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Un
premier accord imminent ?
 photo :Trikess DES NOUVELLES DU FRONT DE
GUADELOUPE
36ème
JOUR DE GREVE
GENERALE : OÙ EN SONT EXACTEMENT LES NEGOCIATIONS ?
1° Le
monde nous regarde
En
Martinique, les choses se
corsent : la nuit dernière a été particulièrement violente, cinq
voitures ont
flambé, des magasins ont été pillés ou brûlés, des affrontements ont eu
lieu
entre les émeutiers et la police. Pendant ce temps-là, la grogne
sociale
s’amplifie dans l’hexagone à mesure que le soutien envers les Antilles
s’accentue. La dernière grosse manif de solidarité a réuni 10 000
personnes
selon la police, 40 000 selon les organisateurs (je vous laisse le soin
de
faire la moyenne) pour la seule ville de Paris, mais les manifestations
de
soutien se multiplient dans toute la France ! Le monde entier a les
yeux
tournés vers la Guadeloupe, comme en témoigne la présence ici de la
presse
internationale (CNN et Al Jazeera pour ne citer que les plus connus).
2° Un
mensonge d’Etat
Mais qu’en
est-il exactement de
l’évolution des négociations ? Rappelons déjà, ce que nous avons dit
par le
passé et qui reste d’actualité : M. Jégo se vante d’être arrivé à un
accord sur
131 points de la plateforme de revendication du LKP, désinformation
reprise
comme un fait par la plupart des médias nationaux ; ceci est bien sûr
un
mensonge éhonté. Disons pour faire vite que les 131 points en question,
lors
des premières discussions, n’ont pas semblé faire l’objet d’un blocage
particulier de la part des différents acteurs et qu’on peut s’attendre
à ce
qu’un accord soit signé assez facilement pour chacun de ces points. Le
seul qui
ait été véritablement acté est celui concernant la baisse du prix de
l’essence.
Les bénéfices vertigineux réalisés sur notre dos par les actionnaires
de la
SARA (Société Anonyme de Raffinerie des Antilles), ayant ici le
monopole de
l’approvisionnement en essence, auxquels il faut ajouter les millions
de
subventions versés à cette société par les collectivités territoriales,
constituaient un vol manifeste. La baisse du prix de l’essence, en
adéquation
d’ailleurs avec la chute du prix du baril, n’est que justice.
Toutefois, cette
victoire ne saurait constituer une fin en soi et il faut absolument que
d’autres
alternatives au "tout voiture" soient trouvées comme par exemple, une
véritable politique de développement des transports publics, ce qui
fait
l’objet d’une revendication de la part du LKP.
3° Le
MEDEF contre tous
Lorsque les
négociations ont commencé,
tout le monde s’est entendu sur 19 points qui devaient être traités en
priorité
avant la reprise du travail; tous les points restant pouvant être
abordés sur
un planning plus étalé après la fin de la grève ou du moins après sa
suspension. L’augmentation de 200 euros est, parmi ces points, celui
qui pose
de loin, le plus de problèmes. Concernant cette question, un accord
pourrait
désormais intervenir très rapidement. Depuis le pré-projet de protocole
d’accord du 8 février, les positions des uns et des autres ont pas mal
évoluées. Il était alors envisagé une baisse des charges patronales
pour
financer les augmentations de salaires (une aberration). Aujourd’hui,
on est
revenu à une mesure plus juste qui consisterait à baisser les charges
salariales, en l’occurrence en supprimant CSG et CRDS. Ces deux taxes à
elles
seules, représentent 8% du salaire brut. Pour 70% des travailleurs, ces
8%
équivalent aux 200 euros réclamés. La différence sur les 30% de
travailleurs
restant seraient à la charge du patronat. Finalement et contre toute
attente,
cette mesure va concerner tous les salariés sans exception, mais aussi
les
chômeurs, retraités, etc., qui payent tous ces taxes. Seul le MEDEF,
représentant le grand patronat, traîne encore les pieds mais il se
retrouve
bien isolé. Les petits patrons regroupés dans des organisations comme
l’UCEG,
l’UPA(les patrons artisans) ou encore l’UPEG ont d’ores et déjà fait
savoir
qu’ils sont d’accord avec cette solution et apparemment, le préfet
ferait
pression sur le MEDEF local pour qu’il cède. Et il cèdera parce que
nous sommes
mobilisés et déterminés parce qu’ensemble nous sommes forts, et parce
que sans
les travailleurs qui produisent la richesse, les patrons ne peuvent
rien.
4° Le
sprint final
Cette
première victoire serait
un exemple formidable pour les travailleurs du monde entier, mais elle n’est pas sans risque :
il ne faudrait pas
que sur cette base, on oublie les autres points, et surtout la poignée
de ceux
considérés comme fondamentaux et urgents. Si nous n’avions fait tout ça
que
pour retourner aussitôt dépenser les 200 euros si durement acquis, chez
Carrefour, pour
acheter je ne sais quel
gadget superficiel, nous foulerions aux pieds toutes les valeurs qui
nous ont
portés pendant ces longues semaines de sacrifice. Le LKP a fait émerger
une
nouvelle conscience vis-à-vis de notre environnement, de la vision
collective
qui doit dépasser notre individualisme et consumérisme quotidien, il a
entraîné
dans son sillon des dizaines de milliers de citoyens soucieux de
s’engager pour
des causes justes et a commencé la construction d’une nouvelle identité
guadeloupéenne sur des bases plus saines. La grève ne saurait s’arrêter
juste
pour 200 euros, ce soir ou demain si un premier accord est trouvé. A
priori et
de l’avis de tous, les quelques points urgents restant peuvent trouver
une
solution rapidement, d’autant plus rapide que nous saurons maintenir le
rapport
de force qui joue en notre faveur. Notre patience et notre résistance
ont
inspiré le respect et l’intérêt du monde entier, nous arrivons au
moment du
sprint final et la ligne d’arrivée est clairement en vue. Devons-nous
nous
arrêter et commencer à sauter de joie en proclamant notre victoire dans
l’espoir que les autres derrière, écoeurés par notre démonstration,
s’arrêteront
et s’avoueront vaincus ou devons-nous au contraire poursuivre avec ce
même
moral, cette même force que nous ne soupçonnions même pas en nous, afin
de
réellement remporter la course ? Soyons encore plus nombreux à répondre
aux
appels à la mobilisation du LKP et montrons à tous ceux qui ont de tous
temps
parié sur nos faiblesses, nos divisions, notre lassitude, que ce
temps-là est
fini et qu’en Guadeloupe, on reste doubout, et qu’on est fier d’ouvrir
la voie
au reste du monde. Kembé red !
Frédéric
Gircour
source
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