Si
la télévision traditionnelle, en France, a encore du mal à prendre en
compte la diversité ethnique du pays, les chaînes spécialisées, elles,
se développent. Ces trois dernières années, le Bouquet Grande Muraille
et la chaîne Trace TV d'abord puis, en janvier, le Bouquet africain,
ont prouvé qu'il existait un marché des chaînes payantes destinées
principalement à des populations d'origines étrangères.
Le mouvement
a été lancé par des commerçants
d'origine chinoise. Il y a trois ans, les frères Tang, spécialisés dans
l'import-export, ont démarré la commercialisation d'un bouquet de
chaînes à destination de la communauté chinoise en France : Grande
Muraille.
Le Bouquet
africain vise, lui, les populations venues
de l'Afrique francophone. Cette nouvelle offre a été composée à
l'initiative de François Thiellet, ancien directeur général des chaînes
musicales MCM International et MCM Africa et aujourd'hui PDG de Théma,
une société spécialisée dans la distribution de télévisions en France
et dans le monde.
Le Bouquet
africain regroupe des chaînes
publiques et privées du Sénégal, de la Côte d'Ivoire, du Cameroun, du
Burkina Faso, du Mali et, désormais, du Congo-Brazzaville. Des chaînes
jusqu'ici introuvables sur le câble et les bouquets satellitaires, et
très difficiles à capter avec une parabole. Six mois après son
lancement, le Bouquet africain est un "succès" aux
yeux de ses
opérateurs. Ils tablaient sur 10 000 abonnés fin 2009 ; au 30 juin,
l'offre a déjà attiré plus de 15 000 souscripteurs sur le seul réseau
de Neuf-SFR. Ils pourraient être plus de 20 000 fin décembre.
OPTION
GRANDE MURAILLE
L'offre
est aussi disponible chez Free, le concurrent de Neuf-SFR. Fin 2009,
l'opérateur du bouquet prévoit de réunir plus de 50 000 abonnés sur
tous ses réseaux de distribution. Au total, "les chaînes
ethniques réunissent déjà plus de 200 000 abonnés", estime
Maxime Lombardini, directeur général d'Iliad, maison mère de Free.
Les
chaînes ethniques restent confidentielles, mais elles commencent à
trouver leur modèle économique. Selon François Thiellet, leur chiffre
d'affaires annuel devrait atteindre 20 millions d'euros fin 2009. A
elle seule, Trace TV, très prisée de la population antillaise, prévoit,
indique son PDG, Olivier Laouchez, un chiffre d'affaires de 10 millions
d'euros fin 2009.
Ce sont les
offres triple play
(Internet, téléphone et télévision) des réseaux ADSL qui ont donné le
coup d'envoi à la commercialisation des chaînes ethniques. "Free
a été le premier à s'engager sur un package ethnique, l'option Grande
Muraille", rappelle M. Thiellet. "Nous cherchons à
attirer toutes les microcommunautés", confirme M. Lombardini.
"Free
a fait une analyse des appels téléphoniques sur ses offres triple play,
précise Olivier Laouchez. Ils se sont aperçus que les flux d'appels
vers le Maghreb et l'Afrique étaient très importants et ils ont
développé une offre de chaînes pour ces populations." Mieux, "ces
chaînes sont un élément de différenciation et de fidélisation",
ajoute M. Lombardini.
L'offre
ethnique s'étoffe. Après Trace Tropical, lancée au printemps, à
destination "des
Antillais, des Africains et des Latinos", Trace Sport est attendue à
la rentrée.