Le
spleen des ménages français bat des records en janvier
PARIS (AFP) - Le moral des ménages a poursuivi sa chute en
janvier, touchant le plus bas niveau de son histoire, signe du malaise
croissant des Français face à la dégradation de la situation économique et de
leurs craintes pour leur pouvoir d'achat.
Pour
certains économistes, ce pessimisme persistant des Français est d'autant plus
inquiétant qu'il est de très mauvais augure pour la croissance, soutenue quasi
exclusivement ces dernières années par la consommation des ménages.
L'indicateur
de confiance des ménages publié mardi par l'Insee accuse une baisse de quatre
points (-34). Avec cette septième baisse consécutive, l'indicateur s'est au
total écroulé de 21 points depuis juin dernier, note Marc Touati, économiste
chez Global Equities.
"Même
en 1993, dernière année de récession en France, on n'avait pas sombré dans une
telle sinistrose (...) Les ménages sentent bien que les mois qui viennent
seront particulièrement éprouvants", renchérit Alexander Law, du cabinet
Xerfi.
Tous
les soldes (différence entre les pourcentages de réponses positives et
négatives) qui composent cet indicateur se dégradent mais c'est celui sur les
"perspectives d'évolution du niveau de vie en France" qui accuse la
chute la plus spectaculaire: douze points en l'espace d'un mois pour s'établir
à -44, un record absolu depuis la création de l'enquête en 1987.
L'opinion
des ménages sur "l'évolution passée du niveau de vie en France" se
détériore également (-2 points), indique l'Institut national de la statistique.
L'enquête
de l'Insee s'est achevée le 21 janvier, "jour du décrochage des Bourses
européennes" et son plein impact sur la confiance des ménages ne se fera
donc sentir que le mois prochain, relève Mathieu Kaiser (BNP Paribas).
Le
solde sur "l'évolution passée de la situation financière des ménages"
recule également (-2 points), tandis que les Français sont à nouveau plus
pessimistes sur leur "situation financière future" (-3 points),
ajoute l'Insee.
"Dans
ces quatre cas, les indices correspondants s'effondrent depuis six mois et
atteignent des plus bas historiques. Et ce, malgré la baisse de l'indice
relatif aux craintes d'augmentation des prix. En d'autres termes, la vraie inquiétude
des ménages n'est pas tant dans l'inflation, mais plutôt dans la faiblesse
durable de la croissance, de l'emploi et des revenus", analyse M. Touati.
Le
solde sur "l'opportunité de faire des achats importants" cède lui
aussi du terrain (-1 point), à son plus faible niveau depuis près de cinq ans.
"Or,
on ne cesse de le répéter, la consommation des ménages est le moteur
indispensable de la croissance française. Ce moteur est aujourd'hui
sérieusement grippé", souligne Alexander Law, économiste au cabinet Xerfi.
Selon
lui, la croissance ne dépassera pas 1,4% cette année, tandis que M. Touati la
voit comprise entre 1 et 1,6%. Loin des prévisions du gouvernement de 2 à
2,5%...
"L'optimisme"
de la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, "quant à l'état actuel et
futur de l'économie française tranche avec la réalité du pays et avec la
perception qu'en ont ses habitants", ironise Marc Touati.
En
janvier, les ménages sont un peu moins nombreux à juger opportun d'épargner
mais ce sentiment reste à un haut niveau. "Il est plus que probable que
les Français soient en train de reconstituer une épargne de précaution, pour se
préserver des mauvais jours. C'est donc autant d'argent en moins qui sera
consacré à la consommation", ajoute M. Law.
Autre
crainte manifestée par les Français: l'inflation, dont le regain récent érode
encore un peu plus le pouvoir d'achat des ménages.
Laurent BANGUET
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