|
Septembre se montre souvent comme un second et
court printemps
Septembre le triste
1er
septembre, le temps est déjà à
l’automne. Le ciel est couvert d’un immense drap blanc, faisant écran à la
lumière du soleil. Les températures ont
chuté, il fait frisquet, le sol est mouillé et les arbres sont verts,
n’arborant pas encore leur tenue automnale.
La
mélancolie m’envahit, la tristesse point. Jadis, il y a trente ans les odeurs
de marrons chauds grillant sur les réchauds à charbon, de crêpes dorant sur la
plaque de fonte eurent embaumé les rues
populeuses des artères parisiennes.
Mais rien de tout cela, si
ce n’est un ciel triste et morne qui s’offre à mon regard.
Je
me souviens de naguère, quand j’habitais dans une zone rurbaine, septembre
avait la couleur de la terre, des champs fraîchement labourés au-dessus desquels volaient les mouettes et
où l’on sentait monter des sillons nouvellement creusés, les effluves de la
terre. Parfois on entendait
subrepticement l ‘alouette tirelirant et
turlutant.
Dans mon quartier rien de
tout cela, il pleut sans hésitation depuis des heures. Le parterre a éclos de
boutons d’or et de fleurs de chicorée, elles semblent accueillir
l’arrosement avec plaisir. Le vent se fait piquant, les peupliers faseyent par moment, par d’autres se ploient. J’aperçois de ma fenêtre
un jeune homme obèse promenant
son chien étique, le contraste choque. Un autre se dépêche de s’abriter
d’une pluie qui vous glace le dos et je
vois quelques corbeaux s’envoler.
Evariste Zephyrin
L'été indien photo : E. Zephyrin
Près du soleil
Je
vois, dans la forêt de Septembre, la tendre lumière d'un chamois très heureux,
et aussi ma pensée devient perpétuelle comme le souffle silencieux de la brise
matinale.
Francesco
Sinibaldi
Septembre le divin
ou
l'épi et la palme
Les heures, les mois, êtres divinisés, dont nous perdons le sens,
mais dont nous continuons d’honorer la présence céans. Ressentant ou
comprenant intuitivement la symbolique qui nous relie inconsciemment aux
astres, nous frôlons les étoiles léans, nous accrochons l’espoir, nous sommes à
l’image de la divinité, nous sommes la finalité de la création, nous
sommes divins.
Des heures et des mois ont passé par l’an. Septembre, le septième naguère, le
neuvième aujourd’hui survint. Septembre le vendangeur, mois figuré au signe
zodiacal anthropologisé, le seul, vierge de toute intention, si ce n’est
d’une détermination entêtante à s’élever vers les cieux, à la
rencontre des Dieux, mais comme Icare, l’homme chute du haut de ses illusoires
prétentions.
Septembre la vendangeuse, c’est ainsi que j’aime à la nommer, ce mois
revêtant la pourpre et où le paysage se rubéfie au retour des corneilles
craillant et des corbeaux criant, annonciateurs du froid.
Et je m’imagine en siècles décalés, sur un chemin cahoté, regardant des
moines ventrus sous la bure ayant bombancé les jours et ripaillé les heures, le
visage rubescent, titubant, s’entraidant pour avancer dans l’ivresse du soir et
croisant à un bout de chemin, un bouvier barbu, sale, rustre
aiguillonnant ses bœufs pour les faire avancer vers l'étable.
La scène se confond en siècles mythifiés, bergers, bergères, satyres et silènes
avinés sur la trace envahissent la campagne vineuse. Silène sur un âne
monté philosophe. Priape enferré dans ses pulsions obscènes, les nymphes ne lui
cédant en rien. Le cortège parade, les jeunes crient, les femmes tambourinent,
les cymbales sonnent, les flûtes sifflent, les ménades chantent, les
bacchantes dansent. La horde frénétique se partage la coupe de Bacchus,
Pan et Eros sont annexés, la folie règne, une religion naît, le culte
orgiastique renaît.
Septembre l'odoriférant aux solennités enguirlandées de myrte ou festonnées de narcisse. Septembre la terreuse agréait l'offrande
propitiatoire, le porc, la truie, la laie ; Septembre recevait aussi le
bélier en holocauste. Septembre le moissonneur portant la gerbe de Cérès
dont le romancier dépeint l'humeur : « Avant les labours
d'hiver, la Beauce, à perte de vue, se couvrait de fumier, sous les ciels pâlis
de septembre.»
Septembre odore les couleurs, septembre redessine les odeurs, l’émotion est
septembrale, je suis de septembre.
Tony Mardaye
source
Les
rubriques
|
|