Soupçons
d'entente chez les géants du poulet
Les
grands producteurs de volailles se seraient entendus sur les prix minima de
vente au consommateur.
La polémique sur les prix de l'alimentaire
à peine calmée, c'est au tour de la filière avicole de faire l'objet de tous
les soupçons. Une enquête la concernant est en cours depuis novembre 2007,
à la demande du ministre des Finances. Il faut dire que la DGCCRF, la police
des fraudes à la consommation, avait déjà réuni de nombreux indices signalant
l'existence d'une entente entre les professionnels français de la volaille.
Les enquêteurs avaient en réalité détecté
des anomalies dans les rayons boucherie-volaille des grandes surfaces dès 2006.
Les relevés d'étiquettes effectués dans différents magasins présentaient des
concordances troublantes. À cela s'étaient ajoutées les déclarations explicites
d'un grossiste en volaille dont le rôle consiste à acheter, emballer et
étiqueter avant de revendre le produit aux distributeurs.
Couvert par l'anonymat, il avait révélé
que les abattoirs fixaient des prix minimum de vente au consommateur pour «tous
les produits à caractère médiatique et à volumes importants». Il avait précisé
que cette pratique existait depuis une vingtaine d'années sur les produits labellisés
et depuis une douzaine d'années pour les autres.
Le grossiste avait même fourni aux
enquêteurs des grilles de prix minimum conseillés qui lui avaient été envoyés
directement par les entreprises Ronsard, Sovol (groupe Gastronome) et Fermiers
landais (groupe Arrivé). Sa marge de manœuvre pour afficher un prix inférieur
était nulle puisqu'à la moindre entorse il risquait tout simplement de ne plus
être livré.
Ces propos déjà très éclairants ont
ensuite été corroborés par d'autres et notamment certains responsables des
rayons volaille de la grande distribution. Chez Auchan notamment, plusieurs
salariés ont confirmé que la Fédération des éleveurs de volaille «définit
interprofessionnellement des prix de vente minima pour la volaille au kilo, y
compris la découpe.»
Perquisitions en rafale
Les grands groupes du
secteur sont évidemment tous concernés par cette affaire, à l'instar de LDC
(Loué, Le Gaulois), Doux (Père Dodu) ou Gastronome (Les Poulets du Gers). Seul
le groupe Duc semble pour l'instant échapper à tout soupçon. Les producteurs de
canard comme Delpeyrat ou Euralis sont également cités dans cette affaire. Tout
comme les distributeurs. Le fameux grossiste anonyme avait en effet expliqué
aux enquêteurs : «Les enseignes sont parfaitement au courant. Elles en
profitent pour faire une marge plus importante et maîtrisent mieux ainsi
les prix pratiqués par leurs concurrents.» Entre les mois de juin et juillet
2007 les prix pratiqués à travers la France dans quatre magasins Auchan, deux
Carrefour et un Leclerc étaient quasi identiques. Le Poulet de Loué y était
partout en vente à 4,49 euros le kilo (4,45 chez Leclerc). Le résultat de
ces découvertes ne s'est pas fait attendre. Une fois obtenu le feu vert du
ministre et du juge des libertés, les enquêteurs ont procédé dès décembre
dernier à une rafale de perquisitions chez les groupes concernés, leurs
organisations professionnelles, Auchan et un hypermarché Carrefour d'Évry.
L'enquête devrait mettre encore plusieurs mois avant d'arriver à son terme et
être transmise au Conseil de la concurrence pour être jugée.
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