A qui profitent les hausses ?
... Pourquoi cette
flambée des prix ?
La grande distribution et la
plupart des commentateurs et des médias incriminent l’augmentation des matières
premières céréalières et du lait pour expliquer cette hausse vertigineuse des
prix à l’étal.
Certes, en raison d’un déficit
mondial de production et de stocks et de mouvements spéculatifs les cours des
céréales ont connu une forte progression depuis le début de l’été 2007 (+97%
pour le blé par exemple), conduisant à une augmentation des coûts de production
pour les éleveurs laitiers, pour les éleveurs d’animaux destinés à la boucherie
ou la production d’œufs, ainsi que pour les produits transformés à base de
viande, lait, œufs et céréales.
Certes encore, du fait d’une
pénurie européenne et mondiale, les cours du lait ont assez sensiblement
progressé (+15 à 20%) depuis quelques mois.
Mais le poids de la hausse du
prix des céréales et du lait, aussi importantes soient elle, doit à double
titre être fortement relativisé :
1) Les éleveurs en particulier
familiaux ne sont pas fous. Nombre d’entre eux intègrent une production de
céréales sur leur exploitation et n’en achètent sur le marché qu’en cas de
nécessité (surfaces cultivées insuffisantes, mauvaise récolte, ou encore en
fonction de certains besoins des animaux, mise bas, maladie,….). Ces achats ne
représentent en général que 10 à 40% de la consommation de leur troupeau, voire
même rien du tout pour ceux qui couvrent la totalité de leurs besoins. Si le
prix des céréales a nettement augmenté il ne doit donc pas être répercuté dans
la même proportion pour les produits alimentaires issus de l’élevage, loin de
là.
2) La part des matières
premières agricoles dans le prix de revient des produits transformés est faible
voire très faible. Le blé représente par exemple 3% du prix du pain,
l’augmentation du prix du blé aurait donc du se traduire par une hausse de 1,7%
du prix de celui ci, alors qu’elle a représenté plus de 7%. Même chose pour le
prix du lait : Ce dernier ne rentre que pour 10 à 30% dans le prix de
revient des produits laitiers transformés, les hausses ne devraient donc pas
excéder 5%, très loin des 20 voire même plus de 40% enregistrés sur de nombreux
produits.
A qui profitent les
hausses ?
Devant la valse des étiquettes
des produits alimentaires dans les grandes surfaces les paysans n’en croient
toujours pas leurs yeux.
En dehors des gros céréaliers
qui ont connu en 2007 une amélioration sensible de leur revenu, la plupart des
autres producteurs voient en effet au mieux la rémunération de leur travail
stagner et dans de nombreux cas chuter.
Les petits céréaliers par
exemple n’ont pas enregistré une hausse importante de leur revenu, du fait
notamment de l’envolée des produits pétroliers et des engrais.
Les éleveurs d’animaux pour la
viande sont de leur côté doublement confrontés à des baisses des cours (jusqu’à
- 20% pour les broutards) et à la hausse des coûts de production (gazole,
engrais, compléments alimentaires pour le bétail notamment). Les éleveurs de
porcs, de moutons, de bovins ont perdu entre 20 et 35% de revenu durant l’année
2007.
Si les producteurs laitiers
s’en sortent actuellement un peu mieux que les autres éleveurs grâce à la
hausse récente du prix du lait, cette amélioration est encore loin de rattraper
les prix bas qui ont sévi durant les trois dernières années. Cette hausse ne
fait par ailleurs en général que compenser l’explosion des coûts de production.
Si l’immense majorité des
paysans subissent baisses des prix et de revenu et que les produits
alimentaires flambent, la question se pose dès lors de savoir où va l’argent
des consommateurs.
Une récente étude publiée en
octobre 2007 par la documentation française apporte un éclairage décisif sur
cette question en indiquant que quelque soit le niveau de valeur ajoutée des
produits agricoles (produits bruts ou transformés, produits de bas de gamme ou
labellisés), c’est la grande distribution et elle seule qui depuis de
nombreuses années en récupère sans partage une part toujours croissante.
De 20% il y a 20 ans, la part
moyenne des producteurs agricoles et des éleveurs dans le prix final de leurs
produits au consommateur est passée aujourd’hui à 10%, celle des entreprises de
transformation indépendantes des groupes de la distribution (dont une très
large majorité de PME) de 40 à 35%, et celle des grands distributeurs de 40 à
55%.
Contrairement à une idée reçue,
les aides communautaires distribuées depuis 1992 aux producteurs et éleveurs
pour faire face aux baisses de prix continues ne changent rien à cette
tendance. Elles sont de fait elles mêmes indirectement récupérées par les
groupes de la distribution.
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