Haïti : les "émeutes de la
faim" gagnent les rues de Port-au-Prince
Des
violentes manifestations contre la vie chère se sont étendues, mardi 8 avril,
dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, où des casques bleus brésiliens ont
déployé des blindés légers pour protéger le palais présidentiel. Une quinzaine
de personnes ont été blessées par balles, un véhicule de la Mission de
stabilisation des Nations unies en Haïti (Minustah) a été incendié et plusieurs
commerces ont été pillés.
Depuis le début des "émeutes de la faim",
le 3 avril dans la ville méridionale des Cayes, cinq personnes ont été tuées et
une cinquantaine d'autres blessées lors de violents affrontements avec la
police haïtienne appuyée par les casques bleus. Les prix des denrées de base, le
riz, le maïs et le sucre, se sont envolés ces dernières semaines.
Mardi, des groupes de manifestants très excités ont
tenté d'enfoncer, à l'aide de poubelles, les grilles de l'imposant palais
présidentiel, au centre de Port-au-Prince. Un photographe, Jean-Jacques
Augustin, et un cameraman, Leblanc Makenzy, ont été blessés par des balles en
caoutchouc tirées par les soldats onusiens pour disperser les manifestants.
Des groupes de casseurs ont endommagé de nombreux
véhicules et attaqué à coup de pierres les locaux du quotidien Le Matin,
dans la banlieue résidentielle de Pétionville. Des barrages de pneus enflammés
ont interrompu la circulation dans les quartiers populaires de Martissant, de
Fontamara et de Cité Soleil, où des manifestants réclamaient la démission du
président René Préval.
Le secrétaire d'Etat à la sécurité publique,
Eucher-Luc Joseph, a lancé une sévère mise en garde aux casseurs. "Nous
ne tolérerons pas que la vie des gens soit menacée, les forces de sécurité
agiront avec vigueur", a-t-il lancé à la télévision. Le 4 avril, le
premier ministre, Jacques Edouard Alexis, a accusé les trafiquants de drogue et
les contrebandiers, très actifs dans le sud du pays, "de
manipuler" les manifestants.
A New York, le Conseil de sécurité des Nations
unies a renouvelé son appui au gouvernement haïtien et à la Minustah. Le chef
de cette mission, le Tunisien Hedi Annabi, a souligné "l'extrême
fragilité" des progrès accomplis pour "stabiliser"
Haïti, où l'ONU a envoyé 9 000 militaires et policiers, pour la plupart latino-américains.
Le premier ministre vient d'annoncer le rapide
déblocage de 1,6 milliard de gourdes (27 millions d'euros) pour la création
d'emplois, l'ouverture de restaurants communautaires et l'octroi de
microcrédits. Des mesures bien tardives pour les dizaines de milliers de
manifestants dont le cri de ralliement est "Nou grangou" -
"Nous avons faim", en créole.
Jean-Michel Caroit source
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