer
son film, et Willy a eu son envolée lyrique et expliqué pourquoi
« plus
jamais çà ! ». Mais que voulait-il dire au
juste ? De Willy,
nombreux sont les gens qui avaient retenu deux choses :
l’émotion à propos
Mai 67, et puis la comparaison entre ce qui se passe ici et le conflit entre les hutus
et les tutsis,
lors du génocide rwandais. Nous avions été choqués, et certains
affirmaient
alors qu’il était manipulé, d’autres que c’est lui qui savait manipuler. Il n’empêche
qu’il sait théoriser
les choses, et occulter les vrais problèmes, en employant de grands
mots lui
donnant presque l’air d’un intellectuel. Prenons un exemple :
Dès l’abord,
dans les négociations, il a posé un « problème de
société », de
« projet de société » alors
même que la
question était celle de
l’augmentation des salaires et de la possibilité matérielle, voire
morale pour
les entreprises de faire cette augmentation.
Cette application que Willy
met à
jouer son rôle de représentant des membres
du Medef, dont se sont désolidarisés la majorité des patrons en
Guadeloupe
interpelle plus d’un, et interroge sur le véritable objectif, non pas
de ceux
qui « bloquent » la Guadeloupe, mais
de ceux qui
« bloquent les
négociations ». On
peut alors se
poser beaucoup de questions, surtout quand on apprend par ailleurs que
Willy
est le protégé de L. Parisot, présidente du Medef en France, et qu’il
n’a
lui-même pas d’entreprise. Willy recevrait-il toutes ses consignes de
là-bas ? Pourquoi cet acharnement de la part de Willy à nier
l’évidence et
à utiliser des arguments qui sont susceptibles d’irriter ? Quels sont les
véritables intérêts en
jeu ? Le vrai problème, il le sait, est celui du partage des
richesses, et
d’atténuer les « pwofitasyons », tout le monde le
reconnaît, sauf
Willy, qui fait semblant de s’enfermer dans une technicité qui n’est
même pas
convaincante.
Willy
serait-il mal dans sa
peau ? Il est vrai qu’il a dit être métis, mais métis ou pas,
comment
peut-on nier que les grands groupes sont détenus en Martinique et en
Guadeloupe
par quelques grandes familles de békés, descendants d’esclavagistes et
ne
pouvant s’empêcher pour certains de faire perdurer l’exploitation qui
était de
mise dans le cadre de l’économie de plantation, en
ne répartissant pas de manière équitable les
bénéfices produits
tout en bénéficiant
de facilités de
l’Etat ? Il y a bien sûr collusion entre certains
guadeloupéens et
ceux-ci, mais dans l’ensemble c’est un schéma économique qui est
contesté et
dont tout le monde
admet le caractère
illégitime. Le secrétaire
d’Etat Y. Jégo n’a-t-il pas dit que la « pwofitasyon» est une
dérive ? Et Willy d’expliquer que « dans le cadre de
la société
actuelle, avec les lois en vigueur, rien ne peut modifier l’impôt d’un
chef
d’entreprise. Il n’a pas « objectivement » de raison de
partager ses bénéfices
avec ses employés, s’il préfère par exemple les partager avec des gens
comme
Willy… peut-être. Sauf à changer le cadre. Et c’est là qu’on voit
l’enjeu de
ce fameux
« accord
interprofessionnel » qui fixe des limites à la
« pwofitasyon »,
ce qui semble déranger le
Medef. C’est
une conception qui se joue, et Willy
a
l’air si convaincu parfois de ce qu’il dit, qu’on pourrait le croire sincère. Il
défend le libéralisme
et le capitalisme, bec et ongles.
Alors, ne
pouvant s’attaquer au
fond, c’est-à-dire à ce qui fonde la démarche du LKP puisque de
nombreux chefs
d’entreprise sont d’accord pour dire que les revendications sont
fondées, Willy
a décidé de s’attaquer à la forme de la démarche. Et là encore, en bon
théoricien, Willy va chercher ce qui permet de considérer celle-ci
comme
« violente », « terroriste »,
relevant du
« centralisme démocratique », de la « pensée
unique »,
avançant « masquée » et j’en passe, reprenant
d’ailleurs certains
arguments d’un certains haut fonctionnaire ultra marin de la fondation
terra
Nova sur les
méthodes du LKP, pour
justifier le refus de reprendre les
négociations au motif que la veille , il avait été agressé par le
porte-parole
du LKP. (Ce qui a d’ailleurs été démenti par le Préfet). En fait, ce
n’est pas
la première fois que
des échanges un peu
rudes ont lieu, et on peut aisément
comprendre l’état de tension nerveuse dans laquelle se trouvent tous les protagonistes de
cette négociation.
On ne comprend pas non plus que le
Medef confirmait une suspension de séance, à la fin de la négociation
puisque
rendez-vous avait été pris pour le lendemain, pour ensuite prétexter
cet
incident pour ne pas se présenter aux négociations, et faire une
conférence de
presse à ce sujet, pendant que les autres
participants aux négociations l’attendait. Tout cela est
fort bizarre et pousse encore à s’interroger sur
les véritables motivations du Medef à travers Willy ou de Willy
lui-même, sauf
que le problème est qu’il ne parle même pas en son nom, non, il est le
défenseur des forts. Cela n’est donc pas étonnant qu’à force d’entendre
dire
que c’est le Medef qui bloque les négociations, de voir le Medef
représenté par
Willy les gens
finissent par
l’identifier au Medef, certains l’invectivant dans la rue, si c’est
vrai…, car
Willy n’est pas à un mensonge près.
On se demande
vraiment ce qui se
joue là, pour
Willy, à travers ce
conflit, car il dit
aimer la Guadeloupe
et en même temps ne semble pas
être
prêt à faire revenir la paix sociale, au nom de quels intérêts
supérieurs ?? Comme
disait
d’ailleurs un petit-fils de béké, n’est-ce pas l’occasion qui est
donnée pour
se tenir par la main, (Willy en tant que métis serait justement bien
placé) en
reconnaissant les choses, c’est-à-dire la nécessité de donner un
pouvoir
d’achat décent aux gens, par ceux qui ont toujours été du côté des
exploiteurs.
L’enjeu de tout cela dépasse
sans doute Willy lui-même, si on
comprend que derrière tous ces
atermoiements du Medef se cache le
refus d’admettre la
nécessité de
revoir la répartition des richesses
dans la société ou comment limiter les
« pwofitasyons ». Là
c’est une question qui regarde aujourd’hui n’importe quel chef d’Etat
et qui
concerne la part d’interventionnisme de l’Etat pour limiter les abus et
réguler
la paix sociale, d’où le caractère exportable de la revendication du
LKP
concernant le pouvoir d’achat. Libéralisme et socialisme s’avèrent tous
les
deux insuffisants pour penser les rapports sociaux aujourd’hui. Les sociétés
post-capitalistes sont à
inventer. En tout
cas toute société se
doit de mettre des garde-fous et l’adhésion de nombre de guadeloupéens au LKP affirmant une
identité
guadeloupéenne tout
en réclamant leur
droits dans le cadre du droit français pose un problème qui dépasse la
Guadeloupe et même la France. Il s’agit
de la revendication des droits essentiels
concernant tout homme devant
pouvoir vivre sur un territoire donné, ce qui passe par une réduction
des
inégalités sociales et une organisation de tous les secteurs de
l’existence ,
aujourd’hui sans doute dans la perspective d’un développement durable…
Ainsi, Willy
tout en accusant
les membres du LKP d’être prêts à tout pour parvenir à leurs fins,
(puisque
selon lui, il y a toujours « quelque chose derrière »
, « le véritable but n’est pas avoué » etc) montre que lui
aussi dans sa logique
capitalistique et pragmatique, est
prêt
à tout en caricaturant un mouvement, en le réduisant à quelques
pratiques qui
pourraient être
condamnables si elles
étaient prouvées, mais
ne correspondent
en aucun cas aux valeurs prônées par le LKP et surtout en faisant
semblant de
confondre le fond et la forme. Le plus grave c’est que Willy, tout en
prenant
cette posture arrive à tromper certains, mais montre à beaucoup
d’autres son
mépris conscient ou inconscient pour la Guadeloupe et les nombreux
guadeloupéens sensés s’étant positionnés pour le LKP, y compris dans le
monde
de l’entreprise. Le
LKP au moins fédère
autour de valeurs nobles, mais que défend au juste Willy ?
Serait-il
vraiment une marionnette articulée d’ailleurs, car on a du mal à croire
qu’il
soit aussi machiavélique. En tout cas il intrigue…
Peut-être faudrait-il chercher dans son passé
personnel les
raisons de son comportement ?
Nous
laissons cela aux psychologues de la place…
Nicole Rauzduel- Lambourdière
Prag Philosophie
Guadeloupe
Membre de la société civile 27
février 2009