Et au milieu
des négociations, Jégo
quitta la Guadeloupe
Dimanche
soir, à la surprise générale, le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer a
repris
l'avion pour Paris. Que s'est-il passé juste avant ce départ? Que
peut-on
attendre des prochaines heures? L'EXPRESS.fr fait le point.
Samedi 7
février, 11 heures
A
la préfecture de région, à Basse-Terre, on entame de nouvelles
négociations.
Représentant l'Etat, les collectivités locales, patrons et syndicats,
26
personnes se retrouvent pour essayer de sortir l'île de trois semaines
de
blocage. Yves Jégo, arrivé en Guadeloupe le 1er
février, est bien
sûr autour de la table et a promis que l'ensemble des acteurs du
dossier ne
sortiraient pas de la préfecture avant qu'un accord ne soit trouvé. A
l'intérieur, Jacques Gillot, sénateur et président apparenté socialiste
du
conseil général, et Victorin Lurel, président de la région Guadeloupe,
jouent
le rôle de médiateur.
Samedi 7
février, après-midi
Des
milliers de manifestants, venus de toute la Guadeloupe, entourent la
préfecture. Des journalistes sur place parlent de 50 000 personnes, un
chiffre
remarquable à l'échelle de l'île. A l'intérieur, Victorin Lurel "fait
le go-between
entre Yves Jégo et le patronat", pour reprendre ses mots. L'élu
explique
que si, à l'extérieur "l'ambiance n'est pas tendue, à l'intérieur,
entre
les négociateurs, on note pas mal d'éclats de voix". Jacques
Gillot,
négociateur, se fâche tout rouge, quand le secrétaire d'Etat lui
suggère
d'augmenter la taxe sur les tabacs: "Nous l'avons déjà augmenté et nous
n'avons pas une fiscalité tyrannique", lui répond-il.
Samedi 7
février, dans la soirée
Jacques
Gillot profite d'une interruption de séance pour s'exprimer au micro de
RFO,
qui n'émet plus que quelques dizaines de minutes par jour, grève
oblige. Le
sénateur annonce que lundi, une première baisse de trois centimes sur
le prix
de l'essence sera effective. Puis une seconde jeudi. Le prix du litre
de sans
plomb passera en moins d'une semaine de 1,16 à 1,07 euros, le gazole de
0,99 à
0,93.
Dans la nuit
de samedi à dimanche
Un
terrain d'entente a été trouvé sur 131 des 132 points de la discussion.
Mais
les négociations se tendent sur la question salariale et la
revalorisation du
pouvoir d'achat. "Nous avons proposé une augmentation de 100 euros brut
pour tous les salariés. Cela représente une enveloppe d'environ 90
millions
d'euros", explique Nicolas Vion, président du groupement hôtelier et
touristique de Guadeloupe, l'un des négociateurs patronaux. Refus du
LKP, qui
réclame 200 euros nets pour tous les salaires inférieurs à 1,6 fois le
Smic.

Dimanche 8
février, 7h30
Après
22 heures sans dormir, tous les acteurs du dossier quittent la
préfecture.
Selon les syndicats et les élus, tous les acteurs se seraient entendus
autour
d'un pré-accord, qui prévoit une augmentation de 200 euros pour les
salariés
touchant 1,6 fois le Smic, soit 45 000 personnes. Les autres pourront
négocier
une hausse de 3%.
Coût
prévisionnel du dispositif : 108 millions d'euros. Le patronat
demande que
l'Etat accorde des exonérations de charge qui financeraient cette
somme. Yves
Jégo répond qu'il doit étudier cette demande avec Matignon. Le
secrétaire
d'Etat craint en effet l'effet boule de neige: si la Martinique, la
Guyane et,
bientôt, la Réunion réclament à leur tour de telles revalorisations, la
facture
s'annonce insupportable pour le budget de l'Etat.
La
reprise des négociations est fixée à 17 heures, avant d'être décalée à
18
heures un peu plus tard.
Dimanche 8
février, 16 heures
Le
préfet de région, Nicolas Desforges, essaye de joindre Victorin Lurel,
président du conseil régional, qui ne peut prendre l'appel.
Dimanche 8
février, 16h15
Victorin
Lurel rappelle le préfet qui lui passe Yves Jégo. "Je dois repartir",
lâche alors le secrétaire d'Etat. Les représentants patronaux sont
également
avertis. Dans la foulée, le président du conseil régional appelle Elie
Domota,
porte-parole du LKP pour le prévenir du départ précipité d'Yves Jégo.
"Personne n'était au courant", assure Victorin Lurel. Les membres de
l'intersyndicale se dirigent alors vers l'aéroport pour s'entretenir
avant le
départ du secrétaire d'Etat. Ils trouvent les grilles de l'aéroport
fermées.
Le
départ d'Yves Jégo n'a pas surpris tout le monde. "Nous étions dans une
situation de blocage et le secrétaire d'Etat ne pouvait pas aller au
delà dans
ses propositions", estime Nicolas Vion, pour qui aucun accord n'avait
été
décidé à l'issue de la dernière séance de négociations.
Lundi 9
février, au petit matin
Yves
Jégo est de retour en métropole. Sur Europe 1, il affirme qu'il
reviendra dans quelques
heures "avec des solutions". Une rencontre entre François Fillon et
Yves Jégo est prévue ce lundi à 15 heures.
Pendant
ce temps-là en Guadeloupe, plusieurs élus appellent à une journée "île
morte" pour protester contre le départ du secrétaire d'Etat.
Lundi 9
février, 16 heures
A
l'issue de sa rencontre avec François Fillon, Yves Jégo annonce qu'une
réunion
de ministres aura lieu mardi sur la crise en Guadeloupe.
Il
s'agit, a-t-il dit, de "faire le point de la mise en oeuvre de ces
mesures
(négociées depuis huit jours, ndlr) qui vont changer la vie des
Guadeloupéens", mais aussi d'examiner le "point de blocage,
c'est-à-dire le conflit de travail entre les salariés et les
employeurs,
puisque le dernier point qui bloque ne concerne pas l'Etat, c'est un
conflit
entre salariés et employeurs".
Et
maintenant ?
Pour
Victorin Lurel, Yves Jégo ne pourra être de retour sur l'île avant
mardi, 15
heures (heure guadeloupéenne). Les négociations pourraient reprendre
dans la
foulée si le secrétaire d'Etat n'est pas trop épuisé. Qu'aura-t-il en
poche ? "S'il ne revient pas avec un accord, la situation va
s'envenimer",
prévient le président du conseil régional, qui n'est pas très
optimiste:
"Des rumeurs racontent que Matignon a d'ores et déjà refusé de financer
le
dispositif d'augmentation des salaires et, selon mes informations,
Xavier
Darcos a écarté l'idée de créer dix-neuf postes supplémentaires
d'enseignants."
De
son côté, Nicolas Vion pense qu'il est préférable de ne pas se
précipiter.
"Prenons le temps de la réflexion", explique ce responsable de
l'industrie hôtelière, qui table sur une réouverture des négociations
mercredi
11 février.
Matthieu
Deprieck, Thierry Dupont
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