France: la consommation des ménages décroche, risques pour la croissance
PARIS (AFP) - Inflation et
morosité obligent, la consommation des ménages français a de nouveau décroché
en janvier, reculant de 1,2% malgré les soldes d'hiver, un ralentissement qui
risque de se confirmer dans les prochains mois et de peser dangereusement sur
la croissance en 2008.
Selon les chiffres publiés
vendredi par l'Insee, la consommation en produits manufacturés, qui ne
représente qu'un quart de la consommation totale mais constitue un bon
indicateur de la tendance globale, a cédé du terrain dans tous les secteurs à
l'exception de l'habillement, subissant son recul le plus marqué depuis juillet
2004.
Dopé par les soldes, le
cuir-textile a gagné 2,3% par rapport à décembre, mais seulement 0,1% sur un
an.
La chute est particulièrement
nette dans les biens durables (-3,9%), qui enregistrent leur plus forte baisse
depuis plus de onze ans, en raison du plongeon des achats d'automobiles (-8,7%
après +6,7% en décembre), souligne l'Institut national de la Statistique.
"Les gens ont acheté
en décembre plus de voitures, anticipant le bonus-malus écologique qui entrait
en vigueur au 1er janvier", explique-t-on à Bercy. Abstraction faite de ce
"coup d'accordéon" dans l'automobile, "la consommation se serait
redressée", assure l'entourage de la ministre de l'Economie, Christine
Lagarde.
"En dépit des
apparences, la consommation des ménages tient à peu près le coup",
confirme Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès. "Cette analyse ne
signifie pas du tout qu'il ne faille pas s'inquiéter de l'évolution de la
consommation cette année", tempère-t-il, citant "les tensions
inflationnistes (+2,8% en janvier) et le niveau très bas du moral des
ménages".
L'Insee s'attend en effet
à un pic d'inflation en début d'année 2008 qui va amputer le pouvoir d'achat
des ménages, attendu en fort ralentissement (+0,4% seulement au premier
semestre 2008 contre +3,3% sur l'ensemble de 2007).
Mais l'Institut s'attend
toujours à ce que les Français, dont le taux d'épargne a battu des records l'an
dernier, mettent en 2008 un peu moins d'argent de côté pour pouvoir continuer à
consommer au même rythme que par le passé, soit environ +2% par an.
Ajoutant à la liste des
préoccupations le ralentissement dans la baisse du chômage, le resserrement des
conditions de crédit, l'atterrissage de l'immobilier et la dégradation de la
situation économique mondiale, Mathieu Kaiser (BNP Paribas) estime pourtant que
"les effets du paquet fiscal" voté l'été dernier ne suffiront pas à
compenser l'érosion de la consommation.
Pour Alexandre Mirlicourtois,
du cabinet Xerfi, on assiste également au "chant du cygne" des biens
d'équipement du logement (électronique grand public, électroménager et
meubles), longtemps "vedettes" de la consommation mais qui n'ont
gagné en janvier que 0,8% malgré la période des soldes.
"Quelque chose a bien
été cassé dans la dynamique de consommation", "principal moteur de la
croissance française depuis 1998", résume l'économiste Marc Touati.
"La baisse de la
consommation au quatrième trimestre 2007 puis au mois de janvier 2008 ne sont
pas de simples accidents sans lendemain", poursuit-il, jugeant "la
consommation en danger, et avec elle l'ensemble de l'économie française".
"Molle la croissance
est, molle elle restera", assure M. Touati, qui table comme Xerfi sur une
progression du PIB de seulement 1,4% cette année.
Le gouvernement a jusqu'à
présent maintenu sa prévision "proche de 2%", bien que le Fonds
monétaire international (FMI) et la Commission européenne aient, coup sur coup,
sévèrement revu à la baisse leurs prévisions, à respectiv
ement 1,5% et 1,7%.
Laurent
BANGUET |